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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2203673

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2203673

mardi 17 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2203673
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMEZINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 mai 2022, Mme C F épouse G, représentée par Me Mezine, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 avril 2022 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a refusé de lui délivrer un certificat de résidence algérien, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de réexaminer sa demande de titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Elle soutient que:

Sur la légalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- le signataire de la décision attaquée ne justifie pas d'une délégation régulière ;

- le préfet a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- le signataire de la décision attaquée ne justifie pas d'une délégation régulière ;

- la décision en litige porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet aurait dû faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.

Sur la légalité de la décision portant délai de départ volontaire :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- son droit à être entendue, consacré par l'article 41 de la Chartre des droits fondamentaux de l'Union européenne, a été méconnu.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juin 2022, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme G ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 2 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 4 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C F épouse G, née le 12 juin 1986 à M'Sila en Algérie, a épousé, le 16 septembre 2019, un compatriote titulaire d'une carte de résident. Ce dernier a obtenu, le 21 juillet 2020, une autorisation de regroupement familial en faveur de son épouse. Mme G est alors entrée en France sous couvert d'un visa de long séjour le 18 mars 2021. Elle a déposé une demande de premier certificat de résidence algérien au titre du regroupement familial le 8 avril 2021. Le 22 février 2022, M. G a entamé une procédure de divorce. Par un arrêté du 14 avril 2022, le préfet du Pas-de-Calais a refusé de délivrer à Mme G le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par la présente requête, Mme G demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision refusant la délivrance d'un certificat de résidence :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2020-10-31 publié le 22 avril 2021 au recueil spécial n° 51 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Pas-de-Calais a donné délégation à M. D E, directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture du Pas-de-Calais, et en cas d'absence à M. H A, chef du bureau du contentieux du contentieux des étrangers, signataire de la décision en litige, à l'effet de signer, notamment, la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire dès être écarté.

3. En deuxième lieu, Mme G, qui ne conteste pas que la communauté de vie avec son époux a cessé depuis au moins le mois de février 2022, ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors, d'une part, que l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles régit de manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et, d'autre part, et en tout état de cause, que ces dispositions ont vocation à régir la situation des étrangers conjoints de ressortissants français. Si elle fait valoir qu'il appartient à l'autorité préfectorale, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont elle dispose, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de sa situation personnelle, notamment eu égard aux violences conjugales alléguées, l'opportunité d'une mesure de régularisation, elle n'apporte toutefois aucun élément de nature à établir la réalité de ses allégations de violence. Dès lors, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet du Pas-de-Calais a refusé d'admettre la requérante à séjourner en France.

4. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Si Mme G fait valoir que le centre de ses intérêts privés se situerait en France, il ressort des pièces du dossier que cette dernière, en instance de divorce et sans enfant, est arrivée en France le 18 mars 2021, soit très récemment et n'y dispose d'aucune autre attache personnelle ou familiale que son époux. Par ailleurs, la requérante n'établit ni même n'allègue être dépourvue d'attaches en Algérie, pays dans lequel elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-cinq ans. Dès lors, la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a pas méconnu les stipulations précitées.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, la délégation de signature citée au point 2 donnait compétence à M. A pour signer la décision en litige.

8. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, reprenant ce qui a été développé ci-dessus à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour, doit être écarté pour les mêmes motifs que précédemment.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien: " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; / () ". Il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet du Pas-de-Calais, après avoir relevé que Mme G ne remplissait pas les conditions lui permettant de bénéficier d'un certificat de séjour au titre du regroupement familial, a poursuivi l'instruction de la demande de titre de la requérante en étudiant la possibilité de régulariser sa situation sur le fondement des stipulations précitées de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien. Qu'ainsi, et en tout état de cause, il a pu à juste titre et ainsi qu'il a été dit précédemment, relever que l'intéressée ne justifiait d'aucune circonstance permettant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant délai de départ volontaire :

11. En premier lieu, la décision attaquée énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent de manière suffisamment détaillée. Les mentions qu'elle comporte sont ainsi de nature à mettre en mesure la requérante d'en discuter utilement les motifs et le juge d'exercer son contrôle sur les décisions en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; / () ". Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration qui s'est substitué, depuis le 1er janvier 2016, à l'article 24 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 invoqué : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. / () ".

13. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, relatif au droit à une bonne administration, s'adresse non aux États membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de sa violation par l'arrêté litigieux pris par une autorité d'un État membre est inopérant. Toutefois, il résulte également de la jurisprudence de la Cour de Justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

14. En outre, lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. À l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur le délai de départ volontaire attaché à l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour.

15. Il ressort des pièces du dossier que Mme G a eu la possibilité de présenter ses observations à l'occasion du dépôt de sa demande de titre, le 8 avril 2021. Par ailleurs, par courrier du 1er mars 2022, le préfet du Pas-de-Calais a informé la requérante de ce qu'il entendait lui refuser le titre sollicité et l'a invitée en conséquence à lui présenter ses observations. Il résulte de ces éléments que Mme G a nécessairement eu l'occasion d'être entendue lors de l'instruction de sa demande de titre de telle sorte que le préfet du Pas-de-Calais n'était pas tenu de l'inviter à présenter des observations supplémentaires quant à la durée du délai de départ volontaire. Le moyen tiré du vice de procédure doit dès lors être écarté.

16. Il résulte de ce qui précède que Mme G n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision lui accordant un délai de départ volontaire de trente jours.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 14 avril 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C G, à Me Mezine et au préfet du Pas-de-Calais.

Délibéré après l'audience du 31 octobre 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Leguin, présidente,

M. Borget, premier conseiller,

Mme Zoubir, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2023.

La rapporteure,

signé

N. B

La présidente,

signé

A.-M. LEGUIN

La greffière,

signé

S. MAUFROID

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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