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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2203671

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2203671

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2203671
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantDEWAELE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 mai et le 20 juin 2022, M. E D, représenté par Me Dewaele, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 février 2022 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à Me Dewaele, conseil de M. D, en application combinée des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté en litige :

- elles ont été prises par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en ce qu'elle repose sur une décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour elle-même illégale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la légalité de la décision octroyant un délai de départ volontaire :

- elle est illégale en ce qu'elle repose sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant fixation du pays de destination :

- elle est illégale en ce qu'elle repose sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juin 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 8 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 10 juillet 2022.

M. D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E D, ressortissant ivoirien, est entré en septembre 2017 sur le territoire national, selon ses déclarations. Par un arrêté du 14 septembre 2017, le préfet des Ardennes a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français, à laquelle il n'a pas déféré. Par une demande présentée le 7 septembre 2021, M. D a sollicité auprès des services de la préfecture du Nord la délivrance d'un titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 25 février 2022, le préfet du Nord a refusé de faire droit à sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Par la présente requête, M. D demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les moyens communs aux décisions contenues dans l'arrêté en litige :

2. Il ressort des pièces du dossier que, par arrêté du 30 septembre 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 225 du même jour, le préfet du Nord a donné délégation à Mme B A de La Perrière, cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers, à l'effet de signer, notamment, les décisions refusant la délivrance de titre de séjour, les décisions portant obligation de quitter le territoire français assorties d'un délai de départ volontaire et celles fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de Mme B A de La Perrière pour signer l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. L'arrêté en litige énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde de manière suffisamment détaillée. Les mentions qu'il comporte sont ainsi de nature à mettre en mesure le requérant d'en discuter utilement les motifs et le juge d'exercer son contrôle sur les décisions en litige, qui n'avaient pas à mentionner tous les éléments factuels de la situation de l'intéressé. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des termes de l'arrêté en litige que le préfet du Nord a procédé, avant de se prononcer, à un examen particulier des éléments qui caractérisent la situation personnelle de M. D. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

6. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. D, qui déclare sans l'établir être entré en France en septembre 2017, a fait l'objet le 14 septembre 2017 d'une obligation de quitter le territoire français, devenue définitive, à laquelle il n'a pas déféré. Il s'est maintenu en situation irrégulière jusqu'au dépôt de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour en septembre 2021. M. D, célibataire et sans charge de famille, est dépourvu d'attaches familiales en France. S'il se prévaut de l'obtention d'un certificat d'aptitude professionnelle serrurier métallier en juillet 2020, de son excellente scolarité en baccalauréat professionnel au cours des années 2020/2021 et 2021/2022 ainsi qu'en témoignent les attestations émanant des membres de l'équipe enseignante, d'une promesse d'embauche établie en mars 2022, soit postérieure à la date de la décision attaquée, et de ses efforts d'intégration et d'engagements associatifs, attestés par plusieurs témoignages, ces éléments ne constituent pas des considérations humanitaires ou un motif exceptionnel au sens des dispositions de l'article L. 435-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui auraient justifié sa régularisation par l'attribution d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 25 février 2022 par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Le moyen invoqué à l'appui des conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision doit, par suite, être écarté.

12. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 25 février 2022 par laquelle le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français.

Sur le moyen commun aux décisions octroyant un délai de départ volontaire et fixant le pays de destination :

14. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Le moyen invoqué à l'appui des conclusions à fin d'annulation de la décision octroyant un délai de départ volontaire et de celle fixant le pays de destination, tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit, par suite, être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 25 février 2022 par lesquelles le préfet du Nord lui a octroyé un délai de départ volontaire et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 25 février 2022 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions du requérant à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, au préfet du Nord et à Me Dewaele.

Délibéré après l'audience du 13 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Leguin, présidente,

M. Borget, premier conseiller,

Mme Zoubir, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.

La rapporteure,

signé

N. C

La présidente,

signé

A.-M. LEGUIN La greffière,

signé

S. MAUFROID

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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