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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2203098

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2203098

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2203098
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSCHMIDT-SARELS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 26 avril et 7 décembre 2022, et le

24 février 2023, M. G A et Mme C E épouse A, représentés par Me Henneuse, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 novembre 2021 par lequel le maire de la commune de Caudry a délivré un permis de construire à M. D B, en vue de la construction d'un carport et d'une terrasse sur un terrain situé 19 rue Malherbe à Caudry, ensemble la décision du

3 avril 2022 rejetant implicitement leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Caudry la somme de 2 000 euros à leur verser au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Ils soutiennent que :

- leur recours est recevable ;

- en leur qualité de voisins immédiats de la construction en litige, ils justifient d'un intérêt à agir contre le permis de construire du 18 novembre 2021 conformément aux dispositions de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ;

- le dossier de demande de permis de construire est incomplet en ce qu'il ne comporte aucune notice précisant la nature de la construction, son volume, son implantation par rapport aux constructions ou paysages avoisinants, le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain, ni de plan de coupe permettant de déterminer l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain, en méconnaissance des articles R. 431-8 et R. 431-10 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté du 18 novembre 2021 est entaché d'erreur de fait en tant qu'il ne précise pas l'existence de la construction déjà réalisée et emploie à tort le terme de " projet " ;

- l'arrêté méconnait les dispositions de l'article UB 7 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Caudry relatif à l'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives et notamment à leur hauteur ;

- l'arrêté méconnait les dispositions de l'article UB 10 du règlement du PLU qui limite la hauteur maximale des constructions ;

- l'arrêté méconnait les dispositions de l'article UB 11 du règlement du PLU qui impose un acrotère de tous côtés des toitures terrasses.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 8 novembre 2022 et 6 février 2023, la commune de Caudry, représentée par Me Schmidt-Sarels, conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce que soit prononcé un sursis à statuer en application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le vice tiré de la méconnaissance de l'article UB 11 est un vice régularisable ;

- les autres moyens soulevés ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à M. D B qui n'a pas produit d'observations en défense.

En application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, les parties ont été invitées à présenter leurs observations sur un éventuel sursis à statuer dans l'attente de la régularisation des vices tenant à :

- la méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-10 b) du code de l'urbanisme ;

- la méconnaissance des dispositions de l'article UB 7 du plan local d'urbanisme relatives à l'implantation des constructions sur les limites séparatives ;

- la méconnaissance des dispositions de l'article UB 11 du règlement du plan local d'urbanisme relatives à l'aspect extérieur des constructions.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Huchette-Deransy,

- les conclusions de M. Borget, rapporteur public,

- et les observations de Me Schmidt-Sarels représentant la commune de Caudry.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 18 novembre 2021, le maire de Caudry a délivré à

M. D B un permis de construire de régularisation portant sur la construction d'un carport et d'une terrasse sur un terrain situé, 19 rue Malherbe à Caudry. M. et Mme A, voisins immédiats de la construction, demandent l'annulation de cet arrêté, ensemble la décision du 3 avril 2022 rejetant implicitement leur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'insuffisance du dossier de demande de permis de construire :

2. Aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme :

" Le projet architectural comprend une notice précisant : 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement. ". Aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " Le projet architectural comprend également : () b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ;

/ d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse ".

3. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

4. Il ressort des pièces du dossier que si la demande de permis de construire ne comporte pas de notice du projet architectural au sens des dispositions de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme, un plan de situation, un plan de masse ainsi que de nombreuses photographies permettent d'apprécier la nature de la construction ainsi que son implantation par rapport aux constructions et paysages avoisinants et en particulier son insertion au regard de la parcelle voisine, de sorte que l'absence de notice n'a pu être en l'espèce de nature à fausser l'appréciation du service instructeur sur ces points.

5. En revanche, si le dossier de demande de permis de construire contient des photographies illustrant certaines modifications apportées au terrain naturel lequel comportait notamment, dans son état antérieur aux travaux, une butte d'une hauteur importante à l'emplacement de la construction, ces seuls éléments, en l'absence de plan en coupe précisant le profil précis du terrain sur lequel est érigé la construction, n'ont pu permettre à l'administration d'apprécier la conformité du projet à la règlementation applicable. Il suit de là que le moyen tiré du caractère incomplet du dossier de demande de permis doit être accueilli.

En ce qui concerne la méconnaissance du règlement du plan local d'urbanisme :

6. Aux termes de l'article UB 11 du règlement du plan local d'urbanisme alors en vigueur : " Article UB- 11 : Aspect extérieur et clôtures / 1. Aspect extérieur des constructions

/ () Les toitures : / Les toitures des constructions principales sont de préférence à versants.

/ Les toitures terrasses ne sont admises que sous réserve d'être masquées de tous les côtés par un acrotère ".

7. Il est constant que le dossier de demande de permis de construire ne matérialise pas la présence d'un acrotère entendu comme un élément architectural de couronnement du bâtiment en méconnaissance des dispositions précitées. Si les photographies jointes au dossier de demande de permis de construire attestent de l'existence d'un garde-corps à claire-voie installé autour de la terrasse, ces éléments ne sont pas de nature à constituer un acrotère au sens des dispositions précitées du P.L.U. Il résulte de ce qui précède que les requérants sont fondés à soutenir que le permis de construire méconnait les dispositions de l'article 10 du règlement du P.L.U.

8. Pour l'application des dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est de nature à entraîner l'annulation de l'arrêté en litige.

Sur la mise en œuvre des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :

9. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de

non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé. ".

10. Il résulte de ces dispositions qu'un vice entachant le bien-fondé d'une autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé dans les conditions qu'elles prévoient, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.

11. En l'espèce, seuls les vices tirés de l'incomplétude du dossier mentionné au point 5 et de la méconnaissance de l'article UB 11 du règlement du plan local d'urbanisme mentionnée au point 7, sont de nature à justifier l'annulation du permis de construire délivré le

18 novembre 2021. Il résulte de l'instruction que ces vices sont susceptibles d'être régularisés par le dépôt d'un permis de construire modificatif sans que cela implique d'apporter au projet en cause un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de surseoir à statuer et d'impartir à la commune de Caudry et à

M. B un délai de trois mois à compter de la notification de la présente décision aux fins de transmettre au tribunal la mesure de régularisation nécessaire.

D E C I D E :

Article 1er : Il est sursis à statuer sur la requête de M. et Mme A, jusqu'à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, imparti à la commune de Caudry ainsi qu'à M. B pour transmettre au tribunal la mesure de régularisation qu'implique les vices mentionnés aux points 5 et 7 du présent jugement.

Article 2 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. G A et Mme C E épouse A, à M. B et à la commune de Caudry.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Féménia, présidente,

- Mme Bonhomme, première conseillère,

- Mme Huchette-Deransy première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

J. Huchette-Deransy

La présidente,

Signé

J. FéméniaLa greffière,

Signé

M. F

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

N°2203098

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