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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2203668

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2203668

mardi 27 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2203668
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantDANSET-VERGOTEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 mai 2022, Mme A D épouse C, représentée par Me Danset-Vergoten, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 septembre 2021 par lequel le préfet du Nord lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros qui sera versée à son conseil sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

Sur la légalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, compte tenu du transfert de l'ensemble de ses intérêts privés et familiaux en France, où elle réside depuis plus de sept ans, et de la situation médicale de son fils mineur ;

- le préfet n'a pas tenu compte de l'intérêt supérieur de son enfant qui doit pouvoir avoir accès aux soins qui lui sont nécessaires en France et poursuivre sa scolarité entamée sur le sol français, en violation des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen complet et circonstancié de sa situation ;

- il a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision est illégale en ce qu'elle repose sur une décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour elle-même illégale ;

- les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ont été méconnues compte tenu du transfert de l'ensemble de ses intérêts privés et familiaux en France, où elle réside depuis plus de sept ans, et de la situation médicale de son fils mineur ;

- le préfet n'a pas tenu compte de l'intérêt supérieur de son enfant qui doit pouvoir avoir accès aux soins qui lui sont nécessaires en France et poursuivre sa scolarité entamée sur le sol français, en violation des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen complet et circonstancié de sa situation ;

- il a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision est illégale en ce qu'elle repose sur une décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour elle-même illégale ;

- les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ont été méconnues compte tenu du transfert de l'ensemble de ses intérêts privés et familiaux en France, où elle réside depuis plus de sept ans, et de la situation médicale de son fils.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juin 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté et que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 31 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er juillet 2022.

Mme D épouse C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D épouse C, ressortissante marocaine née le 15 décembre 1965, entrée en France le 13 août 2014 sous couvert d'un visa de court séjour, a sollicité, le 30 avril 2021, la délivrance d'un titre de séjour en raison de ses liens privés et familiaux et au titre de l'admission exceptionnelle. Par un arrêté du 5 septembre 2021, le préfet du Nord a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a décidé qu'à l'expiration de ce délai, elle pourrait être reconduite d'office à destination du pays dont elle a la nationalité ou de tout autre pays dans lequel elle serait légalement admissible. Par la présente requête, Mme D épouse C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. En l'espèce, la décision portant refus de délivrance du titre de séjour sollicité mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, de manière suffisamment détaillée pour mettre en mesure la requérante d'en discuter utilement les motifs et le juge d'exercer son contrôle. La circonstance que l'autorité préfectorale n'ait pas mentionné tous les éléments factuels de la situation de l'intéressée n'est pas de nature à faire regarder cette motivation comme insuffisante. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / () " et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. Mme D épouse C se prévaut d'une durée de séjour sur le territoire français de plus de sept années mais s'y est maintenue sans solliciter la régularisation de sa situation administrative avant le 30 avril 2021. Par ailleurs, si elle fait état de la présence de plusieurs enfants en France, d'une part, elle n'établit pas qu'elle serait mère d'une fille née sur le sol français et, d'autre part, ses enfants majeurs nés en 1997 et en 2000 ont vu leurs demandes de titre de séjour rejetées par décisions du préfet du Nord et font l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. En ce qui concerne son fils mineur né en 2012 et de nationalité marocaine, s'il est constant qu'il réside avec elle en France, la circonstance selon laquelle il est scolarisé depuis 2018 ne confère pas à la requérante un droit au séjour en France sur le fondement des dispositions invoquées. De plus, si comme elle l'invoque, la requérante réside chez sa mère qui bénéficie d'un titre de séjour permanent, les autres pièces produites, pour parties illisibles, ne permettent pas de s'assurer de la réalité des liens familiaux dont elle se prévaut, avec des personnes qu'elle présente comme ses frères et sœurs, ni le cas échéant de la régularité de la situation administrative de chacun des intéressés sur le territoire français. Enfin, Mme D épouse C, n'établit pas être dépourvue de lien familial dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 48 ans. Dans ces conditions, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, la décision attaquée ne peut être regardée comme portant une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale, garanti par les stipulations et dispositions précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations et des dispositions citées au point 4 doivent être écartés.

6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier et, notamment, des termes de l'acte en litige, que le préfet, bien qu'il ait employé par erreur le nom de la fille de l'intéressée au premier paragraphe de la page 2 et qu'il n'ait pas mentionné l'indication chiffrée du nombre d'années de présence de l'intéressée sur le territoire français, a procédé, avant de prendre la décision de refus de séjour, à un examen particulier et approfondi des éléments qui caractérisent la situation personnelle de Mme D épouse C, sur la base des informations connues de l'administration, et notamment de sa situation familiale. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990, publiée par décret du 8 octobre 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

8. Mme D épouse C ne démontre pas que l'état de santé de son fils mineur nécessiterait une prise en charge médicale particulière et un suivi qui ne pourraient lui être procurés que sur le territoire français. Elle n'établit pas davantage que son enfant ne pourrait poursuivre sa scolarité dans son pays d'origine. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit, dès lors, être écarté.

9. En dernier lieu, au regard de l'ensemble de ce qui précède, et notamment des éléments exposés aux points 5 et 8, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision de refus de séjour serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () " et aux termes de l'article L. 613-1 de ce code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

12. La décision faisant obligation à Mme D épouse C de quitter le territoire français a été prise concomitamment à celle refusant de lui délivrer un titre de séjour. Cette dernière étant, ainsi qu'il a été dit au point 3, suffisamment motivée, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

13. En deuxième lieu, la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de laquelle la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise n'est pas, ainsi que cela a été exposé plus haut, entachée d'illégalité. Le moyen tiré, par la voie de l'exception, d'une telle illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.

14. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que le préfet du Nord ne se serait pas livré à un examen sérieux de la situation de la requérante.

15. En quatrième lieu, il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation, reprenant ce qui a été développé ci-dessus à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour, doivent être écartés pour les mêmes motifs que précédemment.

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :

17. En premier lieu, la décision attaquée mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

18. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision de refus de séjour doit être écarté.

19. En troisième lieu, Mme D épouse C, qui est de nationalité marocaine et qui a vécu dans son pays d'origine la majeure partie de sa vie n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le Maroc comme pays de destination de la mesure d'éloignement dont elle fait l'objet porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

20. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 5 septembre 2021 du préfet du Nord doivent être rejetées ainsi que, par voie conséquence, celles aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D épouse C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D épouse C, au préfet du Nord et à Me Danset-Vergoten.

Délibéré après l'audience du 31 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Leguin, présidente,

M. Borget, premier conseiller,

Mme Zoubir, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 décembre 202Le rapporteur,

Signé

J. B

La présidente,

Signé

A-M. LEGUIN

Le greffier,

Signé

S. MAUFROID

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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