jeudi 8 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2204033 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET QUENNEHEN - TOURBIER |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête, enregistrée le 30 mai 2022 sous le n° 2204033, Mme E A épouse C, représentée par Me Tourbier, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision implicite par laquelle le préfet du Pas-de-Calais a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Tourbier, son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision en litige est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît sa vie privée et familiale, garantie par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'intérêt supérieur de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juillet 2022, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.
Mme A épouse C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 mai 2022.
Par une ordonnance du 29 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 14 octobre 2022.
II. Par une requête, enregistrée le 7 juillet 2022 sous le n° 2205171, Mme E A épouse C, représentée par Me Tourbier, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 10 juin 2022 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Tourbier, son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît sa vie privée et familiale, qui est garantie par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'intérêt supérieur de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juillet 2022, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 12 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 26 août 2022.
Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 août 2022.
Vu les autres pièces des deux dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord du 17 mars 1988 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E A épouse C, ressortissante tunisienne née le 28 juin 1983, est entrée en France, enceinte et accompagnée de son fils, le 20 février 2014, munie de son passeport revêtu d'un visa de court séjour valable du 12 février au 15 mars 2014 afin de rejoindre son époux, M. B C. Elle a sollicité, le 9 juin 2021, au titre de l'admission exceptionnelle, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". En l'absence de réponse dans un délai de quatre mois, sa demande a été implicitement rejetée par le préfet du Pas-de-Calais. Par un courrier du 1er avril 2022, elle a demandé la communication des motifs du refus implicite opposé à sa demande. Par un arrêté du 10 juin 2022, le préfet du Pas-de-Calais a expressément refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Par les présentes requêtes, Mme A épouse C doit être regardée comme demandant au tribunal l'annulation de l'arrêté du 10 juin 2022.
Sur la jonction :
2. Les requêtes susvisées n° 2204033 et n° 2205171, présentées par Mme A épouse C, concernent la situation d'une même personne et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. En premier lieu, si le silence gardé par l'administration sur une demande fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet prise par le préfet du Pas-de-Calais doivent être regardées comme dirigées contre l'arrêté du 10 juin 2022 pris par la même autorité.
4. En deuxième lieu, l'arrêté en litige énonce l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Il est ainsi suffisamment motivé au regard des exigences du code des relations entre le public et l'administration, sans qu'y fasse obstacle la circonstance qu'il ne mentionnerait pas l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle du requérant. En outre, l'arrêté ne peut être utilement contesté au motif que l'administration aurait méconnu les dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration en ne communiquant pas au requérant les motifs complets de sa décision implicite dans le délai d'un mois qu'elles lui impartissent.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 11 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord. / Chaque Etat délivre notamment aux ressortissants de l'autre Etat tous titres de séjour autres que ceux visés au présent Accord, dans les conditions prévues par sa législation ". L'article 3 du même accord stipule que : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié ".
6. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".
7. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".
8. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée sur le territoire français le 20 février 2014, en état de grossesse et accompagnée de son fils, pour rejoindre son conjoint. A compter de l'expiration de son visa en qualité de visiteur, elle s'est maintenue irrégulièrement en France jusqu'à la date à laquelle elle a présenté une demande de régularisation auprès du préfet du Pas-de-Calais, soit le 9 juin 2021. L'intéressée se prévaut, outre de sa présence en France depuis huit années, de la présence sur le territoire national de son époux, M. C, compatriote et père de ses enfants. Il ressort cependant des pièces du dossier que ce dernier réside irrégulièrement en France et qu'il fait également l'objet d'une obligation de quitter le territoire, prononcée par le préfet du Pas-de-Calais le 10 juin 2022. Bien que M. C ait travaillé sur le territoire national du 14 octobre 2019 au 28 février 2021 et qu'il soit inscrit auprès de Pôle emploi depuis le 11 février 2022, il ne justifie pas d'une insertion professionnelle particulière depuis son arrivée sur le territoire français. Mme A ne fait pas davantage montre d'une insertion professionnelle. Par ailleurs, si leurs trois enfants, nés respectivement les 25 mars 2012, 4 avril 2014 et 23 mai 2015, poursuivent leur scolarité en France, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier qu'elle ne pourrait pas être poursuivie en Tunisie. Ces éléments ne constituent pas des considérations humanitaires ou un motif exceptionnel, qui auraient justifié sa régularisation par l'attribution d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Dès lors, compte tenu des conditions de séjour, et en dépit de sa durée, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet du Pas-de-Calais a refusé d'admettre Mme A à séjourner, à titre exceptionnel, en France.
9. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Il appartient à l'autorité administrative qui envisage de refuser de délivrer un titre de séjour à un étranger ou de procéder à son éloignement, d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie privée et familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision a été prise.
10. Eu égard à ce qui a été énoncé au point 8 du présent jugement, Mme A ne peut pas être regardée comme ayant fixé en France l'ensemble de ses centres d'intérêts privés et familiaux. En outre, elle n'établit pas, ni même n'allègue, ne pas pouvoir se réinsérer socialement et professionnellement en Tunisie où elle a vécu la majeure partie de son existence. En outre, l'arrêté en litige n'emporte séparation ni des époux, qui font l'objet tous deux de la même mesure d'éloignement, ni d'avec leurs enfants mineurs présents en France dont la vocation normale est de suivre leurs parents. Dans ces conditions, compte tenu notamment des conditions du séjour en France de la requérante, qui dispose de la possibilité de reconstituer sa cellule familiale dans son pays d'origine, l'arrêté attaqué ne peut pas être regardé comme portant au droit de Mme A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le préfet du Pas-de-Calais n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
11. En dernier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
12. Il résulte de ce qui a été dit plus haut que l'arrêté attaqué n'a ni pour objet ni pour effet de séparer Mme A de ses trois enfants mineurs. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté en litige méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.
13. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est fondée à demander l'annulation ni de la décision implicite de rejet ni de l'arrêté du 10 juin 2022. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions relatives à l'injonction et celles concernant les frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2204033 et n° 2205171 présentées par Mme A épouse C sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A épouse C, à Me Tourbier et au préfet du Pas-de-Calais.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Riou, président,
M. Fougères, premier conseiller,
Mme Bruneau, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2022.
La rapporteure,
signé
M. Bruneau
Le président,
signé
J.-M. Riou
La greffière,
signé
J. Vandewyngaerde
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
2, 2205171
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026