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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2203240

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2203240

mercredi 20 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2203240
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantZAIRI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er mai et 16 juin 2022, M. A B, représenté par Me Zaïri, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2) d'annuler l'arrêté du 20 avril 2022 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a refusé de lui délivrer une carte de séjour mention " vie privée familiale ", lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à compter de la notification du présent arrêté et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de lui délivrer une carte de séjour temporaire et de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, sous réserve de sa renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de fait quant à sa situation personnelle et méconnaît les

dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un

titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de

sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3-1 et 9 de la convention internationale

relative aux droits de l'enfant.

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la

décision attaquée sur sa situation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le

territoire français.

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la

décision attaquée sur sa situation ;

Par un mémoire en défense enregistré le 23 mai 2022, le préfet du Pas-de-Calais, conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 mai 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Lille.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien, née le 5 janvier 1985, déclare être entré en France le 9 novembre 2020. Par un arrêté du 20 avril 2022, le préfet du Pas-de-Calais a rejeté la demande de délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de ressortissante française, formée le 2 novembre 2021 par M. B et lui a, par ailleurs, fait l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à compter de la notification du présent arrêté et a fixé le pays de destination. Le requérant demande l'annulation de l'arrêté préfectoral du 20 avril 2022.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 mai 2022. Par suite, ses conclusions tendant à l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet de sorte qu'il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision portant refus de séjour énonce l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, de manière suffisamment circonstanciée pour mettre utilement M. B en mesure d'en discuter les motifs. Elle est ainsi suffisamment motivée au regard des exigences du code des relations entre le public et l'administration, sans qu'y fasse obstacle la circonstance qu'elle ne mentionnerait pas l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle du requérant.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Pas-de-Calais aurait entaché la décision attaquée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de la situation de M. B. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 : " Sans préjudice des dispositions du b et du d de l'article 7 ter, les ressortissants tunisiens bénéficient, dans les conditions prévues par la législation française, de la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; () ". Aux termes de l'article

L. 423-2 du même code: " L'étranger, ne vivant pas en état de polygamie, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ". Aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et

L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ".

6. Enfin, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

7. Il est constant qu'à son entrée sur le territoire français le 9 novembre 2020, M. B disposait d'un titre de séjour italien mention " étudiant " valable du 11 décembre 2019 au 18 juin 2021. Par suite, il est entré de manière régulière sur le territoire français. Au vu de ce qui a été rappelé au point 5 du présent jugement, en refusant de délivrer, pour ce motif, le titre de séjour sollicité, l'administration a commis une erreur de droit.

8. Toutefois, pour établir que la décision contestée est légale, le préfet du Pas-de-Calais doit être regardé comme invoquant, dans son mémoire en défense communiqué à M. B, un autre motif tiré de ce que ce dernier ne justifiait pas, au 20 avril 2022, de six mois de vie commune effective en France avec sa conjointe française.

9. Il résulte de l'examen des pièces dossier que M. B a contracté un mariage avec une ressortissante française le 6 mars 2021. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier que M. B a fait renouveler son titre de séjour italien mention " étudiant " au mois juillet 2021. Il est constant qu'il a déclaré aux autorités italiennes être étudiant, célibataire et être domicilié en Italie. Il ressort également notamment du récépissé de demande de visa long séjour de conjoint français auprès du consulat général de France à Tunis du 13 août 2021, que M. B n'était plus sur le territoire français moins de six mois après son mariage. Par suite, il ne peut utilement se prévaloir de six mois de vie commune avec son épouse en France. M. B se borne à produire des factures en commun avec son épouse, qui seules sont insusceptibles de caractériser une vie commune effective. Il résulte de l'instruction que le préfet du Pas-de-Calais aurait pris la même décision s'il avait entendu se fonder initialement sur ce motif, qui est de nature à fonder légalement la décision attaquée. Dans ces conditions, il y a lieu de procéder à la substitution de motifs demandée, qui ne prive le requérant d'aucune garantie procédurale liée au motif substitué.

10. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 20 avril 2022 par laquelle le préfet du Pas-de-Calais a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () " et aux termes de l'article L. 613-1 de ce code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

12. La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français de M. B a été prise concomitamment à celle refusant de lui délivrer un titre de séjour. Cette dernière étant, ainsi qu'il a été dit au point 2, suffisamment motivée, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

13. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant refus de séjour doit être écarté.

14. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Pas-de-Calais aurait entaché la décision attaquée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de la situation de M. B. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

15. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

16. Il ressort des pièces du dossier que si M. B soutient être sur le territoire français depuis le 9 novembre 2020, il ne l'établit pas et il ressort, par ailleurs, des termes de ses déclarations aux autorités italiennes lors du renouvellement de son titre de séjour italien mention " étudiant " en juillet 2021, qu'il se déclarait alors résident italien, célibataire et sans enfant. Si M. B se prévaut d'avoir contracté un mariage le 6 mars 2021 avec une ressortissante française avec qui il déclare avoir une communauté de vie depuis 2019, soit antérieur à son entrée sur le territoire français pour la première fois, il n'établit pas avoir une communauté de vie avec son épouse dès lors qu'il a déclaré aux autorités italiennes être célibataire et résident italien. S'il se prévaut de ses liens avec les cinq enfants de son épouse, nés de précédentes unions, la seule production de courrier ou d'attestation de son épouse ne suffisent pas à établir l'intention de leurs liens, ni même qu'il subvienne à leurs besoins et à leur éducation. Il ne ressort pas d'ailleurs des pièces du dossier que M. B serait inséré professionnellement. En outre,

M. B ne soutient ni même n'allègue être en situation d'isolement en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

17. En cinquième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

18. Ainsi qu'il a été dit au point 9 du présent jugement, si M. B allègue entretenir une relation avec les enfants de sa conjointe, il ne l'établit pas, de même qu'il n'établit pas contribuer à leur éducation ou à leur entretien. Par suite, M. B n'est ainsi pas fondé à soutenir que le préfet du Pas-de-Calais aurait méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

19. En sixième lieu, M. B ne peut utilement se prévaloir des stipulations de l'article 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant qui créent seulement des obligations entre Etats sans ouvrir de droits aux particuliers.

20. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Pas-de-Calais aurait entaché la décision contestée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

21. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 20 avril 2022 par laquelle le préfet du Pas-de-Calais lui a fait obligation de quitter le territoire français.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :

22. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant refus de séjour doit être écarté.

23. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Pas-de-Calais aurait entaché la décision attaquée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de la situation de M. B. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

24. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Pas-de-Calais aurait entaché la décision contestée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

25. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet du Pas-de-Calais en date du 20 avril 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle présentée par M. B.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Pas-de-Calais.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Féménia, présidente,

- Mme Grard, première conseillère,

- Mme Thielleux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2022.

La présidente, rapporteure,

signé

J. CL'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,

signé

E. GRARD

La greffière,

signé

P. MAGHRI

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

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