mercredi 20 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2202820 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | GOMMEAUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 avril 2022, Mme A B, représentée par Me Gommeaux, demande au Tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 mars 2022 en tant que le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, subsidiairement, de l'admettre provisoirement au séjour dans le délai d'une semaine à compter de la notification du jugement à intervenir et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'incompétence du signataire ;
- elle est entachée de vice de procédure la privant d'une garantie dès lors que le préfet n'établit pas avoir recueilli l'avis du collège de médecins de l'OFII concernant la situation de sa fille et avoir respecté le bon déroulement de la procédure ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la situation de sa fille ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien et porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée en droit ;
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Vu :
- l'ordonnance n° 2007646 du 12 novembre 2020 du juge des référés du tribunal administratif de Lille ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- et les observations de Me Schryve, substituant Me Gommeaux, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante algérienne, née le 31 juillet 1988, est entrée sur le territoire français le 28 janvier 2017, sous couvert d'un visa Schengen de type C délivré le
17 octobre 2016 par les autorités consulaires espagnoles à Alger, valable du 24 octobre 2016 au 21 avril 2017. A la suite de sa demande de titre de séjour en qualité d'accompagnant d'enfant malade formée le 22 novembre 2017, le préfet du Nord lui a délivré une autorisation provisoire de séjour valable à compter du 5 septembre 2018 et régulièrement renouvelée jusqu'au 26 avril 2020. Sa demande de renouvellement formée le 27 janvier 2020 a été rejetée par le préfet du Nord par un arrêté du 11 septembre 2020 lui faisant par ailleurs obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le juge des référés du tribunal administratif de Lille, par une ordonnance n° 2007646 du 12 novembre 2020, a suspendu l'exécution de cet arrêté. Après avoir réexaminé sa situation, le préfet du Nord a délivré à Mme B une autorisation provisoire de séjour valable du 30 décembre 2020 au 29 juin 2021. Par une ordonnance
n° 2007612 du 12 février 2021, le président de la 5ème chambre du tribunal administratif de Lille a constaté qu'il n'y avait dès lors plus lieu de statuer sur la requête à fin d'annulation de l'arrêté du 11 septembre 2020 formée par la requérante. Mme B a sollicité le 24 mars 2021 auprès du préfet du Nord la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " d'un an en lieu et place de l'autorisation de séjour provisoire délivrée, au motif que ledit titre ne correspondait pas à la nomenclature des titres de séjour pouvant être délivrés aux ressortissants algériens. Le préfet du Nord, par une décision du 11 mai 2021, a rejeté la demande de la requérante mais a renouvelé l'autorisation provisoire de séjour jusqu'au 21 septembre 2021. Par un arrêté du 8 mars 2022, le préfet du Nord a rejeté la demande de renouvellement de son autorisation provisoire de séjour formée le 8 décembre 2021 par
Mme B et lui a, par ailleurs, fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Mme B demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 8 mars 2022.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et su séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9. " Si les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas applicables aux ressortissants algériens dont la situation est entièrement régie par les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, cette circonstance n'interdit pas au préfet, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire d'appréciation, de délivrer à ces ressortissants une autorisation provisoire de séjour pour accompagnement d'enfant malade. L'accord franco-algérien n'a pas non plus entendu écarter les ressortissants algériens de l'application des dispositions de procédure qui s'appliquent à tous les étrangers en ce qui concerne la délivrance, le renouvellement et le refus de titres de séjour.
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que la fille aînée de la requérante, née le
31 octobre 2015, souffre des séquelles d'une maladie des brides amniotiques ayant nécessité une amputation trans-tibiale droite à la naissance, suivie en juillet 2017 d'une intervention pour régularisation du moignon et résection d'une phalange distale au niveau d'un quatrième doigt gauche. En décembre 2017, elle a subi une intervention chirurgicale au niveau des mains avec plastie d'approfondissement au niveau des première et troisième commissures, associées à la résection d'un sillon du troisième doigt de la main gauche. En juin 2018, une nouvelle intervention chirurgicale a permis un approfondissement commissural au niveau de la deuxième commissure de la main gauche, anis que des libérations d'ascrosyndactylies fenêtrées au niveau du pied gauche. En novembre 2018 et décembre 2019, deux reprises chirurgicales de l'amputation de sa jambe droite ont été effectuées pour réaliser une recoupe du moignon en raison d'une hyper croissance osseuse. Elle est suivie en service de chirurgie orthopédique ainsi que dans un service de soins de suite et de réadaptation pédiatriques spécialisés. Le préfet du Nord a fait sien l'avis du collège de médecins de l'OFII selon lequel le défaut de prise en charge médicale de l'enfant ne devrait pas entrainer de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Il ressort toutefois des pièces du dossier et notamment d'un certificat médical d'un médecin rééducateur du 28 mars 2022 et d'un certificat d'un chirurgien orthopédique du CHU de Lille du 29 mars 2022, postérieurs à la décision attaquée mais révélant l'état de santé antérieur de l'enfant, que celle-ci nécessite pendant toute la durée de sa croissance un suivi chirurgical avec nécessité d'intervention en cas d'hyper croissance osseuse ou de déformation sans lequel " elle pourrait présenter un handicap lourd avec impossibilité de marche de façon autonome. ". Dans ces conditions, l'absence de soins doit être regardée comme ayant des conséquences d'une exceptionnelle gravité dès lors qu'elle détériorera la fonction de marche de l'enfant, dont la probabilité est élevée à un horizon temporel qui n'est pas très éloigné, comme l'indique un certificat médical du 18 mars 2022 précisant qu'une nouvelle intervention chirurgicale a été programmée en mai 2022. Il ressort en outre des pièces du dossier et notamment de certificats médicaux d'une part d'un chirurgien orthopédique et de traumatologie exerçant en Algérie du
27 mars 2022 et d'autre part d'un médecin de médecine physique et de réadaptation du centre hospitalo-universitaire de Tizi-Ouzou du 2 avril 2022, qu'aucune structure hospitalière en Algérie n'est adaptée à la pathologie de l'enfant. Son traitement ne saurait dès lors être regardé comme disponible dans son pays d'origine. Par suite, Mme B est fondée à soutenir que le préfet a commis une erreur d'appréciation quant à l'état de santé de sa fille.
5. En second lieu, aux termes des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
6. Il résulte de ce qui a été dit au point 4 que le préfet a entaché sa décision d'une méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 8 mars 2022 par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Il y a lieu, par voie de conséquence, d'annuler la décision du même jour portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
8. Le présent jugement implique nécessairement que le préfet du Nord délivre à Mme B un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à cette délivrance dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 8 mars 2022 du préfet du Nord en tant qu'il a refusé à Mme B de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de délivrer à Mme B un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Mme B une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Nord.
Délibéré après l'audience du 29 juin 2022, à laquelle siégeaient :
- Mme Féménia, présidente,
- Mme Grard, première conseillère,
- Mme Thielleux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2022.
La rapporteure,
signé
E. C La présidente,
signé
J. FÉMÉNIALa greffière,
signé
P. MAGHRI
La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026