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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2203354

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2203354

mardi 25 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2203354
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantINUNGU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 mai et 14 juin 2022, M. B G, représenté par Me Inungu, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 mars 2022 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à sa régularisation administrative dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 350 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- il a été signé par une autorité incompétente,

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur de droit ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- le préfet s'est cru en situation de compétence liée au regard des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet n'a pas sollicité l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration sur son état de santé ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 425-9 et L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en tant qu'il pouvait se voir délivrer un titre de séjour en application de ces dispositions ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 juin 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Inungu, représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant guinéen, né le 9 août 2000, est entré en France le 30 juillet 2020, selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été examinée en procédure accélérée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et rejetée le 7 octobre 2021. Par un arrêté du 17 mars 2022, le préfet du Nord a refusé de délivrer à M. D un titre de séjour en qualité de réfugié, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

2. En premier lieu, par un arrêté du 30 septembre 2021, publié le même jour au recueil spécial n° 225 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à Mme E A de la Perrière, cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers, à l'effet de signer, en particulier les décisions attaquées. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées qui manque en fait, doit dès lors être écarté.

3. En deuxième lieu, les décisions attaquées mentionnent tant les circonstances de fait que de droit sur lesquelles le préfet du Nord s'est fondé pour les édicter. Par ailleurs, il ressort des termes de l'arrêté contesté que le préfet du Nord a pris en compte l'ensemble des critères prévus à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour fixer la durée de l'interdiction de retour de M. D sur le territoire français à un an et en a fait mention dans l'arrêté contesté. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En troisième et dernier lieu, les moyens tirés de l'erreur de droit et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sont dépourvus des précisions suffisantes permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé. Ils ne peuvent, dès lors, qu'être écartés.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

5. Aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. "

6. Il ressort des pièces du dossier que le préfet a fondé sa décision sur le motif tiré de ce que M. D remplissait les conditions de l'article L.542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugié avait été définitivement refusée par une décision du 7 octobre 2021 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, non contestée. Il ne ressort par ailleurs pas des pièces du dossier que M. D a formé une demande de titre de séjour sur le fondement d'autres dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et notamment de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté en tant qu'il est inopérant.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ".

8. Ainsi qu'il a été dit ci-dessus, la qualité de réfugié a été refusée à M. D le 7 octobre 2021. Par suite, le préfet pouvait légalement édicter sa décision sur le fondement des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne ressort par ailleurs pas des pièces du dossier que le préfet se soit cru lié par la situation administrative de M. D pour édicter la décision litigieuse et qu'il n'a pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé au préalable. Par suite, le moyen doit être écarté.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ". Aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ".

10. Il résulte de ces dispositions que, même si elle n'a pas été saisie d'une demande de titre de séjour pour raisons de santé, l'autorité administrative qui dispose d'éléments d'informations suffisamment précis et circonstanciés établissant qu'un étranger résidant habituellement sur le territoire français est susceptible de bénéficier des dispositions protectrices du 9° de l'article L. 611-3 du même code doit, avant de prononcer à son encontre une obligation de quitter le territoire, recueillir préalablement l'avis prévu à l'article R. 611-1 de ce code.

11. Il ressort des pièces du dossier que M. D, qui ne produit aucun document médical dans le cadre de la présente instance, n'a pas sollicité de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il a déclaré lors de son entretien mené par un agent qualifié de la préfecture du Nord en vue de l'examen de sa demande d'asile le 24 août 2020, ne pas avoir de problèmes de santé. S'il a déclaré dans un formulaire rempli le 10 juin 2021 au titre de la procédure de transfert dont il a fait l'objet, avoir un " problème mental " contracté pendant son voyage et se prévaut à cet effet d'un certificat médical, non produit, le préfet soutient, sans être contredit, que ce certificat du 12 mai 2021, ne comporte qu'une simple prescription médicale. Dans ces conditions, le préfet ne disposait pas d'éléments d'informations suffisamment précis et circonstanciés établissant qu'un étranger résidant habituellement sur le territoire français est susceptible de bénéficier des dispositions protectrices du 9° de l'article L. 611-3 du même code. Dès lors, les moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

12. En troisième et dernier lieu, indépendamment de l'énumération donnée par les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile des catégories d'étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'éloignement, l'autorité administrative ne saurait légalement prendre une mesure d'obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français.

13. Il ne ressort pas des seules pièces versées au dossier par M. D que celui-ci devait se voir attribuer de plein droit un titre de séjour en raison de son état de santé. Les allégations du requérant relatives à l'attribution d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont quant à elles dépourvues des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet du Nord ne pouvait prendre à son encontre, en raison de son droit au séjour, une décision d'obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

14. En premier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 425-9 et L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui régissent les conditions de délivrance de titres de séjour respectivement au titre de l'état de santé et de la poursuite d'enseignement et d'études ne sont pas opérants à l'égard d'une décision fixant le pays de destination et ne peuvent dès lors, qu'être écartés.

15. En second lieu, M. D soutient que son état de santé l'exposerait à un risque pour sa sécurité en Guinée. Toutefois, il ne produit aucun élément au soutien de ses allégations. Dans ces conditions, le requérant n'établit pas qu'il serait effectivement et personnellement exposé à un risque de subir des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Guinée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qui concerne ses conséquences quant à la situation particulière de M. D.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

16. Compte tenu de la situation personnelle de l'intéressée et quand bien même celui-ci poursuivait un cursus de formation en qualité d'agent de propreté et d'hygiène, il ne ressort pas des seules pièces du dossier que le préfet aurait fait une inexacte application des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en interdisant le retour de M. D sur le territoire français pendant une durée d'un an. Le moyen doit dès lors être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. D tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet du Nord du 17 mars 2022 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B H D et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 23 février 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Chevaldonnet, président,

- Mme Grard, première conseillère,

- M. Liénard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2023.

La rapporteure,

Signé

E. C Le président,

Signé

B. CHEVALDONNETLa greffière,

Signé

M. F

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier.

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