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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2202589

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2202589

jeudi 28 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2202589
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSCP SHBK AVOCATS SEGARD BRIOUT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 7 avril 2022 et 5 avril 2023, Mme A C demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 décembre 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier universitaire (CHU) de Lille a refusé de requalifier le congé de longue durée au titre de l'accident de service du 22 février 2016 et a refusé de reconnaître l'imputabilité au service des arrêts de travail et soins à compter du 29 novembre 2017 ainsi que la décision du 8 février 2022 rejetant sa demande de réalisation d'une nouvelle expertise psychiatrique et son recours gracieux effectué le 25 janvier 2022 ;

2°) à titre subsidiaire, d'ordonner, avant dire droit, une expertise psychiatrique afin de déterminer si les arrêts de travail et soins à compter du 29 novembre 2017 peuvent être imputés au service et d'évaluer le taux d'incapacité.

Elle soutient que :

- une nouvelle expertise psychiatrique est nécessaire au regard de la discordance entre les expertises déjà réalisées ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur d'appréciation dès lors que les arrêts de travail et soins à compter du 29 novembre 2017 sont en lien avec le service ;

- la dépression subie en 2000 à la suite d'un évènement familial ne peut justifier le positionnement du CHU de Lille au regard de son ancienneté et de l'amélioration de son état à la date de l'accident de service ;

- la commission de réforme, statuant sur sa demande de mise à la retraite pour invalidité le 27 octobre 2020, a conclu à l'existence d'une infirmité imputable au service apparue le

22 février 2016 et d'un lien direct et certain avec l'accident de service.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mars 2023, le CHU de Lille, représenté par Me Segard, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Célino,

- les conclusions de Mme Courtois, rapporteure publique,

- et les observations de Me Bavay, substituant Me Segard, représentant le CHU de Lille.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, aide-soignante au sein du CHU de Lille, a été victime d'un accident de service le 22 février 2016 consistant dans le décrochage d'un tableau d'affichage sur son pouce gauche. Par une décision du 3 décembre 2021, le CHU de Lille a refusé de reconnaître l'imputabilité au service des arrêts de travail et soins à compter du

29 novembre 2017. Le 25 janvier 2022, Mme C a effectué un recours gracieux et a sollicité la réalisation d'une nouvelle expertise psychiatrique. Par une décision du

8 février 2022, le CHU de Lille a rejeté cette demande ainsi que le recours gracieux exercé. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal d'annuler les décisions précitées des 3 décembre 2021 et 8 février 2022.

Sur la demande d'expertise et les conclusions à fin d'annulation de la décision du

8 février 2022 :

2. D'une part, aux termes de l'article 35-4 du décret du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière dans sa version applicable au litige : " L'autorité investie du pouvoir de nomination qui instruit une demande de congé pour invalidité temporaire imputable au service peut : 1° Faire procéder à une expertise médicale du demandeur par un médecin agréé lorsque des circonstances particulières paraissent de nature à détacher l'accident du service ou lorsque l'affection résulte d'une maladie contractée en service telle que définie à l'article L. 822-20 du code général de la fonction publique ; () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que le CHU de Lille a diligenté trois expertises psychiatriques afin de déterminer si les arrêts de travail et soins à compter du 29 novembre 2017 sont en lien avec l'accident de service subi par la requérante le 22 février 2016. Il n'est pas contesté que l'une de ces expertises a été réalisée à la demande de Mme C. Par suite, alors qu'aucune disposition légale ne prévoit l'obligation pour le CHU de Lille de procéder à une contre-expertise, Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 8 février 2022 en tant qu'elle a rejeté sa demande de réalisation d'une nouvelle expertise psychiatrique.

4. D'autre part, l'article R. 621-1 du code de justice administrative dispose que : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. L'expert peut se voir confier une mission de médiation. Il peut également prendre l'initiative, avec l'accord des parties, d'une telle médiation. Si une médiation est engagée, il en informe la juridiction. Sous réserve des exceptions prévues par l'article L. 213-2, l'expert remet son rapport d'expertise sans pouvoir faire état, sauf accord des parties, des constatations et déclarations ayant eu lieu durant la médiation. ".

5. Il résulte des dispositions précédentes que la prescription d'une mesure d'expertise est subordonnée au caractère utile de cette mesure, indépendamment d'une demande formée par l'une des parties à l'instance. L'appréciation de l'utilité de l'expertise se fait au vu des pièces du dossier versées aux débats, notamment des rapports d'expertise diligentés par le CHU de Lille dans la présente instance.

6. Au regard des différentes expertises déjà réalisées comme indiqué au point 3 du présent jugement, les conclusions des experts sont suffisamment détaillées pour permettre au tribunal d'apprécier l'imputabilité des arrêts de travail et soins à compter du 29 novembre 2017 avec l'accident de service. Par suite, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner une nouvelle expertise. Les conclusions à fin d'annulation de la décision du 8 février 2022 rejetant sa demande de réalisation d'une nouvelle expertise psychiatrique et le recours gracieux effectué par la requérante doivent donc être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 3 décembre 2021 :

7. Aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, dans sa rédaction applicable au litige : " Le fonctionnaire en activité a droit : () / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants (). / Toutefois, si la maladie provient () d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à sa mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. / Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de la maladie ou de l'accident est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales ".

8. Le droit, prévu par ces dispositions, de conserver l'intégralité du traitement est soumis à la condition que la maladie mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'accomplir son service soit en lien direct, mais non nécessairement exclusif, avec un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de ses fonctions.

9. Par ailleurs, l'existence d'un état antérieur, fût-il évolutif, ne permet d'écarter l'imputabilité au service de l'état d'un agent que lorsqu'il apparaît que cet état a déterminé, à lui seul, l'incapacité professionnelle de l'intéressé.

10. Il ressort des pièces du dossier que Mme C présente un trouble anxio-dépressif modéré qui se manifeste notamment par des attaques de panique et de l'agoraphobie. La requérante situe l'apparition de ces troubles huit mois après l'accident de service survenu le 22 février 2016. Il ressort des pièces du dossier que trois experts psychiatres ont examiné la requérante. Le Dr B a conclu, sans précisions, à l'existence d'un lien entre l'arrêt de travail à compter du 29 novembre 2017 et l'accident de service. Les Docteurs Fleury et Roelandt ont réfuté l'existence d'un lien direct et unique, considérant notamment qu'il existait un état antérieur sur le plan psychiatrique en raison d'une dépression subie en 2000 ayant engendré un arrêt de travail de neuf mois. Toutefois, ces deux dernières expertises psychiatriques ne précisent pas si cet état a déterminé, à lui seul, les troubles actuels de l'agente. Par ailleurs, les circonstances, relevées par ces deux experts, selon lesquelles les troubles se sont manifestés huit mois après l'accident et sont en lien avec des postes professionnels proposés à la requérante qui ne lui ont pas convenu, ne permettent pas d'exclure l'existence d'un lien direct. Par suite, Mme C est fondée à soutenir que la décision du 3 décembre 2021 est entachée d'une erreur d'appréciation et, dès lors, à en demander l'annulation.

Sur les frais liés à l'instance :

11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défait, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens () ".

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que Mme C, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse au CHU de Lille la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : La décision du 3 décembre 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier universitaire de Lille a refusé de requalifier le congé de longue durée au titre de l'accident de service du 22 février 2016 et a refusé de reconnaître l'imputabilité au service des arrêts de travail et soins à compter du 29 novembre 2017 est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Les conclusions du centre hospitalier universitaire de Lille présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au centre hospitalier universitaire de Lille.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Riou, président,

- Mme Jaur, première conseillère,

- Mme Célino, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2024.

La rapporteure,

Signé

C. CélinoLe président,

Signé

J.-M. Riou

La greffière,

Signé

S. Ranwez

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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