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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2202951

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2202951

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2202951
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantROBILLARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 avril 2022, Mme B A demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de la directrice des ressources humaines, des affaires médicales et des relations sociales de l'établissement public de santé mentale Lille-Métropole en date du 3 janvier 2022 en tant qu'elle retire la décision du 1er février 2021 lui allouant une indemnité exceptionnelle de frais de déplacement ;

2°) d'enjoindre à l'établissement public de santé mentale Lille-Métropole de régulariser sa situation administrative, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'établissement public de santé mentale Lille-Métropole la somme de 250 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- l'administration ne peut légalement, après avoir attribué deux primes différentes, déduire du montant alloué au titre de l'indemnité exceptionnelle de mobilité celui octroyé au titre de l'indemnité exceptionnelle de frais de déplacement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juillet 2023, l'établissement public de santé mentale Lille-Métropole, représenté par Me Robillard, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de Mme A le versement de la somme de 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration est inopérant, la décision du 3 janvier 2022 ne procédant pas au retrait d'une décision créatrice de droits ;

- il demande la substitution au motif initialement retenu du motif tiré de ce que l'indemnité accordée en 2021 ne repose sur aucun fondement textuel ou du motif tiré de ce que Mme A n'était pas éligible à l'indemnité exceptionnelle de mobilité prévue par le décret du 20 avril 2001.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 2001-353 du 10 avril 2001 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lemaire,

- les conclusions de M. Huguen, rapporteur public,

- et les observations de Me Robillard, avocat de l'établissement public de santé mentale Lille-Métropole.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, infirmière diplômée d'État à l'établissement public de santé mentale Lille-Métropole, demande au tribunal d'annuler la décision de la directrice des relations humaines, des affaires médicales et de la formation continue de cet établissement en date du 3 janvier 2022 en tant qu'elle refuse de lui verser la somme de 762,25 euros au titre de l'indemnité exceptionnelle de mobilité, ensemble la décision rejetant le recours gracieux qu'elle a présenté le 21 février 2022.

Sur les conclusions à fins d'annulation et d'injonction :

2. Aux termes de l'article 1er du décret du 20 avril 2001, instituant une indemnité exceptionnelle de mobilité dans la fonction publique hospitalière : " Les fonctionnaires () en fonctions dans un établissement mentionné à l'article 2 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée et concernés par une opération de modernisation entraînant un changement de lieu de travail bénéficient, dans les conditions prévues par le présent décret, d'une indemnité exceptionnelle de mobilité. / () ". Aux termes de l'article 2 de ce décret : " Constituent des opérations de modernisation au sens de l'article 1er ci-dessus : / - les opérations liées à des réorganisations d'établissements sanitaires ou de l'un ou plusieurs de leurs services, approuvées par le directeur général de l'agence régionale de santé, cohérentes avec le schéma régional d'organisation des soins et figurant au contrat pluriannuel d'objectifs et de moyens mentionné à l'article L. 6114-1 du code de la santé publique ; / () / La décision de financement précise, pour chaque établissement, le ou les services ainsi que, par catégorie professionnelle, le nombre d'agents concernés par l'opération ". Aux termes de l'article 5 du même décret : " Les montants de l'indemnité exceptionnelle de mobilité () versés aux agents concernés par l'établissement sont remboursés à ce dernier : / - par le fonds d'intervention régional mentionné à l'article L. 1435-8 du code de la santé publique pour les établissements mentionnés aux 1 et 7 du premier alinéa de l'article 2 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée ; / () ". Aux termes de cet article L. 1435-8 du code de la santé publique : " Un fonds d'intervention régional finance, sur décision des agences régionales de santé, des actions, des expérimentations et, le cas échéant, des structures concourant : / () / 4° À l'efficience des structures sanitaires et médico-sociales et à l'amélioration des conditions de travail de leurs personnels ; / () ".

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A est affectée à l'unité Lasègue, pôle de psychiatrie, de l'établissement public de santé mentale Lille-Métropole. À la suite d'un incendie survenu le 23 janvier 2021, cette unité située à Armentières a été délocalisée à Seclin, initialement pour une durée de neuf mois. Le 1er février 2021, la directrice des relations humaines, des affaires médicales et de la formation continue de l'établissement public a décidé d'accorder aux agents de l'unité ayant un trajet supérieur entre leur domicile et leur nouveau lieu de travail, dont Mme A, une indemnité exceptionnelle d'un montant de 200 euros net par mois pour une durée de neuf mois maximum à compter de cette date. Le 3 janvier 2022, alors que l'établissement avait décidé de maintenir la localisation de l'unité à Seclin, la même autorité a informé Mme A qu'elle était ainsi concernée par une opération de modernisation, au sens des dispositions précitées du décret du 20 avril 2001, qu'elle était dès lors éligible à l'indemnité prévue par ces dispositions, que la somme correspondante était d'un montant inférieur à la somme qu'elle avait perçue à compter de février 2021 et que la différence ne lui serait pas réclamée.

4. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

5. Il ressort des pièces du dossier que, par la décision attaquée, la directrice des relations humaines, des affaires médicales et de la formation continue de l'établissement public de santé mentale Lille-Métropole a déduit du montant de l'indemnité exceptionnelle de mobilité à verser à Mme A le montant de l'indemnité, pourtant distincte, qui lui avait été accordée de février 2021 à octobre 2021. Toutefois, la circonstance que Mme A ait bénéficié de cette première indemnité ne pouvait pas, à elle seule, justifier que soit réduite la somme accordée sur le fondement des dispositions précitées du décret du 20 avril 2001. Ainsi, le motif retenu dans la décision attaquée est entaché d'erreur de droit.

6. Toutefois, ainsi que le fait valoir l'établissement public de santé mentale Lille-Métropole en défense, il ressort des pièces du dossier que, par une lettre du 30 mars 2022, le directeur général de l'agence régionale de santé Hauts-de-France a informé le directeur de l'établissement public de santé mentale Lille-Métropole que le déménagement de l'activité de l'unité Lasègue sur le site de Seclin ne constituait pas une opération de modernisation au sens du décret du 20 avril 2001. Pour cet unique motif, Mme A ne pouvait pas légalement prétendre au bénéfice de l'indemnité prévue par les dispositions de ce décret. Il résulte de l'instruction que l'établissement public de santé mentale Lille-Métropole aurait pris la même décision s'il avait entendu se fonder initialement sur ce motif. Il y a lieu, dès lors, de substituer ce motif au motif initialement retenu.

7. En second lieu, aux termes de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision ".

8. Il ressort des pièces du dossier que, par la décision en date du 3 janvier 2022, la directrice des relations humaines, des affaires médicales et de la formation continue de l'établissement public de santé mentale Lille-Métropole n'a pas retiré la décision par laquelle elle avait accordé à Mme A le bénéfice d'une indemnité pour la période de février 2021 à octobre 2021, mais a refusé de verser une somme au titre de l'indemnité distincte prévue par les dispositions précitées du décret du 20 avril 2001. Mme A ne saurait dès lors utilement soutenir que la décision attaquée a été prise en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision de la directrice des relations humaines, des affaires médicales et de la formation continue de cet établissement en date du 3 janvier 2022 en tant qu'elle refuse de lui verser la somme de 1 800 euros au titre de l'indemnité exceptionnelle de mobilité, ensemble la décision rejetant le recours gracieux qu'elle a présenté le 21 février 2022. Les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent dès lors être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'établissement public de santé mentale Lille-Métropole, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme que Mme A demande au titre des frais qu'elle a exposés. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la requérante le versement à cet établissement de la somme qu'il demande à ce titre.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par l'établissement public de santé mentale Lille-Métropole au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à l'établissement public de santé mentale Lille-Métropole.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Lemaire, président,

- Mme Courtois, première conseillère,

- Mme Célino, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

L'assesseure la plus ancienne,

signé

C. COURTOISLe président-rapporteur,

signé

O. LEMAIRE

La greffière,

signé

P. CARPENTIER

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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