jeudi 29 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2202618 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | GOMMEAUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire de pièces, enregistrés les 6 avril 2022 et 30 septembre 2022, Mme A C, représentée par Me Gommeaux, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2022 par lequel le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a indiqué qu'à l'expiration de ce délai elle pourrait être éloignée à destination du pays dont elle a la nationalité ou de tout autre pays vers lequel elle établit être légalement admissible ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire " salarié " ou " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord, à titre subsidiaire, de l'admettre provisoirement au séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision de refus de séjour :
- la décision contestée est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle dès lors que le préfet n'a pas pris en compte plusieurs de ses diplômes ainsi que son expérience professionnelle ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, contrairement à ce qu'a estimé le préfet, les conditions de l'article R. 5221-20 du code du travail sont remplies dans sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision contestée est insuffisamment motivée ;
- elle excipe, à l'encontre de cette décision, de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;
- la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable pour tardiveté ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
L'aide juridictionnelle partielle, fixant la contribution de l'Etat à 55 % a été accordée à Mme C par une décision du 28 février 2022.
La clôture d'instruction a été fixée au 5 octobre 2022 à 23 h 59 par une ordonnance du 19 septembre 2022.
Mme C a produit des pièces, enregistrées le 28 novembre 2022, postérieurement à la clôture de l'instruction.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Fabre, président-rapporteur ;
- les conclusions de M. Even, rapporteur public ;
- et les observations de Me Scrive substituant Me Gommeaux, représentant Mme C, également présente.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C, née le 14 décembre 1990 à Madagascar, de nationalité malgache, est entrée en France le 20 août 2012 munie de son passeport en cours de validité, revêtu d'un visa long séjour portant la mention " étudiant ", valable du 19 août 2012 au 19 août 2013. En dernier lieu, par courrier de son conseil daté du 14 juin 2021, Mme C a sollicité du préfet du Nord un changement de statut et la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ", son admission exceptionnelle au séjour et, à titre subsidiaire, la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ". Par un arrêté du 24 janvier 2022, dont la requérante demande l'annulation, le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a indiqué qu'à l'expiration de ce délai elle pourrait être éloignée à destination du pays dont elle a la nationalité ou de tout autre pays vers lequel elle établit être légalement admissible.
Sur la recevabilité de la requête :
2. Mme C a présenté une demande d'aide juridictionnelle le 1er février 2022. Par une décision du 28 février 2022, l'aide juridictionnelle partielle, fixant la contribution de l'Etat à 55 %, lui a été accordée, ladite décision disant par ailleurs que l'intéressée serait assistée par Me Gommeaux. Si la requête a certes été enregistrée le 6 avril 2022 seulement au greffe du tribunal administratif de Lille, en l'absence d'éléments établissant la date à laquelle cette décision d'aide juridictionnelle partielle a été reçue par l'intéressée, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête opposée par le préfet du Nord ne peut qu'être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".
4. Mme A C, née le 14 décembre 1990 à Madagascar, de nationalité malgache, est entrée en France le 20 août 2012 munie de son passeport en cours de validité, revêtu d'un visa long séjour portant la mention " étudiant ", valable du 19 août 2012 au 19 août 2013. Elle a obtenu en 2014 un master 2 en " management et économie des firmes, organisation des services " à l'Université de Lille. Si, à compter de 2016, elle a entamé une thèse de doctorat en sciences économiques qu'elle n'a pas terminée, il ressort également des pièces du dossier que, le 19 juillet 2018, elle a obtenu un certificat de l'école de maîtrise des transports, mention assez bien, délivré par l'école supérieure de génie logistique et le groupe Promotrans et qu'elle s'est vue délivrer, le 1er octobre 2018, par le préfet de la région Hauts-de-France, préfet du Nord, d'une part une attestation de capacité professionnelle en transport de marchandises par route et, d'autre part, une attestation de capacité à l'exercice de la profession de commissionnaire de transport. Elle a ensuite travaillé, du 14 mai 2018 au 22 mai 2020 comme assistante administrative d'exploitation au sein de la société GLN Transports à Libercourt. Si elle a dû cesser de travailler pour cette entreprise pour des raisons juridiques, cette société a cependant montré un intérêt significatif pour la réembaucher puisqu'elle a déposé une demande d'autorisation de travail le 8 juin 2020 et a adressé à l'intéressée le 2 novembre 2020 une promesse d'embauche correspondant à l'emploi qu'elle avait occupé pendant deux ans. Alors que par ailleurs l'intéressée a effectué en France plusieurs stages orientés vers la logistique et le transport, ce parcours universitaire et professionnel s'inscrit dans la continuité des études que l'intéressée avait effectuées à Madagascar, dans le secteur de la logistique et des transports, de l'Institut supérieur de technologie de Tananarive. Par ailleurs, il ressort également des pièces du dossier que Mme C, qui a régulièrement exercé différentes activités pour assurer elle-même financièrement son quotidien, vit en France depuis dix ans à la date de la décision contestée, maîtrise très bien la langue française et est intégrée socialement ainsi que cela ressort des différentes attestations d'amis et d'anciens collègues. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requérante est fondée à soutenir que, par la décision de refus contestée, le préfet du Nord a entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ainsi que dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. Pour ce motif, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés, la décision portant refus de séjour doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les autres décisions figurant à l'arrêté du 22 avril 2022.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Le présent jugement implique nécessairement, eu égard au motif d'annulation retenu, que le préfet du Nord délivre à Mme C un titre de séjour soit " salarié " soit " vie privée et familiale ". Il y a lieu de fixer au préfet du Nord pour ce faire un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sans qu'il soit besoin, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
7. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle au taux de 55 %. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Gommeaux de la somme de 1 000 euros contre renonciation de sa part au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 24 janvier 2022 par lequel le préfet du Nord a rejeté la demande de titre de séjour présentée par Mme C, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a indiqué qu'à l'expiration de ce délai elle pourrait être éloignée à destination du pays dont elle a la nationalité ou de tout autre pays vers lequel elle établit être légalement admissible est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de délivrer à Mme C un titre de séjour portant la mention soit " salarié " soit " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Gommeaux la somme de 1 000 euros contre renonciation de sa part au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au préfet du Nord et à Me Gommeaux.
Délibéré après l'audience du 29 novembre 2022 à laquelle siégeaient :
- M. Fabre, président,
- Mme Monteil, première conseillère,
- Mme Piou, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2022.
Le président-rapporteur,
Signé
X. FABREL'assesseur le plus ancien,
Signé
A.-L. MONTEIL
La greffière,
Signé
M. B
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
5
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026