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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2204418

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2204418

lundi 9 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2204418
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSARHANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 14 et 29 juin 2022, Mme E D B, représentée par Me Sarhane, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 mai 2022 par lequel le préfet du Nord a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou à défaut de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur les moyens communs aux décisions de refus de séjour et portant obligation de quitter le territoire français :

- ces décisions sont entachées d'incompétence ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles méconnaissent l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile eu égard au caractère réel et sérieux des études qu'elle poursuit ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale.

Par un mémoire enregistré le 20 juin 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il sollicite une substitution de base légale, la situation de Mme D B relevant des stipulations de l'article 9 de la convention du 1er août 1995 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République du Sénégal relative à la circulation et au séjour des personnes et non des dispositions de 1'article L. 422 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention relative à la circulation et au séjour des personnes entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République du Bénin du 21 décembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante béninoise née le 15 mai 2000, a obtenu un visa de type " D " portant la mention " étudiant " valable du 8 octobre 2020 au 8 octobre 2021. Elle a sollicité, le 25 septembre 2021, un titre de séjour en qualité d'étudiante. Par un arrêté du 5 mai 2022, le préfet du Nord a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée. Par la requête susvisée, Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 août 2022. Il n'y a pas lieu, par suite, de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article 9 de la convention franco-béninoise du 21 décembre 1992 : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre État doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants () ". L'article 14 de la même convention stipule que " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation respective des deux Etats sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par la convention ". Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an () ".

4. En premier lieu, s'agissant d'un point traité par la convention franco-béninoise du 21 décembre 1992, le préfet du Nord ne pouvait fonder sa décision de refus de titre de séjour sur les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives au séjour des étrangers qui suivent en France un enseignement. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. En l'espèce, la décision attaquée trouve son fondement légal dans les stipulations de l'article 9 de la convention franco-béninoise susvisée, qui peuvent être substituées aux dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que les stipulations et dispositions en cause sont équivalentes, que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'un ou l'autre de ces deux textes et que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressée d'aucune garantie.

5. En second lieu, il appartient au préfet, saisi d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour " étudiant " émanant d'un ressortissant béninois, d'apprécier si les études poursuivies par le demandeur présentent un caractère réel et sérieux.

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme B s'est inscrite à une formation en cuisine gastronomique qui s'est déroulée entre les mois d'avril et novembre 2022 au sein de l'institut " Chef et Wine ". La circonstance que cette formation n'est pas validée par un diplôme reconnu par l'Education nationale ne pouvait, à elle seule, justifier du refus de délivrance d'une carte de séjour " étudiant " dès lors que les dispositions précitées de la convention franco-béninoise ne subordonnent pas la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " à l'inscription de l'étranger dans un établissement délivrant un diplôme reconnu par l'Etat. Par ailleurs, à la date de l'arrêté attaqué, Mme B ne comptait qu'un seul échec dans son parcours académique, l'intéressée ayant échoué aux examens de troisième année de licence mention " management, gestion, finances et commerce " à l'issue de l'année universitaire 2020-2021. Sa réorientation vers une formation culinaire après cet échec n'est en outre pas incohérente au regard de son projet professionnel et de ses précédentes expériences en tant que commis de cuisine au sein du restaurant que possède sa mère dans son pays d'origine. Dans ces conditions, en refusant de délivrer à Mme B un titre de séjour en qualité d'étudiant au motif qu'elle ne justifiait pas du caractère réel et sérieux de ses études, le préfet du Nord a fait une inexacte application des stipulations précitées de la convention franco-béninoise du 21 décembre 1992.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 5 mai 2022 par laquelle le préfet du Nord a refusé de délivrer à Mme B un titre de séjour portant la mention " étudiant " doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions par lesquelles il l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. En l'espèce, Mme B ne justifie pas avoir poursuivi son cursus postérieurement à l'achèvement de sa formation au mois de novembre 2022. Par suite, l'exécution du présent jugement implique seulement que le préfet du Nord réexamine, au regard des circonstances de droit et de fait existantes à la date de sa nouvelle décision, la demande de titre de séjour portant la mention " étudiant " de Mme B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, munisse sans délai l'intéressée d'une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais liés au litige :

9. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Sarhane, avocate de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à charge de l'Etat le versement à Me Sarhane de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 5 mai 2022 du préfet du Nord est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour portant la mention " étudiant " de Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de la munir sans délai d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Me Sarhane une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Sarhane renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme E D B, à Me Sarhane et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Chevaldonnet, président,

- M. Liénard, conseiller,

- Mme Leclère, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2023.

Le rapporteur,

Signé

Q. LIENARD

Le président,

Signé

B. CHEVALDONNET

La greffière,

Signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet du Nord ce en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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