mercredi 27 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2203532 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP HOUZEAU-TEREA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 mai 2022, M. A B, représenté par Me Houzeau, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 mars 2022 par lequel le préfet du Nord a refusé de renouveler son titre de séjour mention vie privée et familiale ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou, à tout le moins, d'assurer le suivi et la prise en charge médicale qui lui est nécessaire.
Il soutient que :
- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la même convention ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 novembre 2022, le préfet du Nord, représenté par Me Cano, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Horn,
- et les observations de Me Kerrich, substituant Me Cano, représentant le préfet du Nord.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain né le 11 mai 1978 à Temsamane Nador (Maroc), déclare être entré sur le territoire français le 19 mars 1990. Il s'est vu délivrer une carte de résident valable du 11 mai 1996 au 10 mai 2006, puis s'est maintenu en situation irrégulière après l'expiration de la validité de ce titre de séjour. Le préfet du Nord lui a ensuite délivré une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " valable du 30 septembre 2014 au 29 septembre 2015, renouvelée le 2 juillet 2021 valable pour la période du 11 janvier 2021 au 10 janvier 2022. Le 18 novembre 2021, l'intéressé a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour. Par un arrêté du 8 mars 2022, dont M. B demande l'annulation, le préfet du Nord a refusé de faire droit à cette demande.
2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 412-5 du même code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire () ". Et aux termes de l'article L. 432-1 de ce code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".
4. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. B au titre de la vie privée et familiale, le préfet du Nord s'est fondé, notamment, sur la circonstance que la présence en France de ce dernier constituait une menace à l'ordre public en raison de ses multiples condamnations pénales et de ce qu'il est défavorablement connu des services de police pour d'autres faits répréhensibles. M. B a en effet fait l'objet de pas moins de dix-huit condamnations pénales entre 1998 et 2018, cumulant quatorze années d'emprisonnement. Il a notamment été condamné, le 20 avril 1999, par le tribunal correctionnel d'Avesnes-sur-Helpe, à un an et six mois d'emprisonnement pour des faits de vol aggravé par deux circonstances et récidive de conduite d'un véhicule sans permis, puis, le 30 novembre 2004, par la cour d'appel de Douai, à cinq ans d'emprisonnement dont un an avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve pendant trois ans pour des faits de violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'incapacité supérieure à huit jours. Il a, à nouveau, fait l'objet de condamnations le 10 juin 2011, par le tribunal correctionnel d'Avesnes-sur-Helpe, à un an d'emprisonnement dont six mois avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve pendant deux ans pour violation de domicile à l'aide de manœuvres, menace, voies de fait ou contrainte ainsi qu'à deux mois d'emprisonnement pour refus de se soumettre au prélèvement biologique destiné à l'identification de son empreinte génétique par une personne soupçonnée d'infraction entraînant l'inscription au fichier national automatisé des empreintes génétiques et, le 23 janvier 2018, par la cour d'appel de Douai, à deux ans et six mois d'emprisonnement dont six mois avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve pendant deux ans, pour des faits de violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité (en récidive), dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui (en récidive), violence avec usage ou menace d'une arme d'incapacité n'excédant pas huit jours (en récidive) et violence suivie d'incapacité supérieure à huit jours (en récidive). De plus, il ressort également des pièces du dossier que M. B, qui ne conteste pas avoir commis les soixante-six infractions entre juin 1994 et décembre 2020 inscrites au fichier de traitement des antécédents judiciaires, a, le 26 juillet 2020, soit très récemment eu égard à la date de l'arrêté attaqué, proféré des insultes et menaces de mort à l'égard du personnel des urgences lors de son admission pour une tentative d'autolyse. S'il ressort également des pièces du dossier que le requérant souffre de troubles psychiatriques ayant conduit notamment à plusieurs hospitalisations entre 1996 et 2020, cette circonstance ne peut expliquer les très nombreux faits délictueux dont il s'est rendu coupable et n'est donc pas de nature à remettre en cause la menace pour l'ordre public que constitue sa présence en France.
5. Par ailleurs, si M. B déclare être entré en France en 1990 à l'âge de onze ans et y résider depuis, en l'état des pièces du dossier, sa présence en France n'est attestée qu'à compter de 1994 et, il est constant que son séjour en France était irrégulier de mai 2006 à 2012, puis, à nouveau de septembre 2015 à 2021. Il ressort également des pièces du dossier que M. B est père de cinq enfants de nationalité française, dont trois étaient mineurs à la date de l'arrêté contesté, et séparé de son ex-compagne, mère de ses enfants. Toutefois, s'il soutient qu'il " essaie d'avoir un minimum de contact ou d'informations concernant [le] devenir [de ses enfants] ", la seule production de certains de leurs certificats de scolarité ne saurait établir l'existence d'une relation réelle avec ceux-ci ni qu'il pourvoirait à leur entretien et à leur éducation. M. B ne saurait par ailleurs se prévaloir de la présence de ses parents et de sa fratrie en France dès lors qu'il ne ressort d'aucune des pièces produites qu'il aurait la moindre relation avec ceux-ci. En outre, il ne se prévaut d'aucune forme d'intégration sociale ou professionnelle. Enfin, s'il soutient être dépourvu de tout lien avec le Maroc, l'arrêté attaqué n'a ni pour objet, ni pour effet, de l'éloigner à destination de ce pays. Par suite, compte tenu, d'une part, de la multiplicité et de la gravité des délits qu'il a commis et ayant conduit à de très nombreuses condamnations pénales et, d'autre part, au caractère récent de certaines d'entre elles, dans les circonstances de l'espèce, le préfet du Nord a pu, sans entacher la décision contestée d'erreur d'appréciation, estimer que la présence en France de M. B constituait une menace pour l'ordre public et lui refuser, en conséquence, le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées des articles L. 412-5 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.
6. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 4 et 5, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
7. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est dépourvu de précision permettant d'en apprécier le bien-fondé et doit, dès lors, être écarté.
8. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 8 mars 2022 par lequel le préfet du Nord a refusé de renouveler son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".
9. Il résulte de tout de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, et au préfet du Nord.
Délibéré après l'audience du 6 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Baillard, président,
- Mme Leclère, première conseillère,
- M. Horn, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 novembre 2024.
Le rapporteur,
Signé
J. HORNLe président,
Signé
B. BAILLARD
La greffière,
Signé
S. DEREUMAUX
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
No 220353
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026