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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2204636

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2204636

mardi 4 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2204636
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCLEMENT D'ARMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 21 juin et 29 juillet 2022, Mme F D, représentée par Me Clément, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 juin 2022 par lequel le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit la circulation sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui restituer sa carte nationale d'identité dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de réexaminer sa situation ;

4°) en cas d'admission à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, sous réserve de sa renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ;

5°) en cas de refus d'admission ou de renonciation à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il appartient au préfet de justifier de la compétence de la signataire de la décision contestée ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît le droit d'être entendu ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et a été prise en violation des dispositions de l'article L. 235-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions du 3° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours :

- il appartient au préfet de justifier de la compétence de la signataire de la décision contestée ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;

- les dispositions de l'article 7 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ne font pas l'objet d'une transposition conforme en droit français ;

- la décision litigieuse méconnait les dispositions de l'article 7 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 au motif que les circonstances particulières justifient que lui soit accordé un délai supplémentaire.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée d'un an :

- la décision attaquée est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire et de l'illégalité de la décision portant refus d'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- il appartient au préfet de justifier de la compétence de la signataire de la décision contestée ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La requête a été communiquée au préfet du Nord, qui n'a pas produit d'observations en défense.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 août 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Lille.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F D, ressortissante roumaine née le 9 janvier 1980, a déclaré être entrée en France en 2012. Par un arrêté du 20 juin 2022, dont la requérante demande l'annulation, le préfet du Nord l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, lui a interdit la circulation sur le territoire français pour une durée d'un an et a fixé le pays de destination.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté du 24 mars 2021, publié le même jour au recueil spécial n° 72 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à Mme E B, adjointe à la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, signataire de l'arrêté en litige, à l'effet de signer les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui n'avait par ailleurs pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments afférents à la situation personnelle et familiale de Mme D, mentionne, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement pour mettre utilement la requérante en mesure de discuter les motifs de cet arrêté et le juge d'exercer son contrôle en pleine connaissance de cause. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions attaquées doit, être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 235-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : "Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre qui ne peuvent justifier d'un droit au séjour en application du présent titre peuvent faire l'objet, selon le cas, d'une décision de refus de séjour, d'un refus de délivrance ou de renouvellement d'une carte de séjour ou d'un retrait de celle-ci ainsi que d'une décision d'éloignement, conformément au titre IV. Les conditions d'application du présent article sont fixées par décret en Conseil d'Etat. ". Aux termes de l'article L. 232-1 du même code : " Tant qu'ils ne deviennent pas une charge déraisonnable pour le système d'assistance sociale, les citoyens de l'Union européenne, les ressortissants d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse, ainsi que les membres de leur famille tels que définis aux 4° et 5° de l'article L. 121-1, ont le droit de séjourner en France pour une durée maximale de trois mois, sans autre condition ou formalité que celles prévues pour l'entrée sur le territoire français ". Enfin, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger un ressortissant d'un État membre de l'Union européenne () à quitter le territoire français lorsqu'elle constate : / () 3° Leur séjour est constitutif d'un abus de droit. Constitue un abus de droit le fait de renouveler des séjours de moins de trois mois dans le but de se maintenir sur le territoire alors que les conditions requises pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois ne sont pas remplies, ainsi que le séjour en France dans le but essentiel de bénéficier du système d'assistance sociale. L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. ".

5. Il résulte de ces dispositions que le préfet peut prononcer une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne dans le cas où il constate que l'intéressé séjourne en France depuis plus de trois mois sans interruption et ne justifie plus d'aucun droit au séjour. Il incombe à l'administration, en cas de contestation sur la durée du séjour d'un citoyen de l'Union européenne dont elle a décidé l'éloignement, de faire valoir les éléments sur lesquels elle se fonde pour considérer qu'il ne remplit plus les conditions pour séjourner en France. Il appartient ensuite à l'étranger qui demande l'annulation de cette décision d'apporter tout élément de nature à en contester le bien-fondé, selon les modalités habituelles de l'administration de la preuve. L'administration peut, notamment, s'appuyer sur les déclarations préalablement faites par l'intéressé. Enfin, l'insuffisance des ressources peut être opposée par le préfet pour prendre une décision d'éloignement à l'encontre d'un ressortissant communautaire qui séjourne en France depuis plus de trois mois, alors même que l'intéressé n'est pas encore effectivement pris en charge par le système d'aide sociale.

6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que, pour estimer que Mme D s'était maintenue en France plus de trois mois à la date de la décision attaquée, le préfet du Nord s'est fondé sur les déclarations faites par l'intéressé aux services de police le 21 juin 2022 à la suite d'un contrôle d'identité, la requérante ayant déclaré être entrée en France pour la première fois en 2012. Si Mme D conteste, devant le tribunal, avoir séjourné plus de trois mois sur le territoire français à la date de la décision en litige, elle n'assortit cette contestation d'aucun élément de nature à remettre en cause ses propres déclarations. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le préfet du Nord a considéré que Mme D séjournait sur le territoire français depuis plus de trois mois à la date de la décision attaquée.

7. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme D travaille ou aurait souscrit une assurance maladie et disposerait de ressources suffisantes pour ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale. Il n'en ressort par ailleurs pas des pièces du dossier qu'elle justifierait d'une intégration sur le territoire français. Dès lors, c'est à bon droit que le préfet du Nord a considéré que la présence de la requérante constituait un abus de droit au sens de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Il résulte de ce qui a été dit aux points 6 et 7 que les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 235-1 et L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Il appartient à l'autorité administrative, qui envisage de procéder à l'éloignement d'un ressortissant étranger, d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie privée et familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision a été prise.

10. En l'espèce, Mme D déclare vivre avec son compagnon et leurs enfants mineurs à la date de la décision attaquée. L'intéressée ne fait état d'aucun élément de nature à faire obstacle à ce que sa cellule familiale se reconstitue en Roumanie, pays dans lequel elle a vécu la majeure partie de son existence, dont son compagnon a également la nationalité et où résident deux de ses enfants. Par ailleurs, elle ne justifie d'aucune insertion sociale et professionnelle en France. Si Mme D soutient avoir développé de nombreuses relations amicales en France et avoir effectué des démarches en lien avec une association, elle ne l'établit pas. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

12. La seule circonstance que la requérante vive en France avec son compagnon et leurs enfants ne suffit pas à établir que l'intérêt supérieur de ces derniers n'a pas été pris en compte par le préfet. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que les enfants de A D ne pourraient pas vivre en Roumanie ni y être scolarisés. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 20 juin 2022 par laquelle le préfet du Nord l'a obligée à quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant refus d'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours :

14. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.

15. En deuxième lieu, il ressort des motifs mêmes de la décision attaquée que le préfet du Nord a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme D avant de fixer le délai de départ volontaire.

16. En troisième lieu, si M. D soutient que les dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 612-1 du même code, sont contraires aux objectifs de l'article 7 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008, la situation de la requérante ne relève pas des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées dès lors qu'en sa qualité de ressortissante roumaine, lui sont applicables les dispositions de l'article L. 511-3-1 du dudit code, désormais reprises à l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 7 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 par le deuxième alinéa de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté en tant qu'il est inopérant.

17. En quatrième lieu, aux termes de l'article 7 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 : " 1. La décision de retour prévoit un délai approprié allant de sept à trente jours pour le départ volontaire, sans préjudice des exceptions visées aux paragraphes 2 et 4. Les États membres peuvent prévoir dans leur législation nationale que ce délai n'est accordé qu'à la suite d'une demande du ressortissant concerné d'un pays tiers. Dans ce cas, les États membres informent les ressortissants concernés de pays tiers de la possibilité de présenter une telle demande. / Le délai prévu au premier alinéa n'exclut pas la possibilité, pour les ressortissants concernés de pays tiers, de partir plus tôt. / 2. Si nécessaire, les États membres prolongent le délai de départ volontaire d'une durée appropriée, en tenant compte des circonstances propres à chaque cas, telles que la durée de séjour, l'existence d'enfants scolarisés et d'autres liens familiaux et sociaux (). ".

18. Mme D, qui a disposé d'un délai de départ volontaire de trente jours, ne se prévaut d'aucune circonstance de nature à justifier l'octroi d'un délai de départ volontaire supérieur. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision par laquelle le préfet du Nord a accordé à Mme D un délai de départ volontaire de trente jours aurait été prise en méconnaissance de l'article 7 de la directive du 16 décembre 2008 ne peut qu'être écarté.

19. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 20 juin 2022 par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire supérieur à trente jours.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

20. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.

21. En second lieu, l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". L'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

22. Mme D fait état de risques encourus par elle en cas de retour dans son pays d'origine en raison de son appartenance à la communauté des Roms. Toutefois, en se bornant à se prévaloir, à l'appui de ses allégations, de rapports internationaux décrivant de façon générale la situation de cette communauté en Roumanie, Mme D n'établit pas être exposée de manière personnelle, certaine et actuelle, à des menaces quant à sa vie ou sa liberté. Par suite, Mme D n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Nord aurait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions et stipulations précitées.

23. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 20 juin 2022 par laquelle le préfet du Nord a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement dont elle fait l'objet.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée d'un an :

24. En premier lieu, il résulte de ce qui est dit aux points 13 et 18 du présent jugement que les conclusions présentées par Mme D tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours étant rejetées, le moyen, soulevé par voie d'exception, tiré de l'illégalité de ces décisions ne peut qu'être écarté.

25. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / 3° Leur séjour est constitutif d'un abus de droit. ". Selon l'article L. 251-4 du même code : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. "

26. Il résulte de ce qui est dit aux points 4 à 8 du présent jugement que la décision portant obligation de quitter le territoire français est prise sur le fondement du 3° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant d'assortir cette décision d'une interdiction de circulation. Il est constant que Mme D s'est maintenue en situation irrégulière et a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en 2016. Son compagnon est lui-même en situation irrégulière en France et ne justifie d'aucune intégration particulière en France. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord, en faisant interdiction à Mme D de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, aurait, compte tenu de la durée du séjour de l'intéressée sur le territoire français et en l'absence d'insertion particulière de celle-ci dans la société française, entaché cette décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

27. Il résulte de ce qui est dit aux points 10 et 12, que les moyens tirés de la méconnaissance des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés.

28. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 20 juin 2022 par laquelle le préfet du Nord lui a interdit de circuler en France pendant une durée d'un an.

29. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 20 juin 2022. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions de la requête présentées aux fins d'injonction et d'astreinte, de même que celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F D, à Me Clément et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Féménia, présidente,

- M. Bourgau, premier conseiller.

- M. Horn, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2022.

La présidente, rapporteure,

signé

J. CL'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

signé

T. BOURGAU

La greffière,

Signé

C. KUREK

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

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