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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2204098

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2204098

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2204098
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCADOUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 1er juin 2022, 25 septembre 2023, et 27 octobre 2023, Mme B C, représentée par Me Lacherie, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision en date du 7 avril 2022 par laquelle la directrice par intérim de l'établissement public de santé mentale Val de Lys-Artois a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de la maladie constatée le 20 avril 2020 ;

2°) d'enjoindre à l'établissement public de santé mentale Val de Lys-Artois de reconnaître l'imputabilité au service de la maladie constatée le 20 avril 2020, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder à une nouvelle instruction de sa demande et de statuer sur celle-ci, dans le délai de quatre mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'établissement public de santé mentale Val de Lys-Artois la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, en l'absence d'avis préalable du comité médical, en méconnaissance des dispositions de l'article 35-6 du décret du 19 avril 1988, relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière ;

- elle peut se prévaloir de la présomption d'imputabilité au service de sa maladie, qui répond aux critères posés par le tableau des maladies professionnelles n° 100 annexé au livre IV du code de la sécurité sociale ;

- à titre subsidiaire, la décision est entachée d'une erreur de droit en ce que le taux d'incapacité de 25 % mentionné au IV de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 a été inséré par le décret n° 2020-566 du 13 mai 2020, qui est intervenu postérieurement à la date de diagnostic de sa maladie ;

- le taux d'incapacité de 5 % retenu par les experts n'est pas probant pour ne prendre en compte que ses difficultés respiratoires.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2023, l'établissement public de santé mentale Val de Lys-Artois, représenté par Me Cadoux, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de Mme C le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 5 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 janvier 2024.

En application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, l'instruction a été rouverte pour les éléments demandés en vue de compléter l'instruction par lettre du 11 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- l'ordonnance n° 2020-1447 du 25 novembre 2020 ;

- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 ;

- le décret n° 2020-566 du 13 mai 2020 ;

- le décret n° 2020-1131 du 14 septembre 2020 ;

- le décret n° 2022-353 du 11 mars 2022 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Courtois,

- les conclusions de M. Huguen, rapporteur public,

- les observations de Me Lacherie, avocat de Mme C,

- et les observations de Me Cadoux, avocat de l'établissement public de santé mentale Val de Lys-Artois.

Une note en délibéré, enregistrée le 19 juin 2024, a été présentée pour Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, infirmière à l'établissement public de santé mentale (EPSM) Val de Lys-Artois, demande au tribunal d'annuler la décision en date du 7 avril 2022 par laquelle la directrice par intérim de cet établissement a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de sa maladie.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 2 de l'ordonnance du 25 novembre 2020, portant diverses mesures en matière de santé et de famille dans la fonction publique : " I. - Après l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 susvisée, il est inséré un article 21 ter ainsi rédigé : / " Art. 21 ter.- Lorsque l'octroi d'un congé mentionné aux articles () ou 21 bis résulte de la situation de santé du fonctionnaire, un conseil médical est saisi pour avis dans les cas déterminés par un décret en Conseil d'Etat qui fixe également les modalités d'organisation et de fonctionnement de ce conseil. / () / III. - Le troisième alinéa du 2° de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée est supprimé ". Aux termes de l'article 13 de cette ordonnance : " I. - L'article 2 de la présente ordonnance entre en vigueur le 1er février 2022 / () ". Aux termes de l'article 14 de la même ordonnance : " II. - Les avis rendus par les comités médicaux et les commissions de réforme avant la date d'entrée en vigueur des dispositions de l'article 2 sont réputés être des avis rendus par les conseils médicaux mentionnés à cet article ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 43 du décret du 11 mars 2022, relatif aux conseils médicaux dans la fonction publique hospitalière, entré en vigueur rétroactivement au 1er février 2022 : " I. - Les médecins agréés membres de comités médicaux et de commissions de réforme à la date d'entrée en vigueur du présent décret siègent en tant que médecins membres des conseils médicaux pour la durée restante de leur mandat et, au plus tard, jusqu'au 30 juin 2022. La présidence de ces conseils est assurée jusqu'au 30 juin 2022 par le président du comité médical ou, à défaut, par le plus âgé des médecins présents. / II. - Les représentants du personnel aux commissions de réforme départementales constituées en application de l'article 31 du décret du 26 décembre 2003 susvisé, dans sa rédaction antérieure au décret n° 2022-350 du 11 mars 2022 relatif aux conseils médicaux dans la fonction publique territoriale, conservent leurs attributions jusqu'à la première application des dispositions de l'article 5-1 du décret du décret du 19 avril 1988 susvisé, dans sa rédaction issue du présent décret, et, au plus tard, jusqu'au 1er juillet 2023. / III. - Les avis demandés aux comités médicaux et commissions de réforme avant la date d'entrée en vigueur du présent décret et qui n'ont pas été rendus avant cette date sont valablement rendus par les conseils médicaux ". Par ailleurs, aux termes de l'article 7-1 du décret du 19 avril 1988, relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière : " Les conseils médicaux en formation plénière statuant sur le cas de fonctionnaires auxquels s'appliquent les dispositions du présent décret sont saisis en application : / 1° Des articles 35-6 et 35-8 du présent décret ; / () ". Aux termes de l'article 35-6 de ce décret : " Le conseil médical est consulté : / () / 3° Lorsque l'affection résulte d'une maladie contractée en service telle que définie au IV de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 susvisée dans les cas où les conditions prévues au premier alinéa du même IV ne sont pas remplies ".

4. Il ressort des pièces du dossier que l'EPSM Val de Lys-Artois, saisi le 17 août 2020 d'une demande de Mme C tendant à la reconnaissance de l'imputabilité au service de sa pathologie constatée le 20 avril 2020, a saisi la commission de réforme pour avis le 23 décembre 2021. Celle-ci a rendu un avis défavorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service lors de sa séance du 25 février 2022, à laquelle siégeaient le président, deux médecins membres et deux délégués du personnel. Si Mme C conteste la régularité de cet avis au motif qu'il a été rendu par une commission de réforme et non par un conseil médical, il résulte des dispositions transitoires précitées de l'ordonnance du 25 novembre 2020 et du décret du 11 mars 2022 susvisés qu'il doit être réputé rendu par un conseil médical. En tout état de cause, Mme C ne conteste pas la circonstance que la commission de réforme a rendu son avis le 25 février 2022 dans une composition identique à celle du conseil médical siégeant en formation plénière, de sorte qu'elle n'a été privée d'aucune garantie et que l'irrégularité alléguée n'a pas été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision du 7 avril 2022 de la directrice par intérim de l'EPSM Val de Lys-Artois a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière doit être écarté.

5. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983, portant droits et obligations des fonctionnaires : " IV.- Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. / Si une ou plusieurs conditions tenant au délai de prise en charge, à la durée d'exposition ou à la liste limitative des travaux ne sont pas remplies, la maladie telle qu'elle est désignée par un tableau peut être reconnue imputable au service lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est directement causée par l'exercice des fonctions. / Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat ". Ce taux d'incapacité permanente est celui prévu à l'article R. 461-8 du code de la sécurité sociale, soit 25 %, aux termes de l'article 35-8 du décret du 19 avril 1988, relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière, dans sa rédaction issue du décret du 13 mai 2020, relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service dans la fonction publique hospitalière.

6. L'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 n'est entré en vigueur, en tant qu'il s'applique à la fonction publique hospitalière, qu'à la date d'entrée en vigueur, le 16 mai 2020, du décret du 13 mai 2020, par lequel le pouvoir réglementaire a pris les dispositions réglementaires nécessaires pour cette fonction publique et dont l'intervention était, au demeurant, prévue, sous forme de décret en Conseil d'Etat, par le VI de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 résultant de l'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017. Il en résulte que l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 dans sa rédaction antérieure à celle résultant de l'ordonnance du 19 janvier 2017 est demeuré applicable jusqu'à l'entrée en vigueur du décret du 13 mai 2020. Il résulte des dispositions transitoires figurant à l'article 16 du décret du 13 mai 2020 que les conditions de forme et de délai prévues aux articles 35-2 à 35-7 du décret du 19 avril 1988, dans sa rédaction issue du décret du 13 mai 2020, sont uniquement applicables, d'une part, aux demandes de prolongation d'un congé pour accident de service, ou pour maladie imputable au service, pour une période débutant après le 16 mai 2020 et, d'autre part, aux demandes initiales de congé pour invalidité temporaire imputable au service motivées par un accident ou une maladie dont la déclaration a été déposée après cette date.

7. D'autre part, en vertu de l'article 1er du décret du 14 septembre 2020, relatif à la reconnaissance en maladies professionnelles des pathologies liées à une infection au SARS-CoV2, a été inséré après le tableau n° 99 annexé au livre IV du code de la sécurité sociale, un tableau n° 100 intitulé " affections respiratoires aigües liées à une infection au SARS-CoV2 ", désignant les " affections respiratoires aiguës causées par une infection au SARS-CoV2, confirmée par examen biologique ou scanner ou, à défaut, par une histoire clinique documentée (compte rendu d'hospitalisation, documents médicaux) et ayant nécessité une oxygénothérapie ou toute autre forme d'assistance ventilatoire, attestée par des comptes rendus médicaux, ou ayant entraîné le décès ", fixant un délai de prise en charge de quatorze jours et visant notamment dans la liste limitative des travaux susceptibles de provoquer ces maladies tous travaux accomplis en présentiel par le personnel de soins au sein des établissements hospitaliers.

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme C a demandé le 17 août 2020 à l'établissement public de santé mentale Val de Lys-Artois la reconnaissance de l'imputabilité au service de la Covid-19, dont la première constatation médicale date du 20 avril 2020. Par suite, les dispositions précitées de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 précitée lui sont applicables. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment des divers certificats médicaux produits par la requérante, dont celui du docteur D du 9 juin 2021, que l'affection respiratoire au SARS-CoV2 qu'a présentée Mme C n'a pas nécessité une oxygénothérapie ou toute autre forme d'assistance ventilatoire, attestée par des comptes rendus médicaux. La circonstance que le traitement de son syndrome d'apnée du sommeil sévère, dont il n'est au demeurant pas établi qu'il serait une conséquence de l'affection respiratoire au SARS-CoV2, nécessiterait un appareil de ventilation autopiloté est à cet égard sans incidence. Par suite, et ainsi que l'a relevé la commission de réforme dans son avis du 25 février 2022, Mme C ne peut se prévaloir de la présomption d'imputabilité au service de la maladie figurant au tableau n° 100 des maladies professionnelles.

9. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 5 et 6 que Mme C, au regard de la date de déclaration de sa maladie à son employeur, n'est pas fondée à soutenir que les dispositions de l'article 35-8 du décret du 19 avril 1988 susvisé, dans sa rédaction issue du décret du 13 mai 2020 susvisé, n'étaient pas applicables et, par suite, que l'EPSM Val de Lys-Artois a commis une erreur de droit en refusant de reconnaître l'imputabilité au service de sa maladie au motif que sa maladie n'entraînait pas une incapacité permanente à un taux au moins égal à 25 %.

10. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que les docteurs Watrignant et Clais ont retenu dans leurs expertises un taux d'incapacité permanente de 5 %, compte tenu des épreuves fonctionnelles respiratoires et d'un syndrome d'hyperventilation dû à un dérèglement post-Covid. La commission de réforme, dans son avis du 25 février 2022, a quant à elle retenu un taux d'incapacité permanente de 3 %. Si Mme C soutient que ces expertises n'ont pas pris en compte son état psychique, tel qu'il ressort des certificats médicaux et de l'expertise du docteur A du 28 septembre 2021 qu'elle verse aux débats, ces éléments, ainsi que la documentation générale quant aux différents symptômes causés par une infection à la Covid-19, ne permettent pas d'établir un lien de causalité certain entre son état psychique et la pathologie dont elle demande la reconnaissance de l'imputabilité au service et, en tout état de cause, ne permettent pas de déterminer que son affection au SARS-CoV2 entraîne une incapacité permanente à un taux au moins égal à 25 %. Par suite, Mme C ne peut être regardée comme rapportant la preuve de l'imputabilité au service de son infection à la Covid-19.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision en date du 7 avril 2022 par laquelle la directrice par intérim de l'établissement public de santé mentale Val de Lys-Artois a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de sa maladie. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'EPSM Val de Lys-Artois, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par Mme C au titre des frais qu'elle a exposés. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme C la somme demandée par l'EPSM Val de Lys-Artois au même titre.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par l'établissement public de santé mentale Val de Lys-Artois au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et à l'établissement public de santé mentale Val de Lys-Artois.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Lemaire, président,

- Mme Courtois, première conseillère,

- Mme Célino, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

La rapporteure,

Signé

C. COURTOISLe président,

Signé

O. LEMAIRE

La greffière,

Signé

S. RANWEZ

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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