lundi 14 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2202919 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | BEHRA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 avril 2022, Mme A H, représentée par Me Behra, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 mars 2022 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée ;
2°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou de procéder au réexamen de sa demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
- il est entaché d'incompétence ;
En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour :
- elle méconnait l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle méconnait l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle porte atteinte à son droit au respect de la vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale du fait de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision portant admission au séjour ;
- elle porte atteinte à son droit au respect de la vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
- elle est illégale du fait de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision portant admission au séjour ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale du fait de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire enregistré le 9 août 2022, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. F a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme H, ressortissante marocaine née le 16 septembre 1985, est entrée en France le 26 juillet 2019 sous couvert d'un visa long séjour. Puis elle a été mise en possession d'un titre de séjour en qualité de conjointe de ressortissant français valable jusqu'au 20 juin 2021. Le 26 mai 2021, Mme H a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en fondant sa demande sur sa qualité de parent d'enfant français. Par un arrêté du 18 mars 2022, le préfet du Pas-de-Calais a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée. Par la requête susvisée, Mme H demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les moyens communs :
2. Il ressort des pièces du dossier que, par arrêté du 17 janvier 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 11 du même jour, le préfet du Pas-de-Calais a donné délégation à M. E B, directeur des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer, notamment, les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.
Sur les autres moyens dirigés contre la décision portant refus d'admission au séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. / () ".
4. Il résulte de ces dispositions que pour obtenir un titre de séjour en qualité de parent d'un enfant français, l'étranger qui se prévaut de cette qualité, doit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de cet enfant depuis sa naissance ou depuis au moins deux années.
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme H est mère d'une enfant de nationalité française, C D, née le 12 août 2012 au Maroc et reconnue le 2 avril 2019 par M. G D, ressortissant français, avec lequel la vie commune a cessé le 25 septembre 2019. Afin d'établir qu'elle contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant dans les conditions prévues par les dispositions susmentionnées à la date de la décision attaquée, Mme H produit des attestations établies par son beau-père, son beau-frère, sa sœur, une voisine et le directeur de l'école de sa fille. Toutefois, ces éléments, rédigés en des termes généraux, ne suffisent pas à établir qu'à la date de la décision attaquée, la requérante contribuait effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant depuis au moins deux ans dès lors qu'il ressort des termes de la requête que l'intéressée déclare vivre chez sa sœur depuis le mois de mars 2021, sans préciser le domicile de sa fille, alors qu'il ressort du certificat de scolarité établi au nom de celle-ci pour l'année 2021-2022 qu'elle est domiciliée chez ses grands-parents paternels. Par ailleurs, la requérante ne justifie d'aucune ressource lui permettant de subvenir aux besoins de son enfant alors qu'il ressort de deux attestations de son beau-père en date des 1er janvier 2021 et 15 mai 2021 que celui déclare " contribuer effectivement à l'entretien et l'éducation et la nourriture " de l'enfant C " depuis au moins 2 ans ". Dans ces circonstances, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur de fait doivent être écartés.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".
7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme H a sollicité son admission exceptionnelle au séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En tout état de cause, en se bornant à indiquer qu'elle est présente en France depuis trois ans, que sa fille est de nationalité française et est scolarisée en France depuis son arrivée, qu'elle n'a plus d'attaches dans son pays d'origine, Mme H ne justifie ni de considérations humanitaires, ni de motifs exceptionnels, au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, propres à ouvrir droit à la délivrance d'une carte de séjour temporaire sur ce fondement. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.
8. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme H est entrée récemment sur le territoire français, le 26 juillet 2019, soit moins de trois ans avant l'édiction de la décision attaquée. Si son époux, de nationalité française, réside également en France, il ressort des pièces du dossier que la vie commune avec celui-ci a cessé le 25 septembre 2019, soit deux mois après son arrivée sur le territoire français. Si Mme H a ensuite continué à vivre au domicile de son beau-père, jusqu'au mois de mars 2021 selon ses déclarations, et soutient vivre depuis cette date chez sa sœur, ressortissante marocaine détentrice d'une carte de résident valable jusqu'en 2026, et avoir suivi une formation linguistique du 14 novembre 2019 au 6 février 2020 puis une formation " lire, écrire et agir " à compter du 7 février 2022 et à laquelle elle a mis fin à la date de la décision attaquée, elle ne justifie pas pour autant d'une insertion sociale ou professionnelle suffisante au sein de la société française. Elle n'établit pas non plus être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où résident encore ses parents et où elle-même a vécu jusqu'à l'âge de 33 ans. En outre, ainsi qu'il a été dit plus haut, Mme H ne justifie pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant de nationalité française. Dès lors, le préfet du Pas-de-Calais n'a pas, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, porté au droit de Mme H au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard du but en vue duquel cette décision a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
Sur les autres moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision portant refus d'admission au séjour doit être écarté.
10. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
11. En troisième lieu, aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
12. Ainsi qu'il a été dit au point 5, Mme H ne justifie pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de sa fille, C, ni de liens particuliers avec celle-ci depuis près d'un an à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, le préfet du Pas-de-Calais n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
13. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire :
14. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de cette décision, doit être écarté.
15. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ".
16. En l'espèce, la circonstance que la fille de Mme H soit scolarisée en France n'implique pas en elle-même qu'à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours soit accordé à la requérante. Dans ces conditions, le préfet du Nord n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en fixant à trente jours le délai accordé à l'intéressée pour quitter le territoire français. Par suite, le moyen doit être écarté.
Sur la décision fixant le pays de destination :
17. Il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de cette décision doit être écarté.
18. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme H doit être rejetée, y compris celles à fin d'injonction, d'astreinte et celles relatives aux frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme H est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A H, et au préfet du Pas-de-Calais.
Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Chevaldonnet, président,
- M. Liénard, conseiller,
- Mme Leclère, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2022.
Le rapporteur,
Signé
Q. LIENARD
Le président,
Signé
B. CHEVALDONNET
La greffière,
Signé
M. I
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais ce en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026