mardi 4 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2204327 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | BERTHE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 9 juin et le 28 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Berthe, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 juin 2022 par lequel le préfet du Pas-de-Calais lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français pour une période de trois ans ;
2°) d'enjoindre à l'administration de l'admettre provisoirement au séjour et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- il appartient au préfet d'établir la compétence du signataire de la décision attaquée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation ;
- elle a été prise en violation des dispositions du 5 ° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est détenteur d'un récépissé et qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- elle a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- il appartient au préfet d'établir la compétence du signataire de la décision attaquée ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le
territoire ;
- elle a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde
des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences
sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
La requête a été communiquée le 31 mai 2022 au préfet du Pas-de-Calais, qui a produit des pièces, lesquelles n'ont pas été communiquées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- et les observations de Me Berthe, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant algérien né le 4 mai 1992 à Mohammadia, déclare être entré en France en 2010. Il a obtenu, le 23 septembre 2015, un premier certificat de résidence algérien mention " vie privée et familiale " renouvelé jusqu'au 13 octobre 2021. Entre temps, par jugement du 28 avril 2016, le tribunal correctionnel de Vesoul l'a condamné à deux ans d'emprisonnement pour infraction à la législation sur les stupéfiants, et par jugement du 13 février 2018 le tribunal correctionnel de Lille l'a condamné à quatre mois d'emprisonnement pour transport sans motif légitime d'arme, munition ou élément essentiel de catégorie B. En février 2021, il a été placé sous mandat de dépôt par le juge des libertés et de la détention de Lille et incarcéré à la maison d'arrêt de Bethune. M. B a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Un récépissé de demande de titre de séjour lui a été délivré par la préfecture du Pas-de-Calais, valable du 4 décembre 2021 au 3 juin 2022 dont il a sollicité le renouvellement le 3 mai 2022. Le 23 novembre 2021, il a été de nouveau condamné par le tribunal correctionnel de Lille à trente mois d'emprisonnement pour vol aggravé et participation à association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni d'au moins cinq ans d'emprisonnement. Le préfet du Pas-de-Calais, estimant que son comportement constituait une menace pour l'ordre public, par un arrêté du 9 juin 2022, lui a fait obligation de quitter le territoire français sur le fondement des dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de trois ans. M. B, incarcéré à la maison d'arrêt de Bethune, demande l'annulation de ces décisions lui faisant obligation de quitter le territoire et interdiction de retour sur le territoire français pour une période de trois ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 5o Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".
3. Pour prononcer à l'encontre de M. B une obligation de quitter le territoire français, le préfet du Pas-de-Calais indique, dans son arrêté du 9 juin 2022, que celui-ci constitue une menace pour l'ordre public au sens du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
4. Le seul dépôt d'une demande de titre de séjour ne saurait faire obstacle à ce que l'autorité administrative décide de faire obligation à un étranger qui se trouve dans l'un des cas mentionnés à l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la circonstance qu'un récépissé ou une autorisation provisoire de séjour a été délivré à l'intéressé pendant la durée d'instruction de cette demande de titre de séjour ne saurait davantage faire obstacle à l'édiction d'une mesure d'éloignement. Il ne saurait en aller autrement que lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à l'intéressé.
5. En l'espèce, le préfet du Pas-de-Calais mentionne dans l'arrêté contesté que le titre de séjour de l'intéressé est expiré ainsi que, depuis le 3 juin 2022, le récépissé de sa carte de séjour. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant a déposé une demande de renouvellement de son certificat de résidence algérien " vie privée et familiale " et qu'un récépissé de demande de titre de séjour lui a été délivré par la préfecture du Pas-de-Calais, valable du 4 décembre 2021 au 3 juin 2022. M. B a, le 3 mai 2022, saisi les services de l'Etat par voie électronique afin de solliciter le renouvellement de ce récépissé. Par suite, il incombait à l'autorité administrative de statuer sur la demande qui lui était faite avant de décider d'obliger M. B à quitter le territoire français, alors même qu'il était loisible au préfet de considérer que le requérant constituait une menace à l'ordre public eu égard à son parcours pénal. Or la décision litigieuse portant obligation de quitter le territoire ne se prononce pas sur cette demande. Par ailleurs, l'intéressé ne se trouve pas dans la situation prévue au 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il réside régulièrement en France depuis plus de trois mois. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que cette décision est entachée d'un défaut d'examen complet de sa demande et de sa situation.
6. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la décision du 9 juin 2022 par laquelle le préfet du Pas-de-Calais a fait obligation à M. B de quitter sans délai le territoire français, doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, la décision portant interdiction de retour sur le territoire d'une durée de trois ans.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
7. A la suite de l'annulation d'une mesure d'éloignement et non d'un refus de séjour, il incombe seulement au préfet, en application des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de munir l'intéressé d'une autorisation provisoire de séjour et de se prononcer sur son droit à un titre de séjour. L'exécution du présent jugement implique donc nécessairement d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de munir M. B d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas et de fixer à deux mois le délai dans lequel il devra prendre une décision sur son droit au séjour en France. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 9 juin 2022 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a fait obligation à M. B de quitter sans délai le territoire français, fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Pas-de-Calais de procéder au réexamen de la situation de M. B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de ce réexamen.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet du Pas-de-Calais et à Me Berthe.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
- Mme Féménia, présidente,
- M. Bourgau, premier conseiller,
- M. Horn, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2022.
La présidente, rapporteure,
Signé
J. FEMENIAL'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
Signé
T. BOURGAU
La greffière,
Signé
C. KUREK
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026