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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2202522

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2202522

mardi 2 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2202522
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLEQUIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces complémentaires et un mémoire, enregistrés les 5 avril, 9 mai et 11 mai 2022, M. A C, représenté par Me Lequien, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 janvier 2022 par lequel le préfet du Nord lui a retiré sa carte de séjour pluriannuelle valable du 19 mai 2020 au 18 mai 2022, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une carte de résident de dix ans dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa demande, sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) et de mettre à la charge de l'État la somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant retrait de son titre de séjour :

- il appartient au préfet de justifier de la compétence du signataire de la décision ;

- la procédure contradictoire n'a pas été respectée, en méconnaissance des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision est entachée d'erreurs de fait ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il appartient au préfet de justifier de la compétence du signataire de la décision ;

- la décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui retirant son titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- il appartient au préfet de justifier de la compétence du signataire de la décision ;

- la décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 avril 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est tardive et par suite irrecevable ;

- les moyens invoqués dans la requête sont infondés.

L'aide juridictionnelle totale a été octroyé à M. C par une décision du 21 février 2022 du président du bureau d'aide juridictionnelle.

La clôture de l'instruction a été fixée au 2 juin 2022 à 23h59 par une ordonnance du 18 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Perdu, présidente-rapporteur ;

- et les observations de Me Lequien, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant marocain, né le 12 décembre 1967 à Oujda (Maroc) est entré en France le 8 mai 2015 sous couvert d'un visa long séjour valable du 27 avril 2015 au 27 avril 2016. Il a obtenu une carte de séjour temporaire en qualité de conjoint de ressortissant français valable du 7 décembre 2016 au 6 décembre 2017, renouvelée du 20 février 2018 au 19 février 2019, du 20 février 2019 au 19 février 2020 puis une carte de séjour pluriannuelle valable du 19 mai 2020 au 18 mai 2022. Par un arrêté du 17 janvier 2022, dont M. C demande l'annulation, le préfet du Nord a prononcé le retrait de sa carte de séjour pluriannuelle, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions portant retrait de carte de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

2. Par arrêté du 1er décembre 2021 publié le même jour au recueil n° 279 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à M. B E, sous-préfet de Valenciennes, et signataire des décisions attaquées, à l'effet de signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquels figurent notamment les décisions portant retrait d'un titre de séjour, les décisions relatives aux obligation de quitter le territoire français et celles fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions en cause auraient été signées par une autorité incompétente doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant retrait de carte de séjour :

3. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 17 décembre 2021, auquel M. C a répondu par l'intermédiaire d'un courrier de son conseil du 24 décembre 2021, le requérant a été informé de l'intention du préfet du Nord de retirer sa carte de séjour en raison de la séparation avec son épouse française, et de la possibilité de présenter ses observations dans un délai de quinze jours. Ce faisant, il a été mis à même d'apporter des éléments contradictoires. La circonstance alléguée par le requérant que les faits sur lesquels le préfet s'est fondé pour prendre sa décision ne seraient pas établis par les éléments portés à sa connaissance, est sans incidence dès lors que la procédure contradictoire régulièrement mise en œuvre qui l'a précédée visait précisément à le mettre à même de présenter des observations sur cette mesure et de contester l'exactitude matérielle de ces faits, sans que l'intégralité des pièces à partir desquelles le préfet a constaté la rupture de communauté de vie avec son épouse ne doive lui être communiquée. Le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration manque ainsi en fait, et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". Aux termes de l'article L. 423-3 du même code : " Lorsque la rupture du lien conjugal ou la rupture de la vie commune est constatée au cours de la durée de validité de la carte de séjour prévue aux articles L. 423-1 ou L. 423-2, cette dernière peut être retirée. / Le renouvellement de la carte est subordonné au maintien du lien conjugal et de la communauté de vie avec le conjoint qui doit avoir conservé la nationalité française ".

6. Il ressort des termes de l'arrêté contesté que le préfet du Nord s'est fondé sur la rupture de vie commune du requérant avec Mme D, alors son épouse, durant la période de validité de la carte de séjour pluriannuelle dont il est titulaire en qualité de conjoint de français. Dès lors, en se bornant à soutenir que la séparation du couple est intervenue le 18 février 2021 et non le 20 juillet 2020, ce qui contredit, d'ailleurs, ce qu'a allégué Mme D dans un courrier du 8 septembre 2020 adressé à la sous-préfecture de Valenciennes, M. C ne conteste pas utilement qu'il était bien séparé de son épouse à la date de la décision par laquelle le préfet du Nord a procédé au retrait de sa carte de séjour. En tout état de cause, le requérant n'apporte aucun élément pour justifier du maintien de la communauté de vie avec son épouse pour la période du 20 juillet 2020 au 18 février 2021. Le moyen tiré de l'erreur de fait doit donc être écarté.

7. En troisième lieu, M. C ne peut utilement soutenir, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision de retrait de sa carte de séjour, que le préfet du Nord aurait dû, en mai 2020, lui délivrer une carte de résident valable dix ans, sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et non une carte de séjour pluriannuelle valable deux ans, dès lors qu'à supposer même qu'il remplissait les conditions fixées par ces dispositions, cette circonstance serait éventuellement opérante pour contester la carte de séjour délivrée mais pas pour contester la décision ici en cause prononçant le retrait de cette carte de séjour.

8. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Si M. C, qui réside en France depuis 2015 sous couvert de cartes de séjour délivrées au titre de sa qualité de conjoint de ressortissant français, se prévaut de la présence sur le territoire de sa sœur de nationalité française, cette circonstance n'est pas de nature à établir l'intensité de ses liens familiaux et personnels sur le territoire français, dès lors qu'il a vécu au Maroc jusqu'à l'âge de 48 ans où résident plusieurs de ses frères et sœurs. Par ailleurs, les circonstances qu'il a été engagé en qualité de salarié polyvalent à compter du 9 mai 2017, par un contrat de travail à durée déterminée d'insertion d'une durée de quatre mois, renouvelé, en dépit d'interruptions liées à son état de santé, à plusieurs reprises jusqu'au 8 mai 2019 et qu'il a créé une entreprise commerciale le 15 octobre 2021, dont il ne justifie au demeurant pas de l'activité, ne sont pas davantage de nature à justifier l'intensité de son intégration sur le territoire français. En outre, il ressort du jugement du tribunal correctionnel de Valenciennes du 16 septembre 2015, produit en défense, que M. C a été condamné à une peine d'emprisonnement de six mois avec sursis pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours commis à l'encontre de sa conjointe. Dans ces conditions, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Eu égard aux éléments de fait ainsi rappelés, le moyen titré de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise le préfet du Nord dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant n'est pas davantage fondé.

9. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 17 janvier 2022 par laquelle le préfet du Nord a retiré sa carte de séjour pluriannuelle valable du 19 mai 2020 au 18 mai 2022.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant retrait de carte de séjour doit être écarté.

11. En second lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision contestée sur la situation personnelle du requérant doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

13. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le moyen tiré, par voie d'exception, à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions principales du requérant, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. C doivent être rejetées.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une somme au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2022 à laquelle siégeaient :

- Mme Perdu, présidente-rapporteure,

- M. Fabre, premier conseiller,

- Mme Bergerat, première conseillère.

Lu en audience publique le 2 août 2022.

La présidente-rapporteure,

signé

S. PERDUL'assesseur le plus ancien dans

l'ordre du tableau,

signé

X. FABRE

La greffière,

signé

S. MAUFROID

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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