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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2204811

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2204811

lundi 12 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2204811
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantDANSET-VERGOTEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 juin 2022, M. B A, représenté par Me Danset-Vergoten, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 mars 2022 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français tout en fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord, de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou à défaut de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

La décision portant refus de certificat de résidence :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation par le préfet ;

- méconnaît l'article 6-1 de l'accord franco-algérien ;

- méconnaît l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en raison de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision de refus de titre ;

- est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation par le préfet;

- méconnaît l'article 6-1 de l'accord franco-algérien ;

- méconnaît l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

La décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision de refus de certificat de résidence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juillet 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 19 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 2 mai 1966, a sollicité le 6 janvier 2022 la délivrance d'un certificat de résidence, sur le fondement du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par arrêté du 18 mars 2022, le préfet du Nord a refusé de délivrer le titre demandé et a obligé l'intéressé à quitter le territoire dans le délai de trente jours tout en fixant le pays de destination. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les moyens communs :

2. En premier lieu, la décision refusant un titre de séjour à M. A mentionne tant les circonstances de fait que de droit sur lesquelles le préfet du Nord s'est fondé pour l'édicter. Elle est ainsi suffisamment motivée pour l'application des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par ailleurs, l'obligation de quitter le territoire français ayant été prise en conséquence d'un refus de titre de séjour suffisamment motivé et édicté sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte en application des dispositions de l'article L. 613-1 du même code. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de ces décisions doit être écarté.

3. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord n'a pas procédé à examen sérieux et particulier de la situation de M. A préalablement à l'édiction de l'arrêté contesté. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

Sur le refus de certificat de résidence :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / 1° au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant () ".

5. En l'espèce, le requérant allègue être entré en France à la date du 5 juillet 2012. Ainsi à la date de la décision attaquée, il ne résidait pas de manière habituelle sur le territoire français depuis plus de dix ans. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien doit être écarté.

6. En deuxième lieu, M. A ne peut utilement invoquer la méconnaissance des stipulations du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien dès lors qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement et que l'arrêté attaqué n'a pas pour objet de lui refuser un tel titre. Par suite, le moyen doit être écarté.

7. En troisième lieu, les pièces produites par le requérant notamment celles ayant trait à la fréquentation d'une association caritative implantée à Valenciennes ainsi qu'au bénéfice de l'aide médicale d'Etat à compter du 25 juillet 2013 permettent d'établir que celui-ci est présent en France depuis plusieurs années. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A est célibataire et sans charge de famille, et hormis les pièces mentionnant sa fréquentation de l'association précitée où il participe ponctuellement à certaines activités, il n'établit pas avoir noué sur le territoire français des liens particuliers et ainsi s'être intégré socialement. Il ne fait pas non plus état d'une insertion professionnelle. Il apparaît par ailleurs que l'intéressé a vécu jusqu'à l'âge de 46 ans dans son pays d'origine où vivent six de ses sept frères et sœurs. Dans ces conditions, le préfet du Nord n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé. Ces moyens doivent, par suite, être écartés.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

8. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision de refus de titre de séjour doit être écarté.

9. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment, les moyens tirés de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des stipulations des 1) et 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien, de celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

Sur le pays de destination :

10. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la mesure d'éloignement doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A, à Me Danset-Vergoten et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Chevaldonnet, président,

- Mme Grard, première conseillère,

- Mme Leclère, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2022.

Le président-rapporteur,

Signé

B. D

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

Signé

E. GRARD

La greffière,

Signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet du Nord ce en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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