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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2204554

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2204554

vendredi 12 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2204554
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formationjuge unique (7)
Avocat requérantMAHIEU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 juin 2022 et le 13 janvier 2023, Mme C veuve A, représentée par Me Sedlak, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur du centre hospitalier de Sambre-Avesnois a refusé de lui communiquer l'intégralité du dossier médical de son époux décédé ;

2°) d'enjoindre au directeur du centre hospitalier de Sambre-Avesnois de lui communiquer l'intégralité du dossier médical de son époux, et notamment les comptes rendus des soins infirmiers réalisés lors de son hospitalisation dans le service de gastro-entérologie, les documents relatifs à son transfert au sein de l'unité de surveillance continue adultes (USCA) ainsi que les transmissions infirmières au sein de ce service, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Sambre-Avesnois les entiers dépens ainsi que la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il appartient au centre hospitalier de Sambre-Avesnois de lui communiquer, en tant qu'ayant droit, l'intégralité du dossier médical de son époux décédé dans cet établissement le 20 septembre 2021 ;

- c'est à tort que le centre hospitalier de Sambre-Avesnois ne lui a pas communiqué l'intégralité du dossier médical de son époux ;

- la communication de l'intégralité du dossier médical est nécessaire pour lui permettre de connaître les causes du décès de son époux ;

- la décision en litige méconnaît la législation relative à la communication de documents administratifs.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 décembre 2022, le centre hospitalier de Sambre - Avesnois, représenté par Me Mahieu, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de Mme B veuve A la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 2 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 2 novembre 2023 à 12h00.

Par courrier en date du 1er mars 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité partielle des conclusions à fin d'annulation et d'injonction sous astreinte présentées par Mme B veuve A en raison de la communication par le centre hospitalier de Sambre-Avesnois d'une partie des éléments du dossier médical de l'époux de la requérante avant l'enregistrement de la requête.

Par un mémoire, enregistré le 5 mars 2024, Mme B, représentée par Me Sedlak, a présenté des observations en réponse au moyen soulevé d'office.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Paganel en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 29 mars 2024 :

- le rapport de M. Paganel, magistrat désigné ;

- les conclusions de Mme Dang, rapporteure publique ;

- les observations de Me Mahieu, avocat représentant le centre hospitalier de Sambre - Avesnois.

Considérant ce qui suit :

1. Le 30 septembre 2021, Mme C veuve A sollicitait auprès du directeur du centre hospitalier de Sambre-Avesnois la communication de l'intégralité des documents constituant le dossier médical de son époux décédé le 20 septembre 2021 au sein de cet établissement. Par un courrier du 7 octobre 2021, réceptionné le 9 octobre 2021, le directeur du centre hospitalier de Sambre-Avesnois a communiqué à l'intéressée les documents médicaux qu'il estimait nécessaires à la connaissance des causes du décès de M. A. Estimant que cette communication était incomplète, Mme B a de nouveau sollicité, par un courrier du 29 décembre 2021 réceptionné par le centre hospitalier de Sambre-Avesnois le lendemain, la communication de l'intégralité du dossier médical de son époux. En l'absence de réponse de l'administration, Mme B a saisi le 23 février 2022 la commission d'accès aux documents administratifs (CADA) qui, le 14 avril 2022, a émis à un avis favorable, sous certaines réserves, à la communication du dossier médical. Mme B demande l'annulation de la décision, née deux mois après la saisine de la CADA, laquelle rend un avis qui ne fait pas en lui-même grief, qui s'est substituée à la décision initiale de refus de communication, par laquelle le centre hospitalier de Sambre-Avesnois s'est implicitement prononcé sur sa demande et l'a, de nouveau, rejetée.

Sur la recevabilité des conclusions de la requête :

2. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier en date du 7 octobre 2021 réceptionné le 9 octobre 2021, soit avant l'enregistrement de la requête, le centre hospitalier de Sambre-Avesnois a transmis à Mme B veuve A la copie du courrier en date du 17 septembre 2021 relatif au transfert au sein de l'unité de gastro-entérologie de Maubeuge, du compte-rendu du scanner abdomino-pelvien réalisé le 20 septembre 2021, des résultats des bilans sanguins réalisés les 18 et 19 septembre 2021, du rapport établi par un médecin de l'USCA du centre hospitalier de Sambre-Avesnois le 21 septembre 2021, du courrier du 22 septembre 2021 relatif à l'hospitalisation de M. A pendant la période du 17 septembre 2021 au 20 septembre 2021. Par suite, les conclusions à fin d'annulation et d'injonction présentées à cette fin sont sans objet et sont, dès lors que cette communication a été faite avant l'enregistrement de la requête, irrecevables.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

3. Aux termes de l'article L. 300-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Sont considérés comme documents administratifs, (), quels que soient leur date, leur lieu de conservation, leur forme et leur support, les documents produits ou reçus, dans le cadre de leur mission de service public, par l'Etat, les collectivités territoriales ainsi que par les autres personnes de droit public (). Constituent de tels documents notamment les dossiers, rapports, études, comptes rendus, procès-verbaux, statistiques, instructions, circulaires, notes et réponses ministérielles, correspondances, avis, prévisions, codes sources et décisions ". Aux termes de l'article L. 311-1 du même code : " Sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sont tenues de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues par le présent livre. ". Aux termes de l'article L. 311-6 du même code : " Les informations à caractère médical sont communiquées à l'intéressé, selon son choix, directement ou par l'intermédiaire d'un médecin qu'il désigne à cet effet, dans le respect des dispositions de l'article L. 1111-7 du code de la santé publique ". Selon l'article L. 1110-4 du code de la santé publique : " Le secret médical ne fait pas obstacle à ce que les informations concernant une personne décédée soient délivrées à ses ayants droit, son concubin ou son partenaire lié par un pacte civil de solidarité, dans la mesure où elles leur sont nécessaires pour leur permettre de connaître les causes de la mort, de défendre la mémoire du défunt ou de faire valoir leurs droits, sauf volonté contraire exprimée par la personne avant son décès. () ". L'article L. 1111-7 de ce même code prévoit que : " Toute personne a accès à l'ensemble des informations concernant sa santé détenues, à quelque titre que ce soit, par des professionnels de santé, par des établissements de santé par des centres de santé, par le service de santé des armées ou par l'Institution nationale des invalides qui sont formalisées ou ont fait l'objet d'échanges écrits entre professionnels de santé, notamment des résultats d'examen, comptes rendus de consultation, d'intervention, d'exploration ou d'hospitalisation, des protocoles et prescriptions thérapeutiques mis en œuvre, feuilles de surveillance, correspondances entre professionnels de santé, à l'exception des informations mentionnant qu'elles ont été recueillies auprès de tiers n'intervenant pas dans la prise en charge thérapeutique ou concernant un tel tiers. () / En cas de décès du malade, l'accès des ayants droit, du concubin ou du partenaire lié par un pacte civil de solidarité à son dossier médical s'effectue dans les conditions prévues au dernier alinéa du V de l'article L. 1110-4. () ".

4. Il résulte des dispositions des articles L. 1110-4 et L. 1111-7 du code de la santé publique citées ci-dessus, éclairées par les travaux parlementaires de la loi du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé dont elles sont issues, que le législateur a entendu autoriser la communication aux ayants-droit d'une personne décédée les seules informations nécessaires à la réalisation de l'objectif poursuivi par ces ayants-droit, à savoir la connaissance des causes de la mort, la défense de la mémoire du défunt ou la protection de leurs droits, et non de l'ensemble des informations contenues dans ce dossier.

5. Mme B, qui souhaite connaître les causes du décès de son époux, sollicite la communication de l'entier dossier médical, notamment les comptes rendus des soins infirmiers réalisés lors de l'hospitalisation dans le service de gastro-entérologie, les documents relatifs à son transfert au sein de l'USCA ainsi que les transmissions infirmières au sein de ce service. Il ressort des éléments du dossier que le centre hospitalier de Sambre-Avesnois a transmis à Mme B une partie du dossier médical de son époux, ainsi qu'il a été dit au point 2, et notamment la copie du rapport établi par un médecin de l'USCA du centre hospitalier de Sambre-Avesnois le 21 septembre 2021 indiquant la survenance d'un choc hémorragique récidivant dans un contexte d'hépatopathie évoluée ayant abouti au décès du patient, accompagnée des résultats des bilans sanguins réalisés avant le décès de ce dernier. Dans ces conditions, et alors que les dispositions de l'article L. 1110-4 du code de la santé publique n'instaurent au profit des ayants droit d'une personne décédée qu'un droit d'accès limité à certaines informations médicales et non à l'entier dossier médical, la requérante doit être regardée comme ayant obtenu la communication des documents lui permettant de connaître les causes du décès de son époux.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision par laquelle le centre hospitalier de Sambre-Avesnois a implicitement rejeté la demande de Mme B tendant à obtenir la communication de l'entier dossier médical de son époux doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il y a également lieu de rejeter les conclusions à fin d'injonction sous astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées à ce titre par Mme B doivent être rejetées.

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier de Sambre-Avesnois, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par Mme B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas non plus lieu de mettre à la charge de Mme B le versement de la somme demandée par le centre hospitalier de Sambre-Avesnois sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier Sambre-Avesnois au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C veuve A et au centre hospitalier de Sambre - Avesnois.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

M. PAGANEL La greffière,

Signé

D. WISNIEWSKI

La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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