mercredi 16 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2202481 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | LEFEBVRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 avril 2022 et le 20 janvier 2024, M. D B, représenté par Me Lefebvre, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 23 décembre 2021 par lequel le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa demande, en toute hypothèse sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Lefebvre, son avocate, de la somme de 2 000 euros, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- il n'est pas établi que la décision en litige ait été signée par une autorité habilitée ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'il avait sollicité dès février 2016 le renouvellement de sa carte de résident alors qu'il était incarcéré ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en ne renouvelant pas de plein droit sa carte de résident ; le motif de l'ordre public ne peut faire obstacle à ce renouvellement de plein droit ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, en ne tenant pas compte de la demande de renouvellement de carte de résident précédemment formulée et en considérant qu'il sollicitait un titre de séjour temporaire en qualité de parent d'enfant français ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors qu'il a purgé sa peine pour les faits de viol, que les autres faits sont anciens et qu'il n'a pas fait l'objet d'une nouvelle condamnation, de sorte qu'il ne représente plus une menace grave et actuelle pour l'ordre public ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 septembre 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Fougères a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant macédonien né le 19 septembre 1964 à Srbjani (République de Macédoine) et déclarant être entré sur le territoire français en avril 1986, a obtenu une carte de résident, valable du 14 avril 1986 au 13 avril 1996, régulièrement renouvelée jusqu'au 13 avril 2016. Il a présenté le 28 septembre 2018 une demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de parent d'enfant français. Par un arrêté du 23 décembre 2021, le préfet du Nord a rejeté sa demande. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, si le requérant affirme avoir déposé une demande de renouvellement de sa carte de résident en 2016 alors qu'il se trouvait en détention, cette circonstance n'est pas de nature à faire regarder l'arrêté attaqué comme rejetant implicitement cette demande, présentée deux ans auparavant, dès lors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il a déposé, le 28 septembre 2018, une demande pour une première délivrance de carte de séjour temporaire.
3. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425- 4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ".
4. Il ressort des pièces du dossier que M. B, arrivé en France à l'âge de 22 ans, justifie d'une durée de présence régulière en France supérieure à trente années, même en faisant abstraction des trois années et demi qu'il a effectuées en détention, et qu'il vit en concubinage depuis 1997 avec Mme C A, ressortissante française avec laquelle il a eu cinq enfants, dont un était encore mineur à la date de la décision contestée. Il a par ailleurs deux petits-enfants. M. B soutient, sans être contesté, ne plus avoir de famille dans son pays d'origine, la Macédoine, précisant que ses parents sont décédés et que son frère vit en Allemagne. Enfin, par la production d'un certificat de travail, M. B justifie qu'il a travaillé régulièrement en intérim, en qualité de manœuvre dans les travaux publics, pour la société Start People, depuis le 9 janvier 2019. Il résulte de ce qui précède que le requérant a transféré, de manière stable et ancienne, le centre de sa vie privée et familiale en France.
5. Il ressort du bulletin n°2 du casier judiciaire de M. B que celui-ci a fait l'objet de trois condamnations : le 9 juillet 2004 dans le cadre d'une ordonnance pénale rendue par le tribunal correctionnel de Lille pour des faits de défaut d'assurance commis le 22 mars 2004, ayant donné lieu à une peine de 450 euros d'amende, le 17 août 2010, dans le cadre d'une seconde ordonnance pénale prononçant une peine de 200 euros d'amende assortie de l'obligation d'accomplir un stage de sensibilisation à la sécurité routière, pour des faits, commis le 22 juillet 2010, de conduite d'un véhicule malgré une injonction de restituer le permis de conduire par suite du retrait de la totalité des points et le 17 novembre 2015, il a été condamné par la cour d'assises du Nord à une peine de six années d'emprisonnement, avec interdiction définitive d'exercer une activité professionnelle ou bénévole impliquant un contact habituel avec des mineurs, pour des faits de viol commis par une personne ayant autorité sur la victime, du 1er avril 2011 au 27 avril 2011. Le préfet du Nord fait en outre valoir que M. B a été impliqué comme auteur dans une affaire d'escroquerie datant de juillet 2010, n'ayant donné lieu à aucune condamnation pénale. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et en particulier de l'extrait de casier judiciaire daté du 11 août 2021, que M. B aurait été condamné ou impliqué pour une ou plusieurs infractions commises après le mois d'avril 2011.
6. Par suite, en refusant à M. B la délivrance d'un titre de séjour, au motif que la présence de celui-ci en France représentait une menace grave et actuelle à l'ordre public, alors que le requérant n'a plus été mis en cause pour des faits pénalement répréhensibles depuis plus de dix années à la date de la décision attaquée, et qu'il justifie d'une vie privée et familiale ancienne et stable en France, le préfet du Nord a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, sans qu'importe la circonstance que le requérant demeure soumis aux obligations du fichier des auteurs d'infractions sexuelles ou violentes, lesquelles constituent simplement une mesure de sûreté.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 23 décembre 2021 refusant la délivrance d'une carte de séjour temporaire à M. B doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
8. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, sauf changement dans les circonstances de fait, que le préfet du Nord délivre à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a donc lieu de lui enjoindre d'y procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. En conséquence, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Lefebvre, conseil de M. B, d'une somme de 1 000 euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 23 décembre 2021 du préfet du Nord est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Lefebvre, conseil de M. B, une somme de 1 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Me Lefebvre et au préfet du Nord.
Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 25 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cotte, président,
M. Fougères, premier conseiller,
M. Goujon, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.
Le rapporteur,
signé
V. Fougères
Le président,
signé
O. Cotte La greffière,
signé
J. Vandewyngaerde
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026