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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2202678

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2202678

vendredi 17 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2202678
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantLEQUIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 avril 2022, M. B A, représenté par Me Lequien, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui délivrer une carte de résident de dix ans, révélée le 6 octobre 2021 par la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une carte de résident de dix ans sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation en méconnaissance des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il remplit l'ensemble des conditions pour prétendre à la délivrance d'une carte de résident de dix ans.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 14 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 décembre 2022.

Le préfet du Nord a produit une pièce, postérieurement à la clôture de l'instruction, qui n'a pas été communiquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Célino,

- et les observations de Me Lequien, avocate représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 14 février 2002, est entré en France le 30 septembre 2015 dans le cadre du regroupement familial, muni d'un visa D. Il a obtenu un document de circulation pour étranger mineur valable du 7 décembre 2015 au 7 décembre 2020. Puis, il a bénéficié d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " valable du 24 août 2020 au 23 août 2021. Dans le cadre du renouvellement de sa carte de séjour, M. A a sollicité la délivrance d'une carte de résident valable dix ans. Le 6 octobre 2021, il s'est vu remettre une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 5 octobre 2023. En ne délivrant pas à l'intéressé la carte de résident qu'il sollicitait, le préfet du Nord a fait naître une décision implicite de rejet sur cette demande. Par sa requête, M. A demande au tribunal de prononcer l'annulation de cette décision en tant qu'elle lui refuse la délivrance d'une carte de résident de dix ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation

2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Selon l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 232-4 de ce code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui ont été communiqués. ".

3. Par un courrier adressé au préfet du Nord par son avocate, daté du 7 décembre 2021, M. A a demandé la communication des motifs du refus de sa demande de carte de résident sans obtenir de réponse. Dans ces conditions, en l'absence de communication des motifs de la décision dans le mois suivant la demande, le requérant est fondé à soutenir que la décision est entachée d'un défaut de motivation.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen de la requête, que la décision implicite par laquelle le préfet du Nord a rejeté la demande de M. A tendant à la délivrance d'une carte de résident doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

5. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision ".

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du jugement implique que le préfet du Nord procède au réexamen de la demande de carte de résident de dix ans de M. A, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision par laquelle le préfet du Nord a implicitement rejeté la demande de carte de résident de dix ans de M. A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de procéder au réexamen de la demande de carte de résident de M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Nord.

Copie sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 19 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Paganel, président,

Mme Célino, première conseillère,

Mme Barre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.

La rapporteure,

Signé

C. CELINO

Le président,

Signé

M. PAGANEL La greffière,

Signé

D. WISNIEWSKI

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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