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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2203493

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2203493

mercredi 17 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2203493
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formationjuge unique (6)
Avocat requérantDURIEU ROMAIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 10 mai 2022, le 24 avril 2024 et le 5 juin 2024, M. B A, représenté par Me Durieu, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet du recours administratif préalable qu'il a formé à l'encontre de la décision du 27 décembre 2021 prononçant sa radiation de la liste des demandeurs d'emploi pour une durée de deux mois ;

2°) d'enjoindre " à l'administration " de régulariser sa situation, notamment en lui versant l'allocation de solidarité spécifique pour la période allant du 27 décembre 2021 au 27 février 2022, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Durieu, son avocat, de la somme de 2 000 euros, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision de radiation en litige est entachée d'un vice de procédure, n'ayant pas été informé au préalable, ni invité à présenter des observations écrites ;

- elle a été rendue par une autorité incompétente pour en connaître, la décision du 27 décembre 2021 ayant été signée par le directeur d'agence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que les motifs de la radiation ne répondent pas aux conditions fixées par l'article L. 5412-1 du code du travail ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, n'ayant jamais manqué à ses obligations ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 5412-1 du code du travail.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 7 juillet 2022 et le 20 juin 2024, Pôle emploi Hauts-de-France, désormais dénommé France Travail, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les moyens d'illégalité externe sont inopérants ;

- les autres moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Fougères, premier conseiller, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Fougères a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a été régulièrement inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi à compter du 18 octobre 2004. Le 8 février 2021, il a été radié de la liste des demandeurs d'emplois pour une durée d'un mois pour insuffisance d'actions en vue de retrouver un emploi. Il s'est réinscrit sur la liste des demandeurs d'emploi le 8 mars 2021. Par une décision du 27 décembre 2021, le directeur de Pôle emploi des Hauts-de-France a procédé à sa radiation de la liste des demandeurs d'emploi, pour une période de deux mois, avec suppression de ses allocations pour cette même durée. Le requérant a formé, conformément aux dispositions de l'article R. 5412-8 du code du travail, dans sa rédaction applicable à la cause, un recours préalable obligatoire, lequel a implicitement été rejeté. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable obligatoire, qui s'est substituée à la décision du 27 décembre 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 5412-7 du code du travail : " Lorsqu'il envisage de prendre une décision de radiation, le directeur mentionné à l'article R. 5312-26 informe préalablement par tout moyen donnant date certaine l'intéressé des faits qui lui sont reprochés et de la durée de radiation envisagée, en lui indiquant qu'il dispose d'un délai de dix jours pour présenter des observations écrites ou, s'il le souhaite, pour demander à être entendu, le cas échéant assisté d'une personne de son choix. " Aux termes de l'article R. 5412-7-1 du même code : " Le directeur mentionné à l'article R. 5312-26 se prononce dans un délai de quinze jours à compter de l'expiration du délai de dix jours dans lequel l'intéressé peut présenter des observations écrites ou, si l'intéressé demande à être entendu, à compter de la date de l'audition () La décision, notifiée à l'intéressé, est motivée () ".

3. D'autre part, si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

4. A l'appui de sa requête, M. A soutient qu'il n'a pas été informé de la sanction envisagée par Pôle emploi et n'a pas pu présenter d'observation. Si Pôle emploi affirme avoir adressé par pli postal le courrier prévu par l'article R. 5412-7 du code du travail, par les pièces qu'il produit, il ne justifie pas de l'envoi effectif de ce courrier.

5. Le délai de dix jours qui précède l'édiction de la sanction administrative vise à permettre le déroulement de la procédure contradictoire, au cours de laquelle le demandeur d'emploi peut envoyer des observations écrites, qu'il peut compléter par d'autres observations écrites dans le délai donné, mais aussi au cours de laquelle il peut solliciter, le cas échéant en complément de ses observations écrites, de pouvoir être entendu. Ce délai de dix jours doit donc être regardé comme constituant une garantie, dont en l'espèce M. A a été privé. Il s'ensuit, sans qu'importe la circonstance que le requérant ait pu présenter des observations au stade du recours administratif préalable obligatoire, dès lors au surplus que la décision du 27 décembre 2021 ne comportait pas l'exposé du motif de la sanction prononcée de sorte qu'il ne pouvait utilement contester celle-ci, que la décision en litige est entachée d'un vice de procédure.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que la décision implicite de rejet du recours administratif préalable obligatoire exercé par M. A doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Il résulte des écritures de Pôle emploi que la sanction en litige est intervenue en raison de l'absence d'accomplissement par le requérant d'actes positifs et répétés en vue de retrouver un emploi, de créer, reprendre ou développer une entreprise. Dès lors que, dans le cadre de la présente instance, M. A n'a pas justifié des démarches qu'il avait pu entreprendre en faveur de son insertion professionnelle sur la période en litige, et compte tenu du motif d'annulation retenu, il sera seulement enjoint à France Travail de réexaminer la situation du requérant.

Sur les frais liés au litige :

8. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. En conséquence, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Durieu, conseil de M. A, d'une somme de 1 200 euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de rejet du recours administratif préalable obligatoire formé par M. A par courrier recommandé du 14 janvier 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à France Travail de réexaminer la situation de M. A, après l'avoir invité à justifier des démarches qu'il a pu entreprendre en faveur de son insertion professionnelle sur la période en litige.

Article 3 : France Travail versera à Me Durieu, conseil de M. A, une somme de 1 200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Romain Durieu et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.

Copie en sera adressée à la direction régionale France Travail Hauts-de-France.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

signé

V. Fougères

La greffière,

signé

I. Baudry

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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