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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2204623

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2204623

mercredi 24 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2204623
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formationjuge unique (6)
Avocat requérantSTIENNE-DUWEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 juin 2022, Mme B A, représentée par Me Stienne-Duwez, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de recettes n°0040020216147248 émis le 3 mars 2021 pour un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 7 500 euros (IN8) pour la période du 1er août 2005 au 31 mai 2009 et de la décharger de la somme mise à sa charge par ce titre;

2°) de mettre à la charge du département du Nord le versement à Me Stienne-Duwez, avocate de Mme A, de la somme de 2 000 euros, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- le titre contesté ne porte pas la signature de son auteur, en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il ne comporte pas davantage la motivation prévue à l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration, ni les bases de la liquidation de la créance ;

- la délai de prescription doit s'appliquer ; le département du Nord ne peut lui réclamer le paiement de ce montant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juin 2024, le département du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté et que ses moyens ne sont pas fondés.

Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 juin 2021.

Vu :

- le jugement n°1806457 du 12 octobre 2020 du tribunal administratif de Lille ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°2012-246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné M. Riou, vice-président, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Riou a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, bénéficiaire du revenu minimum d'insertion (RMI) puis du revenu de solidarité active (RSA) à compter du 1er janvier 2016, a fait l'objet d'un contrôle de la caisse d'allocations familiales du Nord, à l'issue duquel ses déclarations relatives à sa situation personnelle ont été remises en cause. En conséquence, la caisse a procédé à un nouvel examen des droits de l'intéressée et lui a réclamé, par courrier du 24 août 2010, le remboursement d'indus d'un montant global de 16 658,79 euros, dont 15 679,60 euros correspondent à un indu de RMI (IN8/001) versé au cours de la période du 1er août 2005 au 31 mai 2010, qui trouvent leur origine dans l'omission de déclaration des montants de la pension alimentaire versée par ses enfants. Le 3 janvier 2017, le département du Nord a émis un avis des sommes à payer, d'un montant de 15 679,60 euros, correspondant à l'indu de RMI. Par un jugement du 12 octobre 2020 du tribunal administratif de Lille, le titre litigieux a été annulé pour irrégularité.

2. Le 3 mars 2021, le département du Nord a émis un nouveau titre d'un montant de 7 500 euros. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation du titre de recette n°0040020216147248 émis le 3 mars 2021 pour un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 7 500 euros (IN8) pour la période du 1er août 2005 au 31 mai 2009.

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute personne a le droit de connaître le prénom, le nom, la qualité et l'adresse administratives de l'agent chargé d'instruire sa demande ou de traiter l'affaire qui la concerne ; ces éléments figurent sur les correspondances qui lui sont adressées () ". L'article L. 212-1 de ce code dispose que : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. ".

4. Aux termes du 4° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction alors applicable : " Quelle que soit sa forme, une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressée au redevable. L'envoi sous pli simple ou par voie électronique au redevable de cette ampliation à l'adresse qu'il a lui-même fait connaître à la collectivité territoriale, à l'établissement public local ou au comptable public compétent vaut notification de ladite ampliation. Lorsque le redevable n'a pas effectué le versement qui lui était demandé à la date limite de paiement, le comptable public compétent lui adresse une mise en demeure de payer avant la notification du premier acte d'exécution forcée devant donner lieu à des frais. / En application des articles L. 111-2 et L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. / Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation. "

5. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif adressé au redevable doit mentionner les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis et, d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de l'émetteur.

6. En l'espèce, si la requérante soutient que la décision ne comporte pas la signature de son auteur, il résulte des dispositions combinées et précitées aux points 3 et 4 qu'il n'est pas imposé que le titre litigieux comporte la signature de l'auteur. Par suite, le moyen tiré du défaut de signature du titre est inopérant.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Le présent chapitre est applicable, outre aux administrations mentionnées au 1° de l'article L. 100-3, aux organismes et personnes chargés d'une mission de service public industriel et commercial, pour les décisions qu'ils prennent au titre de cette mission. /Il s'applique également aux relations entre les administrations. ". Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 3° () imposent des sujétions () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

8. La décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de l'allocation de revenu minimum d'insertion est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.

9. Il résulte du titre litigieux, qui porte sur un indu et doit de ce fait, indépendamment des mentions qu'il doit comporter en vertu du décret du 7 novembre 2012 visé ci-dessus, être motivé en vertu de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, qu'il met à la charge de sa destinataire un indu de revenu minimum d'insertion (RMI) pour la période du 1er août 2005 au 31 août 2009 pour un montant de 7 500 euros. En outre, le titre comporte le motif de la créance, à savoir un indu. Ces mentions sont un énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision de récupération d'indu. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision, qui manque en fait, doit être écarté.

10. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 134-1 du code de l'action sociale et des familles, dans sa version applicable du 23 décembre 2000 au 30 mai 2009 : " A l'exception des décisions concernant l'attribution des prestations d'aide sociale à l'enfance, les décisions du président du conseil général et du représentant de l'Etat dans le département prévues à l'article L. 131-2 sont susceptibles de recours devant les commissions départementales d'aide sociale mentionnées à l'article L. 134-6 dans des conditions fixées par voie réglementaire ".

11. D'autre part, aux termes de l'article L. 262-47, dans sa version applicable à compter du 1er juin 2009 : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil général. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale. Les modalités d'examen du recours sont définies par décret en Conseil d'Etat. / () "

12. Il résulte de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles et de l'article L. 262-47 du même dans sa version applicable à compter du 1er juin 2009, qu'une décision de récupération d'un indu de revenu de solidarité active prise par le président du conseil général, devenu départemental, ou par délégation de celui-ci ne peut, à peine d'irrecevabilité, faire l'objet d'un recours contentieux sans qu'ait été préalablement exercé un recours administratif auprès de cette autorité.

13. Si la recevabilité d'un recours contentieux dirigé contre le titre exécutoire émis pour recouvrer un indu de RSA n'est pas, en vertu de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, subordonnée à l'exercice d'un recours administratif préalable, le débiteur ne peut toutefois, à l'occasion d'un tel recours, contester devant le juge administratif le bien-fondé de cet indu en l'absence de tout recours préalable saisissant de cette contestation le président du conseil général.

14. En revanche, une telle contestation reste possible à l'occasion d'un recours contre les actes de poursuite qui procèdent du titre exécutoire exercé conformément aux dispositions de l'article L. 1617-5 du CGCT, même en l'absence de recours administratif préalable.

15. Il résulte des dispositions précitées que, si le code de l'action sociale et des familles soumet la contestation d'un indu de revenu de solidarité active à un recours administratif préalable depuis le 1er juin 2009, il ne résulte pas des dispositions de ce même code que l'indu de revenu minimum d'insertion était soumis à un tel recours. Ainsi, la requérante peut utilement soulever, devant ce tribunal, le moyen tiré de la prescription de la créance de l'indu de revenu minimum d'insertion.

16. Aux termes de l'article L. 262-40 du code de l'action sociale et des familles dans sa version alors applicable : " L'action du bénéficiaire pour le paiement de l'allocation (du revenu minimum d'insertion) se prescrit par deux ans. Cette prescription est également applicable, sauf en cas de fraude ou de fausse déclaration, à l'action intentée par un organisme payeur en recouvrement des sommes indûment payées. La prescription énoncée par l'article précédent a été recodifiée à l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles par la loi n° 2008-1249 du 1er décembre 2008, en vigueur depuis le 1er juin 2009.

17. Il résulte des écritures de la requérante qu'elle entend faire valoir la prescription issue de la créance de l'indu de revenu minimum d'insertion (RMI) au regard des dispositions précitées de l'article L. 262-40 du code de l'action sociale et des familles. Ainsi, il résulte de l'instruction, plus particulièrement du titre litigieux, qu'il est constaté que les versements indus de RMI se sont poursuivis jusqu'au 31 mai 2009. Il résulte du jugement du 12 octobre 2020, visé ci-dessus, que " la caisse a procédé à un nouvel examen des droits de l'intéressée et lui a réclamé [l'indu], par courrier du 24 août 2010 ". Ainsi, à la date du 24 août 2010, l'action en vue du paiement du RMI n'était pas encore prescrite. Par conséquent, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la prescription de la créance litigieuse au regard de l'action intentée par l'organisme payeur.

18. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée en défense, que les conclusions de la requête, y compris celles relatives aux frais liés au litige, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Stienne-Duwez et au département du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

signé

J.M. Riou

La greffière,

signé

I.Baudry

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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