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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2203097

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2203097

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2203097
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formationjuge unique (6)
Avocat requérantSCP MASSON ET DUTAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 avril 2022, Mme C A épouse B, représentée par Me Dutat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 février 2022 par laquelle le président du conseil départemental du Nord lui a refusé la délivrance d'une carte mobilité inclusion mention " stationnement " ;

2°) d'enjoindre au département du Nord de lui délivrer cette carte ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision attaquée :

- est entachée d'un vice de forme, dès lors qu'elle ne mentionne pas les nom et prénom du président du conseil départemental du Nord en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- a été signée par une autorité dont la compétence n'est pas établie ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'une erreur d'appréciation, compte tenu de son état de santé qui ne lui permet de marcher que difficilement, l'empêche de porter des charges trop lourdes et implique l'aide de son mari pour toutes ses tâches du quotidien, notamment pour se déplacer en voiture afin de faire des courses.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 septembre 2024, le département du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les moyens tirés de l'illégalité externe de la décision sont inopérants ;

- l'autre moyen de la requête n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Fougères, premier conseiller, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Fougères a été entendu au cours de l'audience publique à l'issue de laquelle l'instruction a été close, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après l'appel de l'affaire à l'audience, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a présenté le 11 août 2021 une demande de carte de mobilité inclusion portant la mention " stationnement ". Sa demande a été rejetée par une décision du président du conseil départemental du Nord du 21 septembre 2021 au motif qu'elle ne répondait pas aux critères d'attribution de cette carte. Mme B a formé le recours administratif préalable obligatoire prévu par l'article R. 241-17-1 du code de l'action sociale et des familles le 3 février 2022, lequel a été rejeté par une décision du 25 février 2022, dont il est demandé au tribunal de prononcer l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 25 février 2022 :

2. D'une part, aux termes du I de l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles : " La carte " mobilité inclusion " destinée aux personnes physiques est délivrée par le président du conseil départemental au vu de l'appréciation sur le fondement du 3° du I de l'article L. 241-6, de la commission mentionnée à l'article L. 146-9. Elle peut porter une ou plusieurs des mentions prévues aux 1° à 3° du présent I, à titre définitif ou pour une durée déterminée. () 3° La mention " stationnement pour personnes handicapées " est attribuée à toute personne atteinte d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ou qui impose qu'elle soit accompagnée par une tierce personne dans ses déplacements ". Aux termes du IV de l'article R. 241-12-1 du même code : " Pour l'attribution de la mention "stationnement pour personnes handicapées ", un arrêté des ministres chargés des personnes handicapées, des personnes âgées et des anciens combattants définit les modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, en tenant compte notamment de la limitation du périmètre de marche de la personne ou de la nécessité pour celle-ci de recourir systématiquement à certaines aides techniques ou à une aide humaine lors de tous ses déplacements à l'extérieur ".

3. D'autre part, l'annexe de l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles dispose que : " 1. Critère relatif à la réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied : La capacité et l'autonomie de déplacement à pied s'apprécient à partir de l'activité relative aux déplacements à l'extérieur. Une réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied correspond à une difficulté grave dans la réalisation de cette activité et peut se retrouver chez des personnes présentant notamment un handicap lié à des déficiences motrices ou viscérales (exemple : insuffisance cardiaque ou respiratoire). / Ce critère est rempli dans les situations suivantes : - la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres ; - ou la personne a systématiquement recours à l'une des aides suivantes pour ses déplacements extérieurs : - une aide humaine ; - une prothèse de membre inférieur - une canne ou tous autres appareillages manipulés à l'aide d'un ou des deux membres supérieurs (exemple : déambulateur) ; - un véhicule pour personnes handicapées : une personne qui doit utiliser systématiquement un fauteuil roulant pour ses déplacements extérieurs remplit les conditions d'attribution de la carte de stationnement pour personnes handicapées, y compris lorsqu'elle manœuvre seule et sans difficulté le fauteuil ; - ou la personne a recours, lors de tous ses déplacements extérieurs, à une oxygénothérapie () ".

4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant la délivrance d'une carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement pour personnes handicapées ", il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide et de l'action sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si cette délivrance est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autres parties à la date de sa propre décision, le handicap du demandeur justifie que lui soit délivrée une telle carte.

5.Il résulte des dispositions précitées que l'obtention de la carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement pour personnes handicapées " est subordonnée à la démonstration d'une réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied correspondant à une difficulté grave dans la réalisation de cette activité et pouvant se retrouver chez des personnes présentant, notamment, un handicap lié à des déficiences motrices ou viscérales. Tel est le cas lorsque la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres ou a systématiquement recours à une des aides mentionnées pour ses déplacements extérieurs. Il appartient à la personne qui présente devant le juge administratif des conclusions à fin d'annulation d'une décision lui refusant la délivrance d'une carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement pour personnes handicapées " d'établir, par tous moyens et notamment par la production de justificatifs, qu'elle est atteinte d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied.

6. Pour demander l'annulation de la décision lui refusant la mention " stationnement pour personnes handicapées " de la carte mobilité inclusion, Mme B, qui justifie souffrir d'arthrite psoriasique à forme polyarticulaire et enthésitique, ainsi que d'une bursite sousacromio-sousdeltoïdienne droite, soutient que son état de santé l'empêche de pouvoir se déplacer comme elle le souhaite, marchant difficilement et n'étant pas en capacité de porter des charges trop lourdes. Il résulte de l'instruction, et en particulier du certificat médical établi le 30 juillet 2021 par le docteur D, médecin généraliste, que Mme B présente un besoin d'accompagnement pour se déplacer à l'extérieur, les déplacements ne pouvant s'effectuer à l'extérieur sans aide humaine. Dans ces conditions, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, il y a lieu de reconnaitre le droit à Mme B à la carte " mobilité inclusion " mention " stationnement pour personnes handicapées " et d'annuler la décision du président du conseil départemental du Nord du 25 février 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il convient d'attribuer la carte " mobilité inclusion " mention " stationnement pour personnes handicapées " à Mme B pour une durée de cinq années. La présente décision implique la délivrance de cette carte par le président du conseil départemental du Nord dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision, sans qu'il y ait lieu de prévoir une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département du Nord la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 25 février 2022 du président du conseil départemental du Nord est annulée.

Article 2 : Mme B a droit à la carte mobilité inclusion mention " stationnement pour personnes handicapées " pour une durée de cinq ans. Cette carte lui sera délivrée par le président du conseil départemental du Nord dans un délai d'un mois suivant la notification de la présente décision.

Article 3 : Le département du Nord versera à Mme B la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A épouse B et au département du Nord.

Copie en sera délivrée pour information à la maison départementale des personnes handicapées du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

V. Fougères

La greffière,

signé

J. Vandewyngaerde

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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