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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2204264

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2204264

vendredi 27 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2204264
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantGOEMINNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 juin 2022, Mme C D épouse G, représentée par Me Goeminne, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er février 2022 par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " retraité " ou " vie privée et familiale " ;

2°) d'enjoindre le préfet du Nord de lui délivrer une carte de séjour temporaire, et ce sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir, en application des dispositions des articles L. 911-1 et L. 911-3 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ainsi que la somme de 2 000 euros à verser à son avocat, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat, au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, en cas de refus d'accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle, verser la somme de 2 000 euros au requérant sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision attaquée :

- est entachée d'incompétence ;

- est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié et celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 7 ter de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 novembre 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme D épouse G a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 mai 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Lille.

Par ordonnance du 20 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Jouanneau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D épouse G, ressortissante algérienne née le 11 octobre 1940, est entrée en France le 26 février 2018 munie de son passeport revêtu d'un visa de type " C " à entrées multiples en cours de validité. Par une demande reçue par la préfecture du Nord le 8 décembre 2021, elle a sollicité la délivrance d'un premier certificat de résidence algérien portant la mention " retraité " ou " vie privée et familiale ". Mme D épouse G demande au tribunal d'annuler la décision du 1er février 2022 par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité.

2. En premier lieu, par un arrêté du 30 septembre 2021, publié le même jour au recueil n° 225 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à Mme A B, directrice de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer, notamment, les décisions portant refus de titre de séjour. L'article 4 de ce même arrêté confère à Mme F E, directrice adjointe de l'immigration et de l'intégration, signataire de l'arrêté en litige, subdélégation en cas d'absence ou d'empêchement de Mme A B. Il n'est pas établi que Mme A B n'aurait pas été absente ou empêchée lors de la signature de la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Elle vise ainsi l'article 7 ter de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et mentionne que la requérante, qui a résidé en Algérie jusqu'à l'âge de 69 ans, est entrée sur le sol français le 26 février 2018 et que ses liens personnels et familiaux ne peuvent être considérés comme particulièrement intenses sur le territoire français. Ces considérations sont suffisamment développées pour mettre utilement l'intéressée en mesure de discuter les motifs de cette décision. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme D épouse G, dont le mari serait décédé en 2004 d'après ses déclarations, a rejoint le territoire français le 26 février 2018, date à laquelle ses deux enfants majeurs y résidaient régulièrement. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier et, plus particulièrement, des pièces versées par le préfet du Nord, que Mme D épouse G réside chez une nièce, ce qu'elle ne conteste pas. Par ailleurs, la requérante n'est pas dépourvue d'attaches en Algérie où elle a vécu jusqu'à l'âge de 69 ans, ayant résidé en France moins de cinq ans à la date de la décision en litige. Enfin, si elle indique avoir réalisé plusieurs trajets aller-retour entre les territoires algérien et français sous couvert de deux visas de type " C " à entrées multiples, respectivement valables du 1er mai au 25 octobre 2015 et du 15 avril au 15 septembre 2017, elle ne démontre pas l'intensité de ses contacts avec ses enfants en France ni l'impossibilité dans laquelle ils se trouveraient de lui rendre visite en Algérie. Dès lors, elle ne démontre pas que la décision attaquée du préfet du Nord lui refusant la délivrance d'un titre de séjour aurait porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 7 ter de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le ressortissant algérien, qui, après avoir résidé en France sous couvert d'un certificat de résidence valable dix ans, a établi ou établit sa résidence habituelle hors de France et qui est titulaire d'une pension contributive de vieillesse, de droit propre ou de droit dérivé, liquidée au titre d'un régime de base français de sécurité sociale, bénéficie, à sa demande, d'un certificat de résidence valable dix ans portant la mention "retraité. Ce certificat lui permet d'entrer à tout moment sur le territoire français pour y effectuer des séjours n'excédant pas un an. Il est renouvelé de plein droit. Il n'ouvre pas droit à l'exercice d'une activité professionnelle ".

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme D épouse G, qui n'établit pas ni même n'allègue avoir résidé en France sous couvert d'un certificat de résidence valable dix ans, ne remplit pas les conditions de délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " retraité ". Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 7 ter l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 doit être écarté.

9. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 et 8, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation de Mme D épouse G doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du 1er février 2022 par laquelle le préfet du Nord a rejeté la demande de titre de séjour de Mme D épouse G doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, celles présentées sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative et celles présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D épouse G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D épouse G, à Me Goeminne et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Paganel, président,

Mme Barre, conseillère,

M. Jouanneau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

S. JOUANNEAU

Le président,

Signé

M. PAGANEL La greffière,

Signé

D. WISNIEWSKI

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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