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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2203243

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2203243

mercredi 20 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2203243
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantDIAS MARTINS DE PAIVA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 avril 2022 M. A C D, représenté par Me Dias Martins de Paiva, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er avril 2022 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui renouveler son titre de séjour mention " étudiant " et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à compter de la notification du présent arrêté.

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour mention " étudiant " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jours de retard, à défaut de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler pendant le réexamen, sous astreinte de 50 euros par jours de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance de titre de séjour :

- il appartient au préfet d'établir la compétence du signataire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

-elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le contenu de la circulaire du 7 octobre 2008 NOR IMII 080042C ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il appartient au préfet d'établir la compétence du signataire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le contenu de la circulaire du 7 octobre 2008 NOR IMII 080042C et est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2022, le préfet du Nord, conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par M. C D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les observations de Me Dias, représentant M. C D.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D, ressortissant brésilien né le 12 mars 1990 à Juiz de Fora (Brésil), est entré en France le 16 août 2016 sous couvert de son passeport revêtu du visa " étudiant ", délivré le 15 août 2016 et valable jusqu'au 15 août 2017. Par la suite, il a obtenu une carte de séjour pluriannuelle valable du 28 novembre 2017 au 27 octobre 2019, renouvelée jusqu'au 27 octobre 2021. Il a, le 4 octobre 2021, sollicité le renouvellement de son titre de séjour étudiant. Par un arrêté du 1er avril 2022, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par sa requête, M. C D demande l'annulation de l'arrêté du 1er avril 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Au terme de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an () ".

3. Le renouvellement de la carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " est subordonné, notamment, à la justification par le bénéficiaire de la réalité et du sérieux des études qu'il a déclaré accomplir. Dès lors, pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant, de rechercher, à partir de l'ensemble du dossier, si l'intéressé peut être raisonnablement considéré comme poursuivant effectivement des études.

4. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet du Nord a opposé un refus à la demande de M. C D de renouvellement de son titre de séjour " étudiant " au motif que l'intéressé ne justifie pas de la progression ni du sérieux des études poursuivies, M. C D étant inscrit au titre de l'année 2019/2020 en master mention " Cinéma et nouvelles images ", n'ayant pas validé cette formation avec une moyenne générale de 5, 174/20, puis s'étant orienté au titre de l'année 2020/2021 en master mention " Etudes Lusophones " et ayant été ajourné faute d'avoir effectué son mémoire. Toutefois, il ressort de l'examen des pièces du dossier que M. C D s'est vu diagnostiquer un cancer métastatique le 27 décembre 2019, et qu'à ce titre il a dû subir un traitement lourd de chimiothérapie nécessitant des hospitalisations régulières durant l'année 2020, entrainant d'importants effets secondaires à court et long terme, ainsi qu'en attestent les documents médicaux versés par le requérant Dès lors, l'état de santé de M. C D et ses traitements ont nécessairement eu un impact négatif sur la poursuite de son année universitaire au cours de l'année 2020, expliquant sa défaillance à soutenir son mémoire. Il ressort également des pièces du dossier que postérieurement au diagnostic de sa maladie, M. C D a malgré tout manifesté un réel sérieux dans le déroulement de ses études en validant tous ses modules de compétences et en obtenant sa licence mention " Arts, Lettres et Langues " avec une mention très bien au titre de l'année 2019 au sein de l'université de Lille. La seule circonstance que M. C D ait à la suite de son année de master mention " cinéma et nouvelles images " décidé de se réorienter dans un master mention " Etudes lusophones " n'est pas de nature à remettre en cause le caractère réel et sérieux des études du requérant dès lors que ce choix s'inscrit avec cohérence dans une perspective de carrière professionnelle axée sur la maîtrise des langues portugaise et française. Dans ces conditions, le préfet du Nord a commis une erreur d'appréciation en considérant que le caractère réel et sérieux des études poursuivies par M. C D n'est pas caractérisé.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C D est fondé à demander l'annulation de la décision du

1er avril 2022 par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui renouveler son titre de séjour mention " étudiant ". Il y a lieu, par voie de conséquence, d'annuler les décisions obligeant M. C D à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

7. Au regard des motifs du présent jugement, il y a lieu d'enjoindre au préfet du

Nord de délivrer à M. C D un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. C D et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 : L'arrêté du 1er avril 2022 par lequel le préfet du Nord a refusé à M. C D le renouvellement de son titre de séjour mention " étudiant " et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de délivrer un titre de séjour " étudiant " à M. C D dans un délai d'un mois.

Article 3 : L'Etat versera à M. C D une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C D et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Féménia, présidente,

- Mme Grard, première conseillère,

- Mme Thielleux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2022.

La présidente-rapporteure,

signé

J. BL'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,

signé

E. GRARD

La greffière,

signé

P.MAGHRI

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

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