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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2202386

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2202386

vendredi 30 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2202386
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantDEWAELE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 mars 2022, M. B C, représenté par Me Dewaele, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 janvier 2022 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de lui délivrer le titre de séjour sollicité, à défaut de réexaminer sa situation, sous astreinte de 155 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs à l'arrêté attaqué :

- il est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 811-2 et R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 47 du code civil ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 421-1, L. 421-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est dépourvue de base légale dès lors qu'elle est fondée sur une décision de refus de séjour elle-même illégale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision accordant un délai de départ volontaire :

- elle est dépourvue de base légale dès lors qu'elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est dépourvue de base légale dès lors qu'elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2022, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 28 décembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 31 janvier 2023.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Bergerat, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, se déclarant né en 1999 et de nationalité malienne, est entré en France selon ses déclarations le 20 juillet 2015. Par un jugement du 6 novembre 2015 du tribunal pour enfants de A, il a été confié à l'aide sociale à l'enfance. Le 23 juin 2017, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour qui a été refusée par le préfet du Nord par un arrêté du 8 janvier 2018 qui a été annulé par un jugement du tribunal du 5 juillet 2018. Le préfet du Nord a fait appel de ce jugement devant la Cour administrative d'appel de Douai qui, par un arrêt du 12 mars 2019, a annulé le jugement du tribunal et rejeté la demande de M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du 8 janvier 2018. M. C a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié le 24 avril 2020, la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié et au titre de la vie privée et familiale le 16 juin 2020. Par un arrêté du 31 janvier 2022, le préfet du Pas-de-Calais a refusé de lui délivrer les titres de séjour sollicités, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'arrêté attaqué :

2. En premier lieu, par un arrêté du 13 janvier 2022, régulièrement publié le 17 janvier 2022 au recueil spécial n° 11 des actes administratifs de la préfecture du Pas-de-Calais, le préfet du Pas-de-Calais a donné délégation à M. E D, directeur des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer les décisions attaquées. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En second lieu, l'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Ces considérations sont suffisamment développées pour mettre utilement l'intéressé en mesure d'en discuter les motifs. La circonstance que le préfet du Pas-de-Calais ne mentionnerait pas d'éléments relatifs à l'intégration du requérant n'est pas de nature à établir qu'il aurait insuffisamment motivé l'arrêté attaqué. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens invoqués contre la décision de refus de séjour :

4. En premier lieu, contrairement à ce que fait valoir M. C, le préfet du Pas-de-Calais a pris en compte dans sa décision les éléments de sa situation personnelle et professionnelle relatifs à sa relation amoureuse avec une ressortissante française, la conclusion d'un contrat à durée indéterminée en juillet 2019 et le déroulement de son cursus scolaire. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen sérieux.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / () / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. / () ". Aux termes de l'article L. 811-2 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil. ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. ".

6. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.

7. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.

8. Il ressort des pièces du dossier qu'au soutien de sa demande de titre de séjour, M. C a produit la copie d'extrait d'acte de naissance établie le 12 septembre 2008, un extrait d'acte de naissance établi le 26 novembre 2020 revêtu de la signature du consul général du Mali pour copie certifiée conforme et un passeport malien valable du 17 août 2020 au 16 août 2025. Il ressort du rapport d'analyse du 5 janvier 2022 de la direction interdépartementale de la police aux frontières de Calais que les conditions de délivrance de l'extrait d'acte de naissance du 12 septembre 2008 sont douteuses dès lors que le centre émetteur de Bamako, mentionné sur ce document, n'existait plus en 2008, que cette pièce mentionne de manière incohérente deux centres émetteurs différents et qu'en outre, il ne comporte aucune référence du jugement supplétif qui, selon la législation malienne, est dressé dès lors que l'acte de naissance a été déclaré au-delà du délai déterminé par la loi, ce qui est le cas en l'espèce, l'intéressé étant né en 1999. En outre, le rapport indique que la copie certifiée conforme de l'extrait d'acte de naissance délivré le 26 novembre 2020 n'emporte pas vérification de l'authenticité de l'acte mais uniquement que la photocopie présentée au consulat est fidèle au document administratif original joint. Enfin, si le passeport produit par M. C est dénué de trace de falsification, il ne constitue pas un acte d'état civil mais un document de voyage et ne peut établir l'état civil de l'intéressé. Dans ces conditions, M. C ne peut être regardé comme ayant produit les documents justifiant de son état civil au sens des dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le préfet du Pas-de-Calais pouvait légalement se fonder sur ce seul motif pour refuser de délivrer à l'intéressé les titres de séjour sollicités.

9. En troisième lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que la décision de refus de titre de séjour est fondée uniquement sur l'absence de production des documents justifiant l'état civil de M. C. Si le préfet a examiné la situation de l'intéressé au regard des dispositions des articles L. 421-1, L. 421-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce n'est " qu'à titre surabondant ". Dans ces conditions, M. C ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de ces dispositions.

10. En dernier lieu, M. C se prévaut d'un cursus scolaire et professionnel méritant. Il ressort des pièces du dossier qu'il a obtenu un premier certificat d'aptitude professionnelle en maintenance des véhicules de particuliers en juin 2017, puis un second en juin 2018 en maintenance des véhicules de transport routier. En août 2019, il s'est vu délivrer le diplôme du baccalauréat professionnel en maintenance des véhicules de transport routier avec la mention assez bien et a conclu le 3 juillet 2019 un contrat de travail à durée indéterminée en qualité de mécanicien. Il fait également valoir qu'il est entré en France en 2015 à l'âge de seize ans. Or, s'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance en novembre 2015, sa minorité lors de son entrée en France est remise en cause par les pièces d'état civil produites par l'intéressé. Si le requérant se prévaut d'une relation amoureuse stable et sérieuse avec une ressortissante française depuis 2016 et produit à cette fin une attestation de sa compagne et une copie d'un avenant au bail conclu le 1er février 2022, ces pièces ne sont pas suffisantes pour attester de l'ancienneté et de l'intensité de la relation alléguée. En outre, M. C n'est pas dépourvu d'attaches familiales au Mali où résident sa mère et sa sœur. Il résulte de l'ensemble de ces éléments, et en dépit de son cursus scolaire et professionnel, qu'en refusant de lui délivrer les titres de séjour sollicités, le préfet du Pas-de-Calais n'a pas porté à son droit à mener une vie privée et familiale normale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens invoqués contre l'obligation de quitter le territoire français :

11. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés pour les mêmes motifs.

En ce qui concerne les autres moyens invoqués contre la décision accordant un délai de départ volontaire de trente jours et la décision fixant le pays de destination :

12. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés, par la voie de l'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doivent être écartés.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à l'avocat de M. C la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Dewaele et au préfet du Pas-de-Calais.

Copie pour information en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 9 juin 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Paganel, président,

- Mme Bergerat, première conseillère,

- Mme Dang, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2023.

La rapporteure,

signé

S. BERGERAT

Le président,

signé

M. PAGANEL La greffière,

signé

A. BEGUE

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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