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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2202611

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2202611

mercredi 26 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2202611
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formationjuge unique (6)
Avocat requérantREZAIGUIA

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 7 avril 2022 sous le numéro 2202611, Mme B C, représentée par Me Rezaiguia, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 novembre 2021 par laquelle le président du conseil départemental du Pas-de-Calais a refusé d'annuler des indus de revenu de solidarité active, pour un montant restant dû s'élevant à cette date à la somme de 8 740,90 euros et relatifs à une période allant de février 2019 à avril 2021, a rejeté sa demande de remboursement des retenues déjà effectuées et a refusé de la rétablir dans ses droits ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental du Pas-de-Calais de restituer les sommes récupérées au titre de ces indus, notamment dans le cadre des retenues effectuées ;

3°) d'enjoindre au président du conseil départemental du Pas-de-Calais de la rétablir dans ses droits au revenu de solidarité active à compter du jour où son versement a cessé ;

4°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais le versement à Me Rezaiguia, avocat de Mme C, de la somme de 1000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision contestée est insuffisamment motivée, compte tenu de la formulation stéréotypée adoptée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, dans la mesure où, d'une part, le délai de deux mois prévu par l'article R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale n'a pas été respecté entre la notification de l'indu et son recouvrement et, d'autre part, la procédure de recouvrement n'a pas été conduite contradictoirement, Mme C n'ayant pas été mise en mesure de solliciter une copie des documents obtenus par la caisse d'allocations familiales ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, en tant que le recours qu'elle a formé est qualifié de demande de remise gracieuse alors qu'il s'agissait d'un recours administratif préalable ;

- la décision contestée est entachée d'une erreur d'appréciation, en l'absence de relation stable et continue établie ainsi qu'en l'absence de communauté d'intérêts affectifs et matériels.

La requête a été communiquée au département du Pas-de-Calais qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Une mise en demeure a été adressée le 28 février 2024 au département du Pas-de-Calais.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 février 2022.

II. Par une requête, enregistrée le 7 avril 2022 sous le numéro 2202612, Mme B C, représentée par Me Rezaiguia, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions implicites, intervenues le 12 décembre 2021, par lesquelles le président du conseil départemental du Pas-de-Calais a refusé d'annuler des indus de revenu de solidarité active se rapportant à une période allant de février 2019 à avril 2021, a rejeté sa demande de remboursement des retenues déjà effectuées et a refusé de la rétablir dans ses droits ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental du Pas-de-Calais de restituer les sommes récupérées au titre de ces indus, notamment dans le cadre des retenues effectuées ;

3°) d'enjoindre au président du conseil départemental du Pas-de-Calais de la rétablir dans ses droits au revenu de solidarité active à compter du jour où son versement a cessé ;

4°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais le versement à Me Rezaiguia, avocat de Mme C, de la somme de 1000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions contestées sont entachées d'un vice de procédure, dans la mesure où, d'une part, le délai de deux mois prévu par l'article R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale n'a pas été respecté entre la notification de l'indu et son recouvrement et, d'autre part, la procédure de recouvrement n'a pas été conduite contradictoirement, Mme C n'ayant pas été mise en mesure de solliciter une copie des documents obtenus par la caisse d'allocations familiales ;

- les décisions contestées sont entachées d'une erreur d'appréciation, en l'absence de relation stable et continue établie ainsi qu'en l'absence de communauté d'intérêts affectifs et matériels.

La requête a été communiquée au département du Pas-de-Calais qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Une mise en demeure a été adressée le 28 février 2024 au département du Pas-de-Calais.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 février 2022.

Vu les autres pièces de ces deux dossiers.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Fougères, premier conseiller, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Fougères a été entendu au cours de l'audience publique à l'issue de laquelle l'instruction a été close, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après l'appel de l'affaire à l'audience, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées n°2202611 et n°2202612, présentées par Mme C, concernent la situation d'une même requérante et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. Par un courrier du 8 septembre 2021, le directeur de la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais a notifié à Mme B C et à M. A D C un indu d'allocation journalière de présence parentale, d'allocation de logement familiale, d'allocation de logement sociale, d'allocations familiales, de complément familial, d'allocation de rentrée scolaire, de prime d'activité et de revenu de solidarité active pour les mois de février 2019 à avril 2021 d'un montant total de 17 790,14 euros et a retenu une qualification de fraude aux prestations sociales. Par un courrier reçu le 12 octobre 2021, Mme C a, par l'intermédiaire de son conseil, contesté la qualification de fraude retenue, ainsi que les indus de revenu de solidarité active, sollicitant leur annulation avec effet rétroactif. Par une décision du 15 novembre 2021, produite par la requérante, le président du conseil départemental du Pas-de-Calais a refusé d'accorder à M. A D C la remise gracieuse de trois indus d'allocation de revenu de solidarité active, pour un montant restant dû de 8 740,90 euros. Par la requête enregistrée sous le numéro 2202611, Mme C sollicite l'annulation de cette décision, estimant qu'elle rejette le recours administratif préalable obligatoire qu'elle a exercé. Par la requête enregistrée sous le numéro 2202612, elle demande au tribunal d'annuler les décisions implicites par lesquelles le président du conseil départemental du Pas-de-Calais a refusé d'annuler des indus de revenu de solidarité active, a rejeté sa demande de remboursement des retenues déjà effectuées et a refusé de la rétablir dans ses droits.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 15 novembre 2021 :

3. Il résulte de l'instruction, et en particulier des termes mêmes de la décision du 15 novembre 2021, que celle-ci a uniquement pour objet de statuer sur une demande de remise gracieuse de dette formulée par M. D C, destinataire de cette décision. Dès lors, les moyens invoqués par la requérante, qui tendent à remettre en cause l'existence même des trois indus en litige et la suspension de ses droits, sont inopérants à l'égard de la décision du 15 novembre 2021 se prononçant sur une remise gracieuse. Il s'ensuit que les conclusions de Mme C tendant à annuler cette décision, en tant qu'elle refuse d'annuler des indus de revenu de solidarité active, qu'elle rejette sa demande de remboursement des retenues déjà effectuées et qu'elle refuse de la rétablir dans ses droits, doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions implicites de rejet du 12 décembre 2021 :

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation des trois indus de revenu de solidarité active en litige et les conclusions à fin d'annulation du refus de remboursement :

4. En premier lieu, si Mme C soutient, d'une part, que le délai de deux mois prévu par l'article R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale n'a pas été respecté entre la notification de l'indu et son recouvrement et, d'autre part, que la procédure de recouvrement n'a pas été conduite contradictoirement, faute d'avoir été mise en mesure de solliciter une copie des documents obtenus par la caisse d'allocations familiales, ces circonstances, à les supposer même établies, sont sans incidence sur le bien-fondé de la décision de récupération des indus en litige, de sorte que ces moyen ne peuvent qu'être écartés.

5. En second lieu, en se bornant à soutenir que la preuve de l'existence d'une communauté de vie avec M. D C n'est pas rapportée et qu'elle n'a commis aucune fraude, ni réalisé de fausses déclarations sur sa situation, Mme C n'apporte aucune déclaration circonstanciée à l'appui de sa requête, ni aucun élément de nature à établir l'absence de concubinage. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation sur l'existence d'un concubinage doit être écarté.

6. Il s'ensuit que Mme C n'est fondée pas à solliciter l'annulation de la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable obligatoire tendant à contester le bien-fondé des indus de revenu de solidarité active en litige, notifiés par courrier de la caisse d'allocations familiales du Pas-de-Calais du 8 septembre 2021.

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de refus de remboursement des retenues déjà effectuées au titre des indus de revenu de solidarité active en litige :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme C ne justifie pas de l'erreur d'appréciation qu'elle allègue quant à la situation de concubinage retenue par le département du Pas-de-Calais à l'origine de l'indu en litige. Par suite, elle n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision mettant à sa charge les trois indus de revenu de solidarité active en litige pour contester la décision implicite de refus de remboursement des retenues qui ont pu être effectuées.

8. En second lieu, si Mme C se prévaut de vices de procédure tenant à l'existence de retenues en méconnaissance du délai de deux mois prévu par l'article R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale et au caractère non contradictoire de la procédure de recouvrement, par les pièces qu'elle produit, elle n'établit en tout état de cause pas l'existence des retenues qu'elle allègue, sans même en indiquer le montant et la date de ces retenues. Il s'ensuit que ces moyens ne peuvent dès lors qu'être écartés.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite de refus de remboursement des retenues déjà effectuées au titre des indus de revenu de solidarité active doivent être rejetées.

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation de la décision refusant le rétablissement dans les droits au revenu de solidarité active :

10. Si la décision notifiée par courrier du 8 septembre 2021 annonce que des retenues seront effectuées sur prestations à hauteur d'un montant mensuel de 297 euros, il ne résulte pas de cette décision, ni même de l'instruction, que les droits au revenu de solidarité active de Mme C auraient été interrompus ou suspendus, les retenues annoncées correspondant à un paiement par compensation. Dès lors, en l'absence de décision, y compris révélée, refusant à la requérante le bénéfice du revenu de solidarité active, les conclusions tendant au rétablissement des droits au revenu de solidarité active de la requérante sont irrecevables et doivent être rejetées.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes n°2202611 et 2202612 doivent être rejetées en toutes leurs conclusions, y compris celles à fin d'injonctions et d'application au profit de son conseil de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de Mme C sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées.

Copie en sera adressée au département du Pas-de-Calais.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2024.

Le magistrat désigné,

signé

V. Fougères

La greffière,

signé

I. Baudry

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

N°s 2202611-220261

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