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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2204561

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2204561

mercredi 6 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2204561
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantNEF NAF

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 juin 2022, l'association Averroes, représentée par Me Nef Naf, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle la région Hauts-de-France a rejeté sa demande tendant au versement du forfait d'externat dû au titre de l'année scolaire 2020/2021 ;

2°) d'enjoindre à la région Hauts-de-France de lui verser, à titre provisoire, le forfait d'externat 2021, à charge pour elle d'en déterminer le montant, dans le délai de dix jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la région Hauts-de-France la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition relative à l'urgence est remplie, dès lors que la décision de la région Hauts-de-France met en péril sa survie économique ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, dès lors que :

* la région se trouvait en situation de compétence liée ;

* la décision attaquée porte atteinte au droit à la liberté d'association, ainsi qu'à l'éducation des élèves concernés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2022, la région Hauts-de-France, représentée par Me Jamais, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de l'association Averroes la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête au fond est irrecevable, dès lors que l'association requérante est dépourvue d'intérêt à agir en l'absence de décision faisant grief et que le litige est relatif à une mesure d'exécution de la convention cadre du 5 février 2018 dont seul le juge du contrat est susceptible de connaître ;

- la condition relative à l'urgence n'est pas remplie, en l'absence de fiabilité suffisante des éléments comptables produits par l'association requérante ;

- les moyens soulevés ne sont pas propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée, dès lors que les contributions n'étaient pas exigibles avant la fin de l'année civile, que l'association requérante n'a pas justifié du respect de ses obligations pour l'année 2021 et qu'elle n'a produit aucun élément permettant de calculer lesdistes contributions.

La requête a été communiquée au préfet de région Hauts-de-France, préfet du Nord, qui a produit des observations, enregistrées le 4 juillet 2022.

Vu :

- la copie de la requête à fin d'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Christian, premier conseiller, pour statuer

sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 juillet 2022 à 9h30, à l'issue de laquelle l'instruction a été close :

- le rapport de M. Christian, juge des référés,

- les observations de Me Jablonski, représentant l'association Averroes, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ; il est en outre indiqué que la règle selon laquelle le silence gardé par l'administration vaut acceptation tacite ne s'applique pas en l'espèce, que l'existence d'une convention ne retire pas son caractère légal au principe du versement du forfait d'externat, que l'urgence est caractérisée, que la créance était exigible aux dates prévues par le calendrier de la convention cadre, que le forfait d'externat 2021 n'a jamais été versé, y compris après la fin de l'année civile, que l'association Averroes a rempli les obligations prévues par le contrat d'association, lequel n'a pas été dénoncé par l'Etat,

- les observations de Me Bosquet, substituant Me Jamais, représentant la région Hauts-de-France, qui reprend les termes du mémoire en défense,

- le préfet du Nord n'étant ni présent, ni représenté.

Une note en délibéré, présentée pour l'association Averroes, par Me Jablonski, a été enregistrée le 5 juillet 2022 à 15h03.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

2. Par courrier du 8 juillet 2021, l'association Averroes, gestionnaire du lycée privé Averroès situé à Lille, titulaire d'un contrat d'association à l'enseignement public depuis la rentrée scolaire 2008, a demandé à la région Hauts-de-France le versement de la contribution au forfait d'externat dû au titre de l'année scolaire 2020/2021. Par sa requête, l'association Averroes demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet, née du silence gardé par la collectivité territoriale sur sa demande.

Sur la recevabilité :

3. Lorsque la demande d'annulation d'une décision administrative faisant l'objet d'une demande de suspension présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est irrecevable, il appartient au juge des référés, saisi en défense du moyen tiré de cette irrecevabilité, de rejeter la demande de suspension.

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 231-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Le silence gardé pendant deux mois par l'administration sur une demande vaut décision d'acceptation. " Aux termes de l'article L. 231-4 du même code : " Par dérogation à l'article L. 231-1, le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet : () 3° Si la demande présente un caractère financier () ". La demande formée le 8 juillet 2021 par l'association Averroes présentant un caractère financier, en ce qu'elle avait pour objet d'obtenir le versement de la contribution de la région Hauts-de-France aux dépenses de fonctionnement d'un établissement scolaire, le défendeur ne saurait, dès lors, soutenir qu'une décision implicite d'acceptation serait née du silence gardé par la collectivité territoriale sur cette demande.

5. En second lieu, la région Hauts-de-France soutient que le refus de versement litigieux est relatif à l'exécution de la convention cadre conclue le 5 février 2018 entre la collectivité et l'association Averroes et que, par suite, cette dernière est irrecevable, en sa qualité de cocontractante, à en demander l'annulation au juge de l'excès de pouvoir. Toutefois, le versement du forfait d'externat ne trouve pas son fondement dans les stipulations d'un contrat qui serait né entre la région Hauts-de-France et cette association à l'occasion de la signature de la convention cadre, mais dans l'obligation légale fixée à l'article L. 442-9 du code de l'éducation, la circonstance que la convention cadre définisse l'échéancier de versement étant sans incidence à cet égard.

6. Par suite, les fins de non-recevoir tirés de l'irrecevabilité de la requête au fond doivent être rejetées.

Sur la demande de suspension :

En ce qui concerne l'urgence :

7. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement et objectivement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Il en va ainsi, alors même que cette décision n'aurait un objet ou des répercussions que purement financiers et que, en cas d'annulation, ses effets pourraient être effacés par une réparation pécuniaire, lorsque l'exécution de cette décision porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il est tenu compte de l'ensemble des circonstances de l'espèce, et notamment des objectifs d'intérêt public poursuivis par la décision critiquée.

8. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de la décision attaquée sans attendre le jugement de la requête par le juge du principal, l'association Averroes soutient que le versement du forfait d'externat dû au titre de l'année scolaire 2020/2021 lui est nécessaire pour couvrir ses besoins de trésorerie. Elle produit au soutien de ses allégations un relevé de situation comptable établi par un expert-comptable le 14 juin 2022, faisant état d'un besoin de trésorerie de plus de 210 000 euros, alors qu'elle est notamment débitrice de la somme de 259 530,80 euros auprès de l'URSSAF. Par suite, et alors que la région Hauts-de-France n'invoque en défense aucune circonstance de nature à caractériser l'intérêt général qui s'attacherait à l'exécution immédiate de la décision attaquée, les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser, à la date de la présente ordonnance, une situation d'urgence au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

En ce qui concerne la légalité de la décision attaquée :

9. Aux termes de l'article L. 442-9 du code de l'éducation : " Les dépenses de fonctionnement des classes sous contrat d'association des établissements d'enseignement privés du second degré sont prises en charge sous la forme de contributions forfaitaires versées par élève et par an et calculées selon les mêmes critères que pour les classes correspondantes de l'enseignement public. / La contribution de l'Etat () est déterminée annuellement dans la loi de finances. Les départements pour les classes des collèges, les régions pour les classes des lycées et, en Corse, la collectivité territoriale pour les classes des collèges et des lycées versent chacun deux contributions. La première contribution est calculée par rapport aux dépenses correspondantes de rémunération des personnels non enseignants afférentes à l'externat des collèges ou des lycées de l'enseignement public assurés par le département ou la région et en Corse par la collectivité territoriale, en application des dispositions des articles L. 213-2-1 et L. 214-6-1. Elle est majorée d'un pourcentage permettant de couvrir les charges sociales et fiscales afférentes à la rémunération de ces personnels, qui demeurent de droit privé, et les charges diverses dont les établissements publics sont dégrevés. La seconde contribution est calculée par rapport aux dépenses correspondantes de fonctionnement de matériel afférentes à l'externat des établissements de l'enseignement public ; elle est égale au coût moyen correspondant d'un élève externe, selon les cas, dans les collèges ou dans les lycées de l'enseignement public du département ou de la région ; elle est majorée d'un pourcentage permettant de couvrir les charges diverses dont les établissements d'enseignement public sont dégrevés. () ". Les articles 4 et 8 " Modalités de versement du forfait " du chapitre 1 " Dépenses obligatoires : le forfait d'externat " de la convention cadre conclue le 5 février 2018 entre la région Hauts-de-France et l'association Averroès prévoient que le forfait régional d'externat fait l'objet de deux versements : un acompte de 70% dès le début de l'année civile et le solde à l'issue du premier trimestre de l'année civile.

10. Il est constant que la région Hauts-de-France n'a versé aucune somme à l'association Averroès au titre du forfait d'externat dû au titre de l'année scolaire 2020/2021, sans que l'absence de chiffrage par l'association requérante du montant de la contribution puisse être utilement opposée à cette dernière. Il ne résulte pas, par ailleurs, de l'instruction que la créance de l'association Averroes n'aurait pas été exigible à la date où elle a été présentée, ni que l'association n'aurait pas justifié du respect de ses obligations pour l'année 2021. En l'état de l'instruction, et des informations recueillies au cours de l'audience publique, le moyen tiré de ce que la région Hauts-de-France était tenue, en application des dispositions précitées de l'article L. 442-9 du code de l'éducation, de verser à l'association Averroès le forfait d'externat litigieux, paraît, dès lors, propre à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision dont la suspension est demandée.

11. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension d'une décision administrative étant réunies, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle la région Hauts-de-France a rejeté la demande de l'association Averroes tendant au versement du forfait d'externat dû au titre de l'année scolaire 2020/2021

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Si, eu égard à leur caractère provisoire, les décisions du juge des référés n'ont pas, au principal, l'autorité de la chose jugée, elles sont néanmoins, conformément au principe rappelé à l'article L. 11 du code de justice administrative, exécutoires et, en vertu de l'autorité qui s'attache aux décisions de justice, obligatoires. Ainsi, lorsque le juge des référés a suspendu une décision de refus, il incombe à l'administration, sur injonction du juge des référés ou lorsqu'elle est saisie par le demandeur en ce sens, de procéder au réexamen de la demande ayant donné lieu à ce refus. Lorsque le juge des référés a retenu comme propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de ce refus un moyen dirigé contre les motifs de cette décision, l'autorité administrative ne saurait, eu égard à la force obligatoire de l'ordonnance de suspension, et sauf circonstances nouvelles, rejeter de nouveau la demande en se fondant sur les motifs en cause.

13. En l'espèce, la suspension prononcée par la présente ordonnance implique seulement mais nécessairement que le président de la région Hauts-de-France procède à une nouvelle instruction de la demande de l'association Averroes et prenne une décision quant à son droit à bénéficier du versement du forfait d'externat litigieux, en tenant compte des principes exposés au point précédent. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, à ce stade, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

14. Aux termes des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la région Hauts-de-France le versement à l'association Averroes d'une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

16. En revanche, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'association requérante, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que demande la région Hauts-de-France au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision implicite par laquelle la région Hauts-de-France a rejeté la demande de l'association Averroes tendant au versement du forfait d'externat dû au titre de l'année scolaire 2020/2021 est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : Il est enjoint au président de la région Hauts-de-France de procéder au réexamen des droits de l'association Averroes au versement du forfait d'externat dû au titre de l'année scolaire 2020/2021, dans les conditions exposées au point 13 de la présente ordonnance.

Article 3 : La région Hauts-de-France versera à l'association Averroes la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 5 : Les conclusions de la région Hauts-de-France présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à l'association Averroes, à la région Hauts-de-France et au préfet de région Hauts-de-France, préfet du Nord.

Copie en sera adressée, pour information à la rectrice de l'académie de Lille.

Lille, le 6 juillet 2022.

Le juge des référés,

signé

P. CHRISTIAN

La République mande et ordonne au préfet de région Hauts-de-France, préfet du Nord, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2204561

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