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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2204332

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2204332

vendredi 19 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2204332
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantGOEMINNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 juin 2022, M. B E A, représenté par Me Goeminne, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 avril 2022 par laquelle le préfet du Nord lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une carte de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle dès lors que le préfet du Nord n'a pas examiné la possibilité de régulariser sa situation au regard des critères de la circulaire Valls ;

- elle méconnait les stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 novembre 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnait la circulaire Valls du 28 novembre 2012 est inopérant ;

- les autres moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Barre a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 25 décembre 1985, a sollicité le 4 avril 2022 son admission exceptionnelle au séjour. Par une décision du 5 avril 2022, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet du Nord a rejeté cette demande.

2. En premier lieu, par un arrêté du 30 septembre 2021, publié le même jour au recueil n° 225 des actes administratifs de l'Etat dans le département, le préfet du Nord a donné délégation à Mme D C, adjointe à la directrice de l'immigration et de l'intégration, signataire de l'arrêté en litige, à l'effet de signer notamment la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision litigieuse, qui manque en fait, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté mentionne tant les circonstances de fait que de droit sur lesquelles le préfet du Nord s'est fondé pour édicter la décision refusant au requérant un titre de séjour. Elle est ainsi suffisamment motivée pour l'application des dispositions des articles L.211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et le moyen afférent doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, qui précise que M. A ne fait état d'aucun motif exceptionnel au séjour, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. A, notamment la possibilité de faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, avant l'édiction de la décision attaquée. Le moyen doit, par suite, être écarté.

5. En quatrième lieu, M. A ne peut utilement se prévaloir des critères énoncés par la circulaire du 28 novembre 2012 dite " Valls ", laquelle ne fixe que des orientations générales à destination des préfets pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation de la situation d'un ressortissant étranger en situation irrégulière.

6. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / () / 5 au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".

7. Si M. A soutient qu'il remplit les conditions prévues au 5° de l'article 6 l'accord franco-algérien susvisé, il ressort des pièces du dossier qu'il n'a pas demandé de titre de séjour sur le fondement de ces stipulations. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

8. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Si M. A soutient qu'il réside en France depuis 2015 et qu'il y a travaillé pendant huit mois, il ne se prévaut d'aucune attache familiale sur le territoire français et n'allègue pas en être dépourvu dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le préfet du Nord a pu, sans porter au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquelles la décision attaquée a été prise, ni commettre une erreur manifeste d'appréciation, refuser de lui délivrer un titre de séjour. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E A et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Paganel, président,

Mme Célino, première conseillère,

Mme Barre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2024.

La rapporteure,

Signé

C. BARRE

Le président,

Signé

M. PAGANEL La greffière,

Signé

A. BEGUE

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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