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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2203241

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2203241

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2203241
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantWILINSKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 30 avril 2022, 14 septembre 2022, 11 octobre 2022 et 28 novembre 2022, M. C D et Mme H D, M. et Mme A G, M. E B et Mme F B, représentés par Me Forgeois, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 mars 2022 par lequel le maire de Cucq a accordé à la société CPMV le permis de construire PC 062 261 21 000 69 pour l'édification d'un immeuble collectif de dix-neuf logements, sur un terrain situé 117 avenue des Palmiers ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Cucq et de la société CPMV une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté méconnait les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le dossier de demande de permis de construire est entaché d'insuffisances au regard des dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme, qui ont été de nature à fausser l'appréciation portée par le service instructeur ;

- le projet porte atteinte à la sécurité publique du fait de l'insuffisance de la voie d'accès au projet ;

- il méconnait les dispositions de l'article UC 3 II du règlement du plan local d'urbanisme ;

- il méconnait les dispositions de l'article UC 6 du même règlement ;

- il méconnait les dispositions de l'article UC 10 de ce règlement ;

- il méconnait les dispositions de l'article UC 11 de ce règlement ;

- il méconnait les dispositions de l'article UC 12 du même règlement ;

- il méconnait les dispositions de l'article UC 13 dudit règlement.

Par des mémoires en défense enregistrés les 25 juillet 2022, 7 octobre 2022 et 5 janvier 2023, la société CPMV, représentée par Me Wilinski, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 6 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les requérants ne justifient pas d'un titre de propriété ;

- ils sont dépourvus d'intérêt à agir ;

- le moyen tiré de ce que le projet porte atteinte à la sécurité publique du fait de l'insuffisance de la voie d'accès est irrecevable ;

- les autres moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense enregistrés les 10 août 2022, 18 octobre 2022 et 5 janvier 2023, la commune de Cucq, représentée par Me Lubac, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les requérants ne justifient pas d'un titre de propriété ;

- ils sont dépourvus d'intérêt à agir ;

- le moyen tiré de ce que le projet porte atteinte à la sécurité publique du fait de l'insuffisance de la voie d'accès est irrecevable ;

- les autres moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 13 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 14 février 2023.

Par un courrier du 19 novembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, de ce que le tribunal était susceptible de surseoir à statuer sur la requête dans l'attente de la régularisation du vice tenant à la méconnaissance des règles de hauteur fixées à l'article UC 10 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors que la construction autorisée, de type R+2, comporte trois niveaux au sens de ces dispositions.

La commune de Cucq, par un mémoire du 22 novembre 2024, et la société CPMV, par un mémoire du 22 novembre 2024, ont fait part de leurs observations qui ont été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Boileau,

- les conclusions de Mme Grard, rapporteure publique,

- les observations de Me Bas, substituant Me Lubac, représentant la commune de Cucq,

- les observations de Me Wilinski, représentant la société CPMV.

Considérant ce qui suit :

1. La société CPMV a sollicité la délivrance d'un permis de construire pour l'édification d'un immeuble collectif de dix-neuf logements sur un terrain situé au 117 avenue des Palmiers à Cucq. Par un arrêté du 2 mars 2022, le maire de Cucq lui a délivré le permis sollicité. Par la présente requête, M. et Mme D, M. et Mme G et M. et Mme B demandent au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la recevabilité de la requête :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme : " Les requêtes dirigées contre une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code doivent, à peine d'irrecevabilité, être accompagnées du titre de propriété, de la promesse de vente, du bail, du contrat préliminaire mentionné à l' article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation, du contrat de bail, ou de tout autre acte de nature à établir le caractère régulier de l'occupation ou de la détention de son bien par le requérant () ".

3. Contrairement à ce qui est soutenu, les requérants produisent, à l'appui de leur requête, les pièces démontrant leur qualité de propriétaires de leurs biens.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation () ".

5. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

6. Il ressort des pièces du dossier que le permis de construire litigieux a pour objet la construction d'un bâtiment d'une hauteur de 23 mètres comportant dix-neuf logements, après démolition d'une habitation individuelle, sur une parcelle immédiatement voisine de celle de M. et Mme D et située en face de celle de M. et Mme G. Dans ces conditions, le projet en cause est susceptible de porter atteinte aux conditions de jouissance de leurs biens par les consorts D et G qui justifient d'un intérêt pour contester le permis de construire en litige. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'intérêt à agir des époux B, la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir des requérants doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la recevabilité des moyens :

7. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme : " Par dérogation à l'article R. 611-7-1 du code de justice administrative, et sans préjudice de l'application de l'article R. 613-1 du même code, lorsque la juridiction est saisie d'une requête relative à une décision d'occupation ou d'utilisation du sol régie par le présent code, ou d'une demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant une telle décision, les parties ne peuvent plus invoquer de moyens nouveaux passé un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense. Cette communication s'effectue dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article R. 611-3 du code de justice administrative. ".

8. Le moyen tiré de ce que le projet porte atteinte à la sécurité publique du fait de l'insuffisance de la voie d'accès au projet, a été soulevé pour la première fois dans le mémoire des requérants enregistré le 28 novembre 2022, alors que le premier mémoire en défense leur avait été communiqué le 27 juillet 2022. Dans ces conditions, ce moyen est irrecevable.

En ce qui concerne la signature de l'arrêté :

9. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ".

10. Si les requérant soutiennent que l'arrêté du 2 mars 2022 n'a pas été signé, il ressort des pièces du dossier qu'il comporte la signature de son auteur. Par suite, le moyen manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne le volet paysager :

11. Aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants () ". Et, aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " Le projet architectural comprend également : () c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse. () ".

12. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

13. Il ressort des pièces du dossier que la notice détaille tant l'aspect architectural du projet que l'état initial du terrain, les constructions voisines, la végétation et les éléments paysagers existants. Il comprend également un document graphique rendant compte de l'insertion de la construction, ainsi que des photographies prises depuis plusieurs angles de vue. S'il ne contient pas de prise de vue permettant d'apprécier la situation du terrain depuis le paysage lointain, cette seule omission n'est pas de nature à avoir faussé l'appréciation du service instructeur sur la demande de permis de construire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme doit être écarté.

En ce qui concerne la méconnaissance de l'article UC 3 du règlement du plan local d'urbanisme :

14. Aux termes de l'article UC 3 " Conditions de desserte par les voies publiques ou privées et accès aux voies ouvertes au public " du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de Cucq : " () Les voies en impasse qui desservent plus de deux habitations doivent permettre le demi-tour des véhicules. L'aire de demi-tour doit consommer la moindre superficie de terrain en permettant une manœuvre simple. () ". Aux termes du lexique du même document d'urbanisme : " () n'est pas considéré comme voie, le cheminement qui est () partie intégrante de l'unité foncière () et qui permet la desserte automobile d'une construction principale située en arrière-plan, c'est-à-dire à l'arrière des constructions ou parcelles riveraines de la voie publique ou privée de desserte ".

15. Il ressort des pièces du dossier que le projet en litige est desservi par la voie publique. S'il comprend un cheminement interne à l'unité foncière, permettant de desservir les places de stationnement, cette desserte interne ne peut être qualifiée de voie au sens des dispositions précitées de l'article UC 3 du règlement du PLU. Par suite, le moyen tiré de ce que la desserte interne ne comporterait pas d'aire de retournement doit être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne la méconnaissance de l'article UC 6 du règlement du plan local d'urbanisme :

16. Aux termes de l'article UC 6 " Implantation des constructions par rapport aux voies et aux emprises publiques " du règlement du PLU de Cucq : " () Les constructions nouvelles sont implantées soit : / () / - avec un retrait de 5 mètres minimum par rapport à l'alignement ou la limite d'emprise de la voie privée de desserte existante ou à créer. (). ".

17. Pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 14, les requérants ne peuvent utilement soutenir que l'implantation de la construction litigieuse par rapport au chemin de desserte interne ne respecterait pas la règle de retrait de cinq mètres précitée.

En ce qui concerne la méconnaissance de l'article UC 10 du règlement du plan local d'urbanisme :

18. Aux termes de l'article UC 10 " Hauteur des constructions " du règlement du PLU de Cucq : " 1. Construction à usage d'habitation : / D'une façon générale, il est demandé de maintenir une certaine homogénéité dans les hauteurs des bâtiments, tout en permettant des variations de l'ordre d'un niveau : ainsi, les hauteurs des constructions ou installations seront établies en regard des hauteurs des immeubles existants situés dans les abords directs de la construction. () De manière générale, les constructions à usage d'habitation ne devront pas comporter plus de 3 niveaux soit : R+2+C aménageable. Toutefois, la hauteur des constructions ne pourra excéder de plus d'un niveau les constructions voisines. (). ". En application de ces dispositions, les combles aménageables ne comptent pas pour un niveau. Enfin, le lexique de ce document d'urbanisme définit un comble comme étant le " volume compris entre le plancher haut du dernier niveau et la toiture du bâtiment. ".

19. Il ressort du dossier de permis de construire que le projet est présenté comme un bâtiment de type R+1+combles. Toutefois, dès lors que le dernier niveau de l'immeuble présente une hauteur sous plafond de 2,43 mètres située hors de la toiture et qu'il n'est d'ailleurs pas prolongé d'une toiture pour environ un tiers de sa surface, ce dernier niveau doit être considéré comme un étage, de sorte que la construction autorisée doit être regardée comme comportant trois niveaux au sens du règlement du PLU.

20. Il ressort des pièces du dossier que les constructions situées aux abords directs du terrain d'assiette du projet, comprenant les parcelles situées juste de l'autre côté de l'avenue des Palmiers, représentent un environnement hétérogène dont les hauteurs varient d'un à trois niveaux, pour une hauteur moyenne de 1,46 niveau. S'agissant des cinq constructions voisines, leur hauteur moyenne s'élève à 1,4 niveau. Le projet en litige devant être considéré comme comportant trois niveaux, il excède de ce fait de plus d'un niveau la hauteur moyenne des constructions voisines, qui est de moins de deux niveaux. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que l'arrêté contesté méconnait les dispositions de l'article UC 10 du règlement du PLU.

En ce qui concerne la méconnaissance de l'article UC 11 du règlement du plan local d'urbanisme :

21. Aux termes de l'article UC 11 " Aspect extérieur des constructions et aménagement de leurs abords " du règlement du PLU de Cucq : " L'intérêt du territoire communal réside dans son paysage. En outre, le tissu urbain de Cucq présente de nombreuses qualités : patrimoine bâti, forme urbaine, perspectives paysagères etc. / Les constructions doivent éviter toute agressivité en s'intégrant dans le paysage naturel ou bâti dans lequel elles s'insèrent. Les constructions ou installations doivent être adaptées au terrain naturel. / Cette intégration doit respecter la végétation existante et le site bâti ou non. Des prescriptions d'ordre général, dégagées de l'observation systématique des constructions traditionnelles du Pas-de-Calais doivent être respectées pour protéger le patrimoine ancien, rechercher une harmonie entre architecture traditionnelle et contemporaine conciliant les impératifs fonctionnels des bâtiments et leur aspect esthétique. () Toute architecture doit correspondre à l'architecture régionale ou à une architecture contemporaine. Toute autre architecture est proscrite, notamment l'architecture de type " provençal ", chalet alpin, etc. () / Les toitures des bâtiments seront de préférence à deux ou quatre pentes. () Sont interdit les matériaux de type tôle, fibro-ciment ainsi que le module losange () Les façades seront de teintes très claires : blanc franc, légèrement cassé ou ton pastel et devront s'intégrer avec la bâti environnement. () ".

22. Pour apprécier si un projet de construction porte atteinte, en méconnaissance des dispositions précitées, au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants et aux sites, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur ce site.

23. Eu égard à la teneur de ces dispositions et à la marge d'appréciation qu'elles laissent à l'autorité administrative pour accorder un permis de construire, le juge de l'excès de pouvoir ne peut censurer une autorisation de construire que si l'appréciation portée par l'autorité administrative, au regard de ces dispositions, est entachée d'une erreur manifeste.

24. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'implantation du projet se situe dans un quartier hétérogène, constitué en majorité d'habitations individuelles, pour certaines de type " stelliennes " de plain-pied, et pour d'autres, d'architecture contemporaine avec toiture en tuiles rouges pentues et façades enduites. Ce quartier comporte également quelques immeubles collectifs de faible hauteur, ne présentant ni intérêt ni qualité architecturale particulière. Le bâtiment en projet, dont les murs seront réalisés en enduit gratté fin blanc, la toiture en tuiles de terre cuite petits moules de couleur rouge orangé et les combles bardés en bois naturel de type claire-voie, ne marque pas de rupture avec ce qui existe sur les parcelles alentours. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article UC 10 du règlement du plan local d'urbanisme de Cucq doit être écarté.

En ce qui concerne la méconnaissance de l'article UC 12 du règlement du plan local d'urbanisme :

25. Aux termes de l'article UC 12 " Aires de stationnement " du PLU de Cucq : " Le stationnement doit obligatoirement être inscrit en dehors des voies publiques et conformément à la réglementation en vigueur relative à l'accessibilité des personnes à mobilité réduite () - logement collectifs : 1 place minimum par tranche de 60 m² de surface de plancher, avec un minimum de 1 place par logement. () Dans le cas d'opérations d'aménagement, il est exigé en outre au moins une place de stationnement au sein de l'opération, par tranche de 2 logements à l'usage des visiteurs. / Les bâtiments neufs à usage principal d'habitation groupant au moins deux logements seront équipés d'au moins un espace réservé au stationnement sécurisé des vélos () ".

26. Il ressort des pièces du dossier que le projet porté par la société CPMV, qui prévoit la construction d'un immeuble collectif de dix-neuf logements, d'une surface de plancher de 1 111,81 m², est doté de dix-neuf places de stationnement. Eu égard à sa consistance, son ampleur et son impact sur la zone considérée, le projet ne peut être qualifié d'opération d'aménagement au sens de l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme. Il résulte des dispositions précitées que le pétitionnaire n'était, par conséquent, pas tenu de prévoir des places de stationnement à l'usage des visiteurs. Compte tenu de la surface du projet et du nombre de logements créés, celui-ci devait prévoir au minimum dix-neuf places de stationnement, ce qui figure dans le projet en litige. Enfin, le projet comprend un local à vélo au rez-de-chaussée. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'arrêté contesté méconnaitrait les dispositions de l'article UC 12 du règlement du PLU de Cucq.

En ce qui concerne la méconnaissance de l'article UC 13 du règlement du plan local d'urbanisme :

27. Aux termes de l'article UC 13 " Espaces libres et plantations " du règlement du PLU de Cucq : " () Les jardins existants, généralement en fond de parcelle, devront être maintenus et entretenus. / - 40 % de la superficie du terrain seront traité en espaces vert engazonné plantés comportant au minimum un arbre de haute tige pour 100 m² de parcelle. () Coefficient de Biotope : il est exigé 70 % de surface végétalisé par unité foncière identifiée au plan de zonage (trame coefficient de biotope) () ".

28. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet se situerait sur une parcelle affectée du coefficient de biotope. Le projet prévoyant 1 109,07 m² d'espace vert, dont 864,57 m² en pleine terre, pour une surface totale de terrain de 1 975 m², le coefficient de 40 % prescrit par l'article UC 13 est respecté. Par ailleurs, les dispositions précitées en ce qu'elles prévoient le maintien des jardins existants doivent être entendues comme prescrivant le maintien d'une surface d'espace vert aménagé. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle d'assiette de la construction comporte un jardin d'agrément et des arbres de haute tige au pourtour du terrain. La notice jointe au dossier de permis de construire prévoit que ce principe d'aménagement sera conservé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UC 13 doit être écarté.

29. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants sont seulement fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 2 mars 2022 en tant qu'il méconnait les dispositions de l'article UC 10 du règlement du PLU de Cucq.

Sur l'application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :

30. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations () ".

31. Il résulte de ces dispositions qu'un vice entachant le bien-fondé d'une autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé dans les conditions qu'elles prévoient, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.

32. En l'espèce, si le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UC 10 du règlement du plan local d'urbanisme de Cucq est de nature à justifier l'annulation du permis de construire attaqué, il résulte de l'instruction que ce vice, qui n'affecte qu'une partie identifiable du projet, est susceptible d'être régularisé par une modification du projet qui n'implique pas de lui apporter un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. Dès lors, il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, de surseoir à statuer et d'impartir à la commune de Cucq et à la société CPMV un délai de six mois à compter de la notification de la présente décision aux fins de transmettre au tribunal la mesure de régularisation nécessaire.

D E C I D E :

Article 1er : Il est sursis à statuer sur la requête de M. et Mme D, M. et Mme G et M. et Mme B jusqu'à l'expiration du délai de six mois à compter de la notification du présent jugement, imparti à la société CPMV et à la commune de Cucq pour transmettre au tribunal la mesure de régularisation qu'implique le vice mentionné au point 20 du présent jugement.

Article 2 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Mme H D, à M. et Mme A G, à M. E B, à Mme F B, à la commune de Cucq et à la société CPVM.

Délibéré après l'audience du 26 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Leguin, présidente,

M. Perrin, premier conseiller,

M. Boileau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.

Le rapporteur,

signé

C. BOILEAU

La présidente,

signé

A-M. LEGUIN La greffière,

signé

S. SING

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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