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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2202268

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2202268

vendredi 6 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2202268
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantBERTHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 mars 2022 Mme C A, représentée par Me Berthe, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 décembre 2021 en tant que le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un certificat de résidence algérien, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État, en faveur de son avocat, Me Berthe, une somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Berthe renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Mme A soutient que :

S'agissant de la décision portant refus d'un titre de séjour :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, compte tenu de l'incompétence de l'avis de l'auteur de l'avis médical soumis au collège des médecins de l'OFII ;

- elle méconnaît le 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 dès lors qu'elle ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur son droit à mener une vie privée et familiale normale ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle a été prise sur le fondement d'une décision illégale portant refus d'un titre de séjour ;

- elle méconnaît le 10° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête en soutenant qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par un mémoire enregistré le 4 juillet 2022, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a fait connaître ses observations.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Paganel.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante algérienne née le 13 août 1973, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du 7° de l'article 6 de l'accord franco algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 31 décembre 2021, le préfet du Nord a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Mme A demande au tribunal d'annuler cet arrêté en tant que le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

2. Par un arrêté du 1er décembre 2021, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs n°279 de la préfecture du Nord, le préfet du Nord a donné délégation à Mme D B, sous-préfète d'Avesnes-sur-Helpe, à l'effet de signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure notamment la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué serait entaché d'incompétence manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / () ". Aux termes de l'articles R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / () ". Aux termes de l'article R. 425-12 de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / () / L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'office. ".

4. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 21 juillet 2021 et du bordereau de transmission au préfet du Nord, que cet avis a été rendu de manière collégiale par trois médecins, conformément aux dispositions précitées. Il ressort également des pièces produites aux débats par le préfet et par l'OFII que le médecin instructeur ayant établi le rapport médical du 14 juin 2021 était compétent pour émettre un avis en raison de son appartenance au collège des médecins de l'OFII à compétence nationale, et n'a pas siégé au sein de ce collège. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure préalable à l'établissement de cet avis manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / () 7. Au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ".

6. Il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour à un étranger qui en fait la demande pour motif de santé, de vérifier, au vu de l'avis médical mentionné à l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

7. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir de former sa conviction sur les points en litige au vu des éléments versés au dossier par les parties. S'il peut écarter des allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées, il ne saurait exiger de l'auteur du recours que ce dernier apporte la preuve des faits qu'il avance. Le cas échéant, il revient au juge, avant de se prononcer sur une requête assortie d'allégations sérieuses non démenties par les éléments produits par l'administration en défense, de mettre en œuvre ses pouvoirs généraux d'instruction des requêtes et de prendre toutes mesures propres à lui procurer, par les voies de droit, les éléments de nature à lui permettre de former sa conviction, en particulier en exigeant de l'administration compétente la production de tout document susceptible de permettre de vérifier les allégations du demandeur.

8. Pour refuser à Mme A le bénéfice du titre de séjour sollicité, le préfet du Nord, suivant l'avis du collège de l'OFII, a retenu que son état de santé nécessitait une prise en charge dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est affectée d'un glaucome agonique de stade terminal, diagnostiqué tardivement, ayant pour conséquence une cécité complète de l'œil droit et une cécité partielle et évolutive de l'œil gauche. Elle bénéficie d'un suivi trimestriel par un médecin spécialiste et se voit prescrire un traitement sous forme de quadri-thérapie sous forme de collyres et ponctuellement d'injection de corticoïdes (" Kenacrot 40mg ") destinée à soulager l'importante tension oculaire à gauche. Mme A soutient que le préfet du Nord a méconnu les stipulations précitées du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 dès lors que les traitements nécessaires à la prise en charge de sa pathologie ne sont pas accessibles dans son pays d'origine. Elle se prévaut d'un certificat du médecin ophtalmologue en charge de son suivi selon lequel ces injections de " Kenacrot 40mg " ne sont réalisées qu'en France et produit des captures d'écran du site internet de l'observatoire de la disponibilité des produits pharmaceutiques selon lesquelles les médicaments prescrits sous leur dénomination commerciale ne sont pas disponibles en Algérie. Il ressort toutefois des pièces du dossier, et notamment des fiches Medco AVA 15800 du 19 mai 2022, et AVA 14893 du 8 juillet 2021, produites par l'OFII, qu'au moins un représentant de chacune des trois catégories principales des molécules utilisées dans les collyres pour traiter le glaucome est disponible en Algérie, et que la molécule " triamcinolone actéonidé " injectable est également disponible. Ainsi, et alors que le préfet du Nord n'était pas tenu de vérifier la disponibilité de son suivi médical dans son pays d'origine dès lors que l'interruption de celui-ci n'est pas susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision portant refus de délivrance d'un certificat de résidence algérien méconnait les stipulations du 7° de l'article 6 de l'accord franco algérien.

9. En troisième lieu, si Mme A soutient qu'en lui refusant la délivrance d'un certificat de résidence algérien, le préfet du Nord a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de son droit à mener une vie privée et familiale normale dès lors qu'elle a fixé le centre principal de ses intérêts privés en France où elle réside avec deux membres de sa fratrie qui l'assistent au quotidien, elle ne produit aucun élément susceptible d'établir cette allégation. Par suite, le moyen doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Nord lui a refusé la délivrance d'un certificat de résidence algérien.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 10, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un certificat de résidence algérien, ne peut qu'être écarté.

12. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".

13. Compte tenu de ce qui a été dit au point 10, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

14. Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 9, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Nord l'a obligée à quitter le territoire français.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et, étant partie perdante à l'instance, celles tendant à l'application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au préfet du Nord.

Copie pour information en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Paganel, président,

Mme Courtois, première conseillère,

Mme Barre, conseillère

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2023.

Le président-rapporteur,

Signé

Signé

M. PAGANEL

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

Signé

C. COURTOIS

La greffière,

Signé

Signé

A. BEGUE

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne et à commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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