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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2203720

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2203720

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2203720
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantNAVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 mai 2022, M. B A, représenté par Me Navy, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 11 janvier 2022 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour, sous astreinte de 155 euros par jour de retard ;

3°) à défaut, d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à un nouvel examen de sa demande et dans ce cas, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler le temps de ce réexamen ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Navy, avocat de M. A, de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- cette décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 233-1 et R. 233-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juin 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Jaur, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant italien, né le 4 avril 1967 à Khouribga (Maroc) est entré en France le 24 août 2012. Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en tant que citoyen de l'Union européenne. Par une décision en date du 11 janvier 2022, dont M. A demande l'annulation, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer ce titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; / 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; / 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3° ". Aux termes de l'article L. 200-6 du même code : " Les restrictions au droit de circuler et de séjourner librement en France prononcées à l'encontre de l'étranger dont la situation est régie par le présent livre ne peuvent être motivées que par un comportement qui constitue, du point de vue de l'ordre public et de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. () ".

3. Il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence d'un citoyen de l'Union européenne sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de la situation individuelle de l'intéressé, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

4. Il ressort des pièces du dossier et notamment de la décision attaquée que le préfet du Nord a refusé de délivrer à M. A le titre de séjour que l'intéressé a sollicité au motif qu'il a été condamné le 1er février 2017 par la cour d'appel de Douai à une peine de quatre mois d'emprisonnement avec sursis, pour violence par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. Ainsi, si ces faits sont graves, à la date de la décision attaquée la condamnation dont le requérant a fait l'objet remontait à huit ans. Le préfet du Nord se borne à produire les extraits du casier judiciaire et du Traitement des antécédents judiciaires (TAJ) de l'intéressé, faisant état de cette condamnation, faits de violence suivis d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité commis le 12 juin 2014 et faits de violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité commis du 17 mars 2012 au 26 juin 2014 et un échange de courriel entre ses services et ceux de la cour d'appel de Douai sur un classement sans suite à la suite de faits de harcèlement sur conjoint en 2016. Ces pièces ne donnent aucune précision sur les circonstances dans lesquelles se sont produits ces faits et la peine prononcée est d'une durée limitée, assortie d'un sursis. Compte tenu des caractères isolé et relativement ancien de ces faits, ils ne sauraient suffire à faire regarder la présence en France de M. A comme une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Par suite, M. A est fondé à soutenir que la décision portant refus de titre de séjour a été prise en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, la décision de refus de titre de séjour en date du 11 janvier 2022 doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. En raison du motif qui le fonde, le présent jugement implique nécessairement, en l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, que le titre de séjour sollicité par M. A, soit le titre de séjour mention " Citoyen UE/EEE/Suisse - Toutes activités professionnelles ", prévu par l'article R. 233-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui soit délivré, et ce, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

6. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros, à verser à Me Navy, sous réserve que cet avocat renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle.

DÉCIDE :

Article 1er : L'arrêté du préfet du Nord du 11 janvier 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de délivrer à M. A le titre de séjour mention " Citoyen UE/EEE/Suisse - Toutes activités professionnelles " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement.

Article 3 : L'État versera à Me Navy une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Navy renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Navy et au préfet du Nord.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Riou, président,

- Mme Jaur, première conseillère,

- Mme Célino, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

La rapporteure,

Signé

A. JaurLe président,

Signé

J.-M. Riou

La greffière,

Signé

S. Ranwez

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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