vendredi 28 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2203444 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET CAPITANI & MORITZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 mai 2022, M. A B, représenté par la SCP Masson et Dutat, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 mars 2022 par lequel le maire de la commune de Tourcoing s'est opposé à la déclaration préalable n°DP05959921T0305, ensemble la décision du préfet de la région Hauts-de-France confirmant l'avis défavorable de l'architecte des bâtiments de France ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Tourcoing la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un vice de procédure, la décision en litige étant une décision de retrait édictée en l'absence de procédure contradictoire préalable ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2022, le préfet de la région
Hauts-de-France, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2022, la commune de Tourcoing, représentée par la SCP Capitani et Moritz, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un courrier du 16 mai 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de la compétence liée du maire pour s'opposer à la déclaration préalable de M. B en raison de l'avis conforme de l'Architecte des bâtiments de France.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du patrimoine ;
- le code de l'urbanisme ;
- la loi n° 2016-925 du 7 juillet 2016 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Leclère,
- les conclusions de M. Liénard, rapporteur public,
- et les observations de Me Capitani, représentant la commune de Tourcoing.
Considérant ce qui suit :
1. Le 3 juin 2021, M. B a déposé un dossier de déclaration préalable auprès de la commune de Tourcoing pour le remplacement de la porte d'entrée de son habitation située 20 rue Denfert Rochereau. Par un arrêté du 22 juillet 2022, le maire de la commune de Tourcoing s'est opposé à cette déclaration préalable compte tenu de l'avis défavorable de l'architecte des Bâtiments de France sur ce projet. M. B a formé un recours gracieux à l'encontre de cet avis, implicitement rejeté par le préfet de la région Hauts-de-France.
Par sa requête, M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 22 juillet 2022 du maire de la commune de Tourcoing, ensemble la décision du préfet de la région Hauts-de-France confirmant l'avis défavorable de l'architecte des bâtiments de France.
Sur la nature de la décision attaquée :
2. D'une part, aux termes de l'article R. 423-23 du code de l'urbanisme :
" Le délai d'instruction de droit commun est de : / a) Un mois pour les déclarations préalables () ", ce délai courant, aux termes de l'article R. 423-19 de ce code, " à compter de la réception en mairie d'un dossier complet ". Aux termes de l'article R. 424-1 de ce même code :
" A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : / a) Décision de non-opposition à la déclaration préalable () ".
Par ailleurs, aux termes de l'article R. 423-24 du même code : " Le délai d'instruction de droit commun prévu par l'article R. 423-23 est majoré d'un mois : / () / c) Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 621-30 du code du patrimoine : " I. - Les immeubles ou ensembles d'immeubles qui forment avec un monument historique un ensemble cohérent ou qui sont susceptibles de contribuer à sa conservation ou à sa mise en valeur sont protégés au titre des abords. / La protection au titre des abords a le caractère de servitude d'utilité publique affectant l'utilisation des sols dans un but de protection, de conservation et de mise en valeur du patrimoine culturel. / II. - La protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, situé dans un périmètre délimité par l'autorité administrative dans les conditions fixées à l'article L. 621-31. Ce périmètre peut être commun à plusieurs monuments historiques. / En l'absence de périmètre délimité, la protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, visible du monument historique ou visible en même temps que lui et situé à moins de cinq cents mètres de celui-ci () ".
Aux termes de l'article L. 632-1 de ce code : " Dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable, sont soumis à une autorisation préalable les travaux susceptibles de modifier l'état des parties extérieures des immeubles bâtis, y compris du second œuvre, ou des immeubles non bâtis. / () L'autorisation peut être refusée ou assortie de prescriptions lorsque les travaux sont susceptibles de porter atteinte à la conservation ou à la mise en valeur du site patrimonial remarquable ". Aux termes de l'article L. 632-2 du même code : " I. - L'autorisation prévue à l'article L. 632-1 est, sous réserve de l'article L. 632-2-1, subordonnée à l'accord de l'architecte des Bâtiments de France, le cas échéant assorti de prescriptions motivées () l'absence d'opposition à déclaration préalable () tient lieu de l'autorisation prévue à l'article L. 632-1 du présent code si l'architecte des Bâtiments de France a donné son accord, dans les conditions prévues au premier alinéa du présent I () ". Aux termes de l'article R. 425-2 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable, () la décision prise sur la déclaration préalable tient lieu de l'autorisation prévue à l'article L. 632-1 du code du patrimoine si l'architecte des Bâtiments de France a donné son accord, le cas échéant assorti de prescriptions motivées ". Aux termes du II de l'article 112 de la loi du 7 juillet 2016 relative à la liberté de la création, à l'architecture et au patrimoine :
" II.- A compter de la date de publication de la présente loi, () les zones de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager et les aires de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine créés avant la publication de la présente loi deviennent de plein droit des sites patrimoniaux remarquables, au sens de l'article L. 631-1 du code du patrimoine, et sont soumis au titre III du livre VI du même code () / III. Le règlement () de la zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager applicable avant la date de publication de la présente loi continue de produire ses effets de plein droit dans le périmètre du site patrimonial remarquable jusqu'à ce que s'y substitue un plan de sauvegarde et de mise en valeur ou un plan de valorisation de l'architecture et du patrimoine () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que l'habitation de M. B, implantée au
20 rue Denfert Rochereau, est située dans le périmètre de la zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager de Tourcoing, devenue site patrimonial remarquable de Tourcoing en application des dispositions précitées de l'article 112 de loi du 7 juillet 2016 relative à la liberté de la création, à l'architecture et au patrimoine. Dans ces conditions, en application des dispositions de l'article L. 632-2 du code du patrimoine, le projet de M. B était soumis à l'accord de l'architecte des Bâtiments de France. Dès lors, le délai d'instruction de sa déclaration préalable, déposée le 3 juin 2021, était de deux mois. Ainsi, contrairement à ce qu'il soutient, M. B n'était pas bénéficiaire d'une autorisation d'urbanisme tacite à compter du 3 juillet 2021. La décision en litige, qui s'oppose au projet de M. B, n'a ainsi pas pour effet de retirer une telle autorisation tacite. Par suite, le moyen tiré de l'absence de procédure contradictoire préalable au retrait de l'autorisation d'urbanisme tacite doit être écarté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées au point 3 que ne peuvent être édictées qu'avec l'accord de l'architecte des Bâtiments de France les décisions portant non-opposition à une déclaration préalable relative à des travaux affectant un immeuble situé dans un site patrimonial remarquable. Ainsi qu'il a été dit au point 4, l'immeuble de M. B, sur la façade duquel les travaux soumis à déclaration préalable sont projetés, se situe dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable. Par un avis du 6 juillet 2021, l'architecte des Bâtiments de France s'est opposé à la réalisation de ces travaux consistant à remplacer la porte d'entrée en bois existante en façade avant de l'immeuble par une porte en PVC. Pour s'opposer au projet en litige, le maire de la commune a relevé que le projet n'est pas conforme aux règles applicables dans le site patrimonial remarquable dont il relève et porte atteinte à la qualité architecturale et patrimoniale des lieux.
6. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'immeuble de M. B, qui, au titre de la zone de protection du patrimoine architectural urbain et paysager de Tourcoing, est classé en immeuble remarquable de type " maison améliorée ", comprend une porte d'entrée de style ancien incluant une imposte faite de vitraux de style art-déco. Le projet de M. B consiste à remplacer cette porte par une autre sensiblement différente, de facture moderne avec une simple imposte vitrée. Dans son avis du 6 juillet 2021, auquel s'est substitué l'avis tacite émis par le préfet de la région Hauts de France à la suite du rejet du recours présenté par M. B le 7 janvier 2022 en application des dispositions de l'article R. 424-14 du code de l'urbanisme, l'architecte des Bâtiments de France a estimé que " la disparition de la porte existante avec ses vitraux art-déco serait une perte pour la qualité architecturale et patrimoniale des lieux, en contradiction avec les objectifs du site patrimoniale remarquable ". Si certains immeubles de la rue supportent une porte d'entrée d'aspect moderne et en PVC, il ressort également des photographies produites à l'instance que plusieurs immeubles ont conservés leur porte d'origine, d'aspect traditionnel. L'installation d'une nouvelle porte d'entrée d'aspect moderne en façade d'un immeuble remarquable identifié comme maison améliorée est, dans ces conditions, de nature à porter atteinte à la conservation et à la mise en valeur du site patrimonial remarquable. La circonstance que le projet vise à renforcer l'isolation de sa maison est sans incidence sur la légalité de l'avis contesté qui ne porte que sur l'application de la réglementation applicable au patrimoine remarquable.
Dans ces conditions, le moyen tiré de l'existence d'une erreur d'appréciation doit être écarté.
7. En deuxième lieu, le maire étant placé en situation de compétence liée en raison de la teneur de l'avis de l'architecte des Bâtiments de France qui n'est pas, ainsi qu'il vient d'être dit, entaché d'une erreur d'appréciation, M. B ne peut utilement soulever les moyens tirés de l'incompétence du signataire de la décision en litige et de son insuffisance de motivation. Ces moyens doivent par suite être écartés en tant qu'ils sont inopérants.
8. En troisième lieu, le requérant ne conteste pas le second motif de l'arrêté en litige tiré de la méconnaissance de l'article R 251.24 du règlement de la Zone de protection du Patrimoine Architectural Urbain et Paysager, applicable aux maisons qualifiées d'améliorées, demeurant applicable en l'espèce en vertu du III de l'article 112 précité de la loi du 7 juillet 2016 relative à la liberté de la création, à l'architecture et au patrimoine, aux termes duquel il convient de : " conserver les menuiseries d'origine ou respecter le compartimentage (en particulier la ligne d'imposte) et les épaisseurs des menuiseries d'origine ".
Au demeurant, il ne ressort pas des pièces du dossier que les épaisseurs de la menuiserie d'origine seraient conservées par le projet en litige.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 7 mars 2022 par lequel le maire de la commune de Tourcoing s'est opposé à sa déclaration préalable pour le remplacement d'une porte d'entrée, ainsi que celle de la décision du préfet de la région Hauts-de-France confirmant l'avis défavorable de l'architecte des bâtiments de France, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité des conclusions à fin d'annulation de cette dernière.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Tourcoing, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme demandée par le requérant au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme demandée par la commune de Tourcoing au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Tourcoing présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Tourcoing et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet de la région Hauts-de-France.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Chevaldonnet, président,
- M. Borget, premier conseiller,
- Mme Leclère, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.
La rapporteure,
Signé
M. Leclère
Le président,
Signé
B. Chevaldonnet La greffière,
Signé
M. C
La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026