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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2204519

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2204519

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2204519
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMEHTIYEVA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 juin 2022, Mme C D, représentée par Me Mehtiyeva, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 3 juin 2022 par laquelle le préfet du Nord a décidé son transfert aux autorités espagnoles ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions des articles 7 à 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- elle viole les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B en application de l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gouriou, magistrat désigné ;

- les observations de M. Biais, avocat stagiaire, assisté de Me Karila, substituant Me Mehtiyeva, représentant Mme D, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- le préfet du Nord n'étant ni présent, ni représenté ;

- Mme D n'étant ni présente, ni représentée.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

1 En premier lieu, la décision attaquée, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des circonstances de fait de l'espèce, énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Elle vise notamment les règlements n° 603/2013 et n° 604/2013 du 26 juin 2013, les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles L. 571-1 et L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet mentionne que Mme D a été identifiée dans la base Eurodac en tant que demandeur d'asile, en Espagne, le 12 juillet 2019. Le préfet indique que l'Espagne, premier Etat membre traversé par la requérante et dans lequel elle a demandé l'asile est responsable du traitement de la demande d'asile en application des dispositions de l'article 3 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013. Le préfet indique que, le 12 mai 2022, l'Espagne a confirmé son accord pour assumer ses obligations. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

2 En deuxième lieu, la requérante soutient que la décision attaquée méconnaît les articles 7 à 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 au motif qu'un changement appréciable de sa situation survenu depuis son entrée sur le territoire de l'Union européenne " confère un fondement nouveau à sa demande d'asile, de manière à rendre inopposable son entrée " en Espagne. Toutefois, d'une part, les articles 7 à 15 du règlement précité ne trouvent à s'appliquer qu'au moment où le demandeur d'asile introduit sa demande de protection internationale pour la première fois auprès d'un Etat membre. Au cas d'espèce, ces articles ont eu vocation à s'appliquer à la date du 12 juillet 2019. Dès lors, la requérante ne peut pas se prévaloir utilement de ces dispositions. D'autre part, l'article 16 du règlement du 26 juin 2013 vise la situation des personnes à charge, situation dont ne relève pas la requérante. L'article 17 du même règlement est relatif à l'application des clauses discrétionnaires permettant à un Etat de devenir Etat membre responsable du traitement d'une demande d'asile alors même que cette qualité était rattachée à un autre Etat. La faculté laissée à chaque Etat membre, par l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 précité, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

3 Si Mme D invoque des circonstances nouvelles relatives aux risques encourus en cas de retour en Russie, de telles circonstances ne justifient pas que la situation de l'intéressée nécessite que la France décide de conserver l'examen de la demande d'asile de Mme D. Ces circonstances nouvelles ont pour effet de permettre aux autorités espagnoles de réexaminer la demande d'asile de la requérante. Par suite, Mme D n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles 7 à 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013.

4 En dernier lieu, aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. La mort ne peut être infligée à quiconque intentionnellement, sauf en exécution d'une sentence capitale prononcée par un tribunal au cas où le délit est puni de cette peine par la loi. () ". Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

5 La requérante soutient qu'elle encourt des risques en cas de renvoi en Espagne en raison des menaces qu'elle a récemment reçues. Toutefois, elle n'établit pas que les autorités espagnoles ne seraient pas en état d'assurer sa protection, autorités dont Mme D ne démontre pas ni même ne soutient avoir demandé la protection au regard de ces dernières menaces. Par ailleurs, la décision contestée n'a ni pour objet ni pour effet de renvoyer l'intéressée dans son pays d'origine mais seulement de le remettre aux autorités espagnoles responsables de sa demande d'asile. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que Mme D ne serait pas en mesure de faire valoir auprès des autorités espagnoles tous les éléments nouveaux relatifs à l'évolution de sa situation personnelle et à la situation qui prévaut dans son pays, ni que les autorités espagnoles n'évalueront pas d'office les risques réels de mauvais traitements auxquels elle serait exposée en cas de renvoi dans son pays d'origine. La requérante, au demeurant, ne justifie pas avoir fait l'objet d'une mesure d'éloignement de la part des autorités espagnoles ni avoir épuisé toutes les formes de recours contre une telle mesure. Par suite, les moyens tirés de la violation des stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

6 Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant transfert aux autorités espagnoles doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7 Ces dispositions font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le remboursement d'une somme au titre des frais exposés par Mme D et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et au préfet du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

P. BLa greffière,

Signé

M. A

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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