jeudi 27 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2202968 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS VEDESI - SCP SCHMIDT VERGNON PELISSIER THIERRY EARD-AMINTHAS & TISSOT |
Vue la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 avril 2022 et le 24 juillet 2023, Mme A Citerne, représentée par Me Lachevre, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 5 janvier 2022 par laquelle le président du conseil départemental du Pas-de-Calais lui a retiré son agrément d'assistante maternelle ;
2°) d'enjoindre au département du Pas-de-Calais de lui restituer son agrément d'assistante maternelle à compter du 5 janvier 2022 ;
3°) de mettre à la charge du département du Pas-de-Calais la somme de 1 200 euros à verser à son conseil, sous réserve pour ce dernier de renoncer à ma part contributive de l'Etat, sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle doit être regardée comme soutenant que :
- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que le délai de convocation devant la commission consultative paritaire n'a pas été respecté et que l'avis de cette dernière ne lui a pas été transmis ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles et est entachée d'erreur d'appréciation.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 avril et 22 septembre 2023, le département du Pas-de-Calais, représenté par Me Vergnon, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme Citerne la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable pour tardiveté ;
- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Le département du Pas-de-Calais a produit, à la demande du tribunal, une pièce, enregistrée le 23 avril 2024, qui a été communiquée en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.
Mme Citerne a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle par décision du bureau d'aide juridictionnelle du 28 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bourgau, rapporteur,
- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Laurent, substituant Me Vergnon, représentant le département du Pas-de-Calais.
Considérant ce qui suit :
1. Mme Citerne bénéficie d'un agrément d'assistante maternelle lui ouvrant droit à l'accueil de trois enfants, délivré par le département du Pas-de-Calais. Le 3 septembre 2021, le centre hospitalier d'Arras a saisi le procureur de la République près le tribunal judiciaire d'Arras d'une suspicion de faits de maltraitance commis par Mme Citerne à l'encontre d'un enfant accueilli. Par courrier du 7 septembre 2021, le président du conseil départemental du Pas-de-Calais a suspendu son agrément d'assistante maternelle. Le recours administratif de Mme Citerne contre cette décision a été implicitement rejeté le 6 décembre 2021. Par courrier du 1er décembre 2021, Mme Citerne a été convoquée à la séance du 16 décembre 2021 de la commission consultative paritaire. Par courrier du 6 décembre suivant, en complément du rapport d'évaluation de sa demande d'agrément du 4 avril 2019 et du rapport d'évaluation de sa demande d'extension d'agrément du 17 février 2020 transmis à Mme Citerne le 21 septembre à la suite de sa demande de consultation de son dossier, le département lui a transmis le compte rendu de l'entretien du 25 novembre 2021 et l'a informée que les services du procureur de la République ont refusé la communication des éléments liés à l'enquête pénale, au motif que cette dernière était encore en cours. Par décision du 5 janvier 2022, dont Mme Citerne demande l'annulation, le président du conseil départemental a retiré son agrément.
Sur la recevabilité de la requête :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / () ". Aux termes de l'article 43 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " () lorsqu'une action en justice ou un recours doit être intenté avant l'expiration d'un délai devant les juridictions de première instance ou d'appel, l'action ou le recours est réputé avoir été intenté dans le délai si la demande d'aide juridictionnelle s'y rapportant est adressée ou déposée au bureau d'aide juridictionnelle avant l'expiration dudit délai et si la demande en justice ou le recours est introduit dans un nouveau délai de même durée à compter : / () 3° De la date à laquelle le demandeur de l'aide juridictionnelle ne peut plus contester la décision d'admission ou de rejet de sa demande en application du premier alinéa de l'article 69 et de l'article 70 ou, en cas de recours de ce demandeur, de la date à laquelle la décision relative à ce recours lui a été notifiée ; / 4° Ou, en cas d'admission, de la date, si elle est plus tardive, à laquelle un auxiliaire de justice a été désigné. / () ".
3. Il ressort des pièces du dossier qu'alors que la décision contestée, qui mentionne les voies et délais de recours, a été notifiée le 6 janvier 2022, la demande d'aide juridictionnelle formée le 1er février 2022, dans le délai de recours contentieux, a interrompu ce dernier. Un nouveau délai de recours contentieux a commencé à courir à compter du lendemain de la notification de la décision du 28 février 2022 octroyant le bénéfice de l'aide juridictionnelle, soit au plus tôt le 1er mars 2022, pour expirer au plus tôt le 2 mai 2022. Dans ces conditions, la requête, enregistrée le 20 avril, soit dans le délai de recours contentieux, n'est pas tardive. Par suite, la fin de non-recevoir soulevée par le département du Pas-de-Calais doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 421-2 du code de l'action sociale et des familles : " L'assistant maternel est la personne qui, moyennant rémunération, accueille habituellement et de façon non permanente des mineurs à son domicile ou dans un lieu distinct de son domicile appelé " maison d'assistants maternels " tel que défini à l'article L. 424-1. / L'assistant maternel accueille des mineurs confiés par leurs parents, directement ou par l'intermédiaire d'un service d'accueil mentionné à l'article L. 2324-1 du code de la santé publique. Il exerce sa profession comme salarié de particuliers employeurs ou de personnes morales de droit public ou de personnes morales de droit privé dans les conditions prévues au chapitre III du présent livre, après avoir été agréé à cet effet. ". En vertu de l'article L. 421-3 de ce code, l'agrément est accordé aux assistants familiaux si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs et majeurs de moins de vingt et un ans accueillis, en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne. Aux termes de l'article L. 421-6 du même code : " () Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil départemental peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, () procéder à son retrait. () / Toute décision de retrait de l'agrément () doit être dûment motivée et transmise sans délai aux intéressés. / En cas de retrait d'un agrément motivé notamment par la commission de faits de violences à l'encontre des mineurs accueillis, il ne peut être délivré de nouvel agrément à la personne à qui l'agrément a été retiré avant l'expiration d'un délai approprié, quel que soit le département dans lequel la nouvelle demande est présentée. () ".
5. Il résulte de ces dispositions qu'il incombe au président du conseil départemental de s'assurer que les conditions d'accueil chez l'assistant maternel garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des enfants accueillis et de procéder au retrait de l'agrément de l'assistant maternel si ces conditions ne sont plus remplies. A cette fin, dans l'hypothèse où il est informé de suspicions de comportements susceptibles de compromettre la santé, la sécurité ou l'épanouissement d'un enfant, de la part du bénéficiaire de l'agrément ou de son entourage, il lui appartient de tenir compte de tous les éléments portés à la connaissance des services compétents du département ou recueillis par eux et de déterminer si ces éléments sont suffisamment établis pour lui permettre raisonnablement de penser que l'enfant est exposé à de tels comportements ou risque de l'être. Par ailleurs, si la légalité d'une décision doit être appréciée à la date à laquelle elle a été prise, il appartient au juge de l'excès de pouvoir de tenir compte, le cas échéant, d'éléments factuels antérieurs à cette date mais révélés postérieurement.
6. En l'espèce, pour retirer l'agrément d'assistante familiale de Mme Citerne, le président du conseil départemental du Pas-de-Calais s'est fondé sur une suspicion de faits de maltraitance commis par Mme Citerne à l'encontre d'un enfant qu'elle accueille. Il ressort des pièces du dossier que les faits en cause, qui auraient été commis en mai - juin 2021, fin août 2021 et le 1er septembre 2021, ont fait l'objet d'un signalement au procureur de la République près le tribunal judiciaire d'Arras par le centre hospitalier d'Arras à la suite d'une consultation aux urgences pédiatriques le 1er septembre 2021. Toutefois, si cette consultation a permis de constater les lésions présentées par l'enfant à la suite de l'incident survenu le 1er septembre, les autres faits, plus anciens, ne résultent que de la retranscription dans le signalement des déclarations de la mère de l'enfant et de sa grande sœur, sans avoir pu faire l'objet à cette occasion d'une constatation médicale. De plus, Mme Citerne, qui produit plusieurs attestations élogieuses de parents dont les enfants lui sont confiés, conteste la qualification d'acte de maltraitance pour l'incident survenu le 1er septembre 2021, indiquant que l'enfant a chuté sur un jouet, qu'elle a appliqué de la glace sur l'hématome et en a informé la mère de l'enfant le soir même. Enfin, Mme Citerne produit l'avis de classement sans suite du 20 juillet 2023 clôturant l'enquête pénale au motif que cette dernière n'a pas permis d'établir la réalité des faits. Dans ces conditions, les éléments portés à la connaissance des services compétents du département du Pas-de-Calais, qui n'a par ailleurs pas estimé nécessaire de diligenter une enquête administrative, n'étaient pas suffisamment établis pour lui permettre raisonnablement de penser que l'enfant était exposé ou susceptible d'être exposé à des comportements susceptibles de compromettre sa santé, sa sécurité ou son épanouissement, de sorte que Mme Citerne est fondée à soutenir que la décision de retrait de son agrément d'assistante maternelle est entachée d'erreur d'appréciation et méconnaît les dispositions de l'article L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 5 janvier 2022 par laquelle le président du conseil départemental du Pas-de-Calais a retiré à Mme Citerne son agrément d'assistante familiale doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Eu égard au motif qui la fonde, l'annulation prononcée par le présent jugement implique nécessairement, sous réserve d'un changement de circonstance de fait, d'enjoindre au président du conseil départemental du Pas-de-Calais de restituer à Mme Citerne son agrément d'assistante familiale à compter du 5 janvier 2022.
Sur les frais de l'instance :
9. Mme Citerne a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département du Pas-de-Calais, partie perdante, le versement à Me Lachevre, sous réserve de sa renonciation à la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en revanche obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme Citerne, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée au même titre par le département du Pas-de-Calais.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 5 janvier 2022 par laquelle le président du conseil départemental du Pas-de-Calais a retiré l'agrément d'assistante maternelle de Mme Citerne est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au département du Pas-de-Calais de restituer à Mme Citerne son agrément d'assistante maternelle à compter du 5 janvier 2022.
Article 3 : Le département du Pas-de-Calais versera la somme de 1 200 euros à Me Lachevre, sous réserve pour cette dernière de renoncer au bénéfice de la part contributive de l'Etat, sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions présentées par le département du Pas-de-Calais sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A Citerne, à Me Lachevre et au département du Pas-de-Calais.
Délibéré après l'audience du 15 mai 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Féménia, présidente,
- M. Bourgau, premier conseiller,
- M. Horn, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.
Le rapporteur,
Signé
T. BOURGAULa présidente,
Signé
J. FÉMÉNIA
La greffière,
Signé
S. DEREUMAUX
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
No 2202968
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026