jeudi 28 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2203788 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | GOMMEAUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 19 mai 2022 et 12 juillet 2022, Mme B A, représentée par Me Gommeaux, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision implicite par laquelle le préfet du Pas-de-Calais a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'une carte nationale d'identité à son fils mineur E F A ;
2°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de délivrer à son fils, E F A, une carte nationale d'identité, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou de procéder au réexamen de la situation sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Gommeaux, son avocate, au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable dès lors qu'une décision implicite de rejet est née ;
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnaît les dispositions des articles 2 du décret n° 55-1397 du 22 octobre 1955, 18 du code civil, 310-1 du code civil et 310-3 du code civil ;
- le préfet du Nord se trouvait en situation de compétence liée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juin 2022, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors qu'aucune décision implicite de rejet n'est née, la demande de Mme A étant toujours en cours d'instruction ;
- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 55-1397 du 22 octobre 1955 ;
- le décret n° 2014-1292 du 23 octobre 2014 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Célino, première conseillère,
- les conclusions de Mme Courtois, rapporteure publique,
- les observations de Mme A et de M. D.
Considérant ce qui suit :
1. Le 22 juin 2021, Mme A a sollicité, auprès de la mairie de Roubaix, la délivrance à son fils mineur, E F A, né le 12 février 2019, d'une carte nationale d'identité française. Elle demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle le préfet du Nord a implicitement rejeté sa demande.
Sur la fin de non recevoir :
2. Aux termes de l'article L. 231-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Le silence gardé pendant deux mois par l'administration sur une demande vaut décision d'acceptation. ". Aux termes de l'article L. 231-4 du même code : " Par dérogation à l'article L. 231-1, le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet : () / 4° Dans les cas, précisés par décret en Conseil d'Etat, où une acceptation implicite ne serait pas compatible avec () la protection des libertés et des principes à valeur constitutionnelle et la sauvegarde de l'ordre public () ". En vertu de l'article 1er du décret du 23 octobre 2014 relatif aux exceptions à l'application du principe " silence vaut acceptation " ainsi qu'aux exceptions au délai de deux mois de naissance des décisions implicites sur le fondement du II de l'article 21 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations (ministère de l'intérieur): " En application des articles L. 231-5 et L. 231-6 du code des relations entre le public et l'administration, le silence gardé pendant deux mois par l'administration vaut décision de rejet pour les demandes dont la liste figure en annexe du présent décret ". Selon l'article 2 de ce même décret : " Pour les demandes mentionnées à l'article 1er du présent décret, l'annexe du présent décret fixe, lorsqu'il est différent du délai de deux mois, le délai à l'expiration duquel, en application des articles L. 231-5 et L. 231-6 du code des relations entre le public et l'administration, la décision de rejet est acquise ". Il résulte de l'annexe de ce décret que le silence gardé par l'administration sur les demandes de délivrance d'une carte nationale d'identité pendant une durée de deux mois vaut décision de rejet.
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a présenté, le 22 juin 2021, une demande tendant à la délivrance d'une carte nationale d'identité au profit de son fils mineur. En application des dispositions précitées, une décision implicite de rejet de cette demande est née le 22 août 2021, sans qu'y fasse obstacle la circonstance, invoquée en défense par le préfet du Pas-de-Calais, que la demande de l'intéressée serait toujours en cours d'instruction. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de l'absence de décision attaquée faisant grief à Mme A doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article 18 du code civil : " Est français l'enfant dont l'un des parents au moins est français. ". Aux termes du premier alinéa de l'article 310-1 du même code : " La filiation est légalement établie, dans les conditions prévues au chapitre II du présent titre, par l'effet de la loi, par la reconnaissance volontaire ou par la possession d'état constatée par un acte de notoriété ainsi que, dans les conditions prévues au chapitre V du présent titre, par la reconnaissance conjointe. ". Aux termes du premier alinéa de l'article 310-3 de ce code, dans sa rédaction alors applicable : " La filiation se prouve par l'acte de naissance de l'enfant, par l'acte de reconnaissance ou par l'acte de notoriété constatant la possession d'état. ".
5. Aux termes de l'article 2 du décret du 22 octobre 1955 instituant la carte nationale d'identité : " La carte nationale d'identité est délivrée sans condition d'âge à tout Français qui en fait la demande. (). ". Aux termes de l'article 4 du même décret : " I. - En cas de première demande, la carte nationale d'identité est délivrée sur production par le demandeur :/ () c) Ou, à défaut de produire l'un des passeports mentionnés aux deux alinéas précédents, de son extrait d'acte de naissance de moins de trois mois, comportant l'indication de sa filiation () ".
6. Pour l'application des dispositions citées au point précédent, il appartient aux autorités administratives, qui ne sont pas en état de compétence liée, de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, que les pièces produites à l'appui d'une demande de carte nationale d'identité ou de passeport sont de nature à établir l'identité et la nationalité du demandeur. Seul un doute suffisant sur l'identité ou la nationalité de l'intéressé peut justifier le refus de délivrance du titre demandé. Dans ce cadre, si la reconnaissance d'un enfant est opposable aux tiers, en tant qu'elle établit un lien de filiation et, le cas échéant, en tant qu'elle permet l'acquisition par l'enfant de la nationalité française, et s'impose donc en principe à l'administration tant qu'une action en contestation de filiation n'a pas abouti, il appartient néanmoins au préfet, s'il est établi, lors de l'examen d'une demande de titre, qu'une reconnaissance de paternité a été souscrite frauduleusement, de faire échec à cette fraude et de refuser, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la délivrance du titre sollicité.
7. Il ressort des pièces du dossier que le préfet du Pas-de-Calais justifie le rejet de la carte d'identité par la suspicion de reconnaissance frauduleuse de paternité du père allégué de l'enfant, M. C F. Il relève que Mme A et M. F n'ont pas honoré le rendez-vous fixé avec les services de la préfecture, que les intéressés n'ont pas eu de vie commune, que
Mme A n'a pas entamé de démarches pour régulariser sa situation sur le territoire français et qu'aucun élément ne démontre que le père contribue à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. Toutefois, le préfet du Pas-de-Calais n'établit pas que M. F a été convoqué le
16 juillet 2019. Par ailleurs, l'entretien non honoré par Mme A était prévu postérieurement à la naissance de la décision en litige. En outre, il ressort des pièces du dossier que l'enfant a été rattaché à l'assurance maladie de M. F du 28 mai 2019 au 27 mai 2020. Enfin, s'il est constant que le préfet du Val d'Oise a saisi le procureur de la République près le tribunal judiciaire de Pontoise, le 3 novembre 2021, sur le fondement de l'article 40 du code de procédure pénale pour une suspicion de reconnaissance de paternité frauduleuse à visée migratoire, il ne ressort cependant pas des pièces du dossier qu'une suite judiciaire aurait été donnée à cette saisine. Dans ces conditions, le préfet du Pas-de-Calais n'établit pas le caractère frauduleux de la reconnaissance de paternité de l'enfant et a commis une erreur d'appréciation en refusant de délivrer la carte nationale d'identité au fils de Mme A.
8. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de sa requête, Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet du Pas-de-Calais a refusé de délivrer une carte nationale d'identité à son fils mineur.
Sur les conclusions à fin d'injonction et sous astreinte :
9. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de procéder à la délivrance d'une carte nationale d'identité au profit de E F A dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
10. Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros, à verser à Me Gommeaux, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite par laquelle le préfet du Pas-de-Calais a refusé de délivrer une carte nationale d'identité au fils mineur de Mme A est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Pas-de-Calais de délivrer une carte nationale d'identité au profit de E F A dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera à Me Gommeaux, conseil de Mme A, une somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Gommeaux renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Gommeaux et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée pour information au préfet du Pas-de-Calais.
Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Riou, président,
Mme Jaur, première conseillère,
Mme Célino, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2024.
La rapporteure,
Signé
C. Célino
Le président,
Signé
J.-M. Riou La greffière,
Signé
S. Ranwez
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026