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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2202469

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2202469

mercredi 27 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2202469
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantLEROY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er avril 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) Les Halles de Valence, représentée par Me Leroy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2022 par lequel le préfet du Nord a prononcé la fermeture de l'établissement " Tacad W " pour une durée d'un mois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté du 29 mars 2022 a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- la sanction prononcée est disproportionnée et porte atteinte à la liberté du commerce et de l'industrie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Baillard,

- et les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée (SARL) Les Halles de Valence exerce, sous l'enseigne " Tacad W ", une activité de commerce de détail de fruits et légumes à Flers-en-Escrebieux. Suite à une opération de contrôle diligentée par l'autorité judiciaire et menée dans ce magasin le 23 février 2022, il a été constaté qu'une personne employée par cette société était démunie de titre de séjour l'autorisant à travailler. En conséquence, le préfet du Nord, par un arrêté du 29 mars 2022, notifié le 1er avril suivant, a prononcé la fermeture, pour une durée d'un mois, de l'enseigne " Tacad W ". Par la présente requête, la société Les Halles de Valence demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 8211-1 du code du travail : " Sont constitutives de travail illégal, dans les conditions prévues par le présent livre, les infractions suivantes : /()/ 4° Emploi d'étranger non autorisé à travailler ; /()/ ". Aux termes de l'article L. 8272-2 du même code : " Lorsque l'autorité administrative a connaissance d'un procès-verbal relevant une infraction prévue aux 1° à 4° de l'article L. 8211-1 ou d'un rapport établi par l'un des agents de contrôle mentionnés à l'article L. 8271-1-2 constatant un manquement prévu aux mêmes 1° à 4°, elle peut, si la proportion de salariés concernés le justifie, eu égard à la répétition ou à la gravité des faits constatés, ordonner par décision motivée la fermeture de l'établissement ayant servi à commettre l'infraction, à titre temporaire et pour une durée ne pouvant excéder trois mois. () ". Aux termes de l'article R. 8272-8 du de ce code : " Le préfet tient compte, pour déterminer la durée de fermeture d'au plus trois mois du ou des établissements ayant servi à commettre l'infraction conformément à l'article L. 8272-2, de la nature, du nombre, de la durée de la ou des infractions relevées, du nombre de salariés concernés ainsi que de la situation économique, sociale et financière de l'entreprise ou de l'établissement. /()/".

3. En premier lieu, par un arrêté du 22 novembre 2021, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de l'Etat dans le département, le préfet du Nord a donné délégation de signature à M. B A, sous-préfet de Douai " en ce qui concerne les matières suivantes : /()/ Fermeture administrative pour une durée maximale de 3 mois des établissements ayant servi à commettre les infractions constitutives de travail illégal prévues à l'article L. 8272-2 du code du travail ()/ ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

4. En deuxième lieu, si la SARL Les Halles de Valence soutient que l'arrêté contesté est insuffisamment motivé en fait, dès lors qu'il ne fait pas expressément référence aux observations écrites présentées par courrier du 23 mars 2022, l'absence de mention de ce courrier n'est de nature par elle-même à caractériser ni un défaut de motivation, ni un défaut d'examen complet de sa situation dès lors qu'il résulte de l'instruction que le préfet du Nord a effectivement pris en compte les observations formulées par la société requérante avant l'adoption de la sanction en litige.

5. En troisième et dernier lieu, il résulte de l'instruction qu'à l'occasion de l'opération de contrôle menée le 23 février 2022, il a été constaté que l'un des trois salariés de la société requérante, employé dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, était dépourvu, à cette date, de titre de séjour l'autorisant à travailler et se trouvait en situation irrégulière sur le territoire français. La société requérante, qui ne conteste pas que ces faits étaient de nature à justifier le prononcé, sur le fondement des dispositions précitées au point 2, de la sanction administrative de fermeture provisoire de l'établissement qu'elle exploite, soutient que la durée de fermeture d'un mois est disproportionnée.

6. En l'espèce, il résulte de l'instruction et il n'est pas contesté par le préfet que l'infraction relevée à l'encontre de la société Les Halles de Valence est la première depuis sa création en 2012 et qu'aucune autre infraction n'a été relevée à l'encontre de cette société à l'occasion de ce contrôle. En outre, si la société requérante ne peut utilement se prévaloir de son ignorance de la situation administrative de son salarié, la durée de cette infraction demeure limitée. En effet, le salarié en cause a été embauché par la société Les Halles de Valence dans le cadre d'un contrat à durée déterminée le 3 mai 2021, lequel a été transformé par voie d'avenant en contrat à durée indéterminée le 30 juin 2021 alors qu'il était titulaire d'une carte de séjour temporaire valable jusqu'au 14 juillet 2021. Par ailleurs, ce salarié a pu poursuivre légalement son activité sous couvert du récépissé de demande de renouvellement de son titre de séjour délivré par les services préfectoraux le 26 juillet 2021, lequel était valable jusqu'au 25 octobre suivant. Dès lors, la durée de l'infraction constatée n'a pas excédé quatre mois. Dans ces conditions, s'il ne résulte pas de l'instruction que la fermeture d'une durée d'un mois prononcée aurait portait une atteinte excessive à la situation économique de la société Les Halles de Valence, il n'en demeure pas moins que, eu égard à ce qui a été dit précédemment et dans les circonstances de l'espèce, la durée d'un mois de fermeture est disproportionnée. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de ramener la durée de cette sanction à dix jours.

7. Il résulte de ce qui précède que la SARL Les Halles de Valence est seulement fondée à demander l'annulation de la décision du préfet du 29 mars 2022 en tant qu'elle ordonne la fermeture de l'établissement " Tacad W " pour une durée excédant dix jours.

Sur les frais de frais de l'instance :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la SARL Les Halles de Valence et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 29 mars 2022 du préfet du Nord est annulée en tant qu'elle ordonne la fermeture de l'établissement " Tacad W " pour une durée excédant dix jours.

Article 2 : L'Etat versera à la SARL Les Halles de Valence une somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Les Halles de Valence et au ministre du travail et de l'emploi.

Copie sera transmise, pour information, au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 6 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Baillard, président,

- Mme Leclère, première conseillère,

- M. Horn, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 novembre 2024.

Le président-rapporteur,

Signé

B. BAILLARDL'assesseure la plus ancienne,

Signé

M. LECLÈRE

L'assesseur le plus ancien,

M. LECLERE Le président-rapporteur,

B. BAILLARDL'assesseur le plus ancien,

M. LECLERE

La greffière,

Signé

S. DEREUMAUX

La République mande et ordonne au ministre du travail et de l'emploi en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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