mardi 27 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2204903 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | PERINAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 29 juin, 11 août et 12 août 2022, Mme A C, représentée par Me Périnaud, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 11 mars 2022 par lequel le préfet du Nord lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " pour motifs de santé sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation sous la même astreinte et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros à Me Périnaud au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle, faute d'avoir statué sur la demande présentée en tant que parent accompagnant un enfant malade ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que le préfet ne justifie pas de l'existence de l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;
- elle est également prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que l'identification des médecins de l'OFII est impossible, l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII étant revêtu de signatures fac-similées qui ne présentent pas les garanties d'authenticité requises par l'article 1367 du code civil, l'article 1 du décret n° 2017-1416 du 28 septembre 2017 et les articles 26, 28 et 29 règlement (UE) n° 910/2014 du Parlement européen et du Conseil du 23 juillet 2014 ;
- elle est aussi prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que les médecins signataires de l'avis de l'OFII n'étant pas compétents pour ce faire et qu'il n'est pas démontré que le médecin instructeur qui a établi le rapport n'a pas siégé au sein du collège de médecins de l'OFII ayant rendu un avis sur sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations du 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;
- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle viole les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle viole les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision octroyant un délai de départ volontaire de trente jours :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité, par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la durée du délai de départ qui lui a été accordé ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité, par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle viole les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité, par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle viole les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée à l'Office français pour l'immigration et l'intégration qui n'a pas produit d'observations.
Par une ordonnance du 14 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 31 octobre 2022.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord du 27 décembre 1968 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République algérienne relatif aux conditions de circulation, d'emploi et de séjour des ressortissants algériens et de leurs familles modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2017-1416 du 28 septembre 2017 relatif à la signature électronique ;
- l'arrêté interministériel du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les observations de Me Lutran, se substituant à Me Périnaud.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, née le 19 décembre 1989 à Mohammadia (Algérie), est entrée en France le 23 décembre 2017 sous couvert de son passeport revêtu d'un visa de court-séjour délivré par les autorités consulaires espagnoles à Oran, valable du 10 juillet 2017 au 9 janvier 2018 et pour un séjour maximal de 90 jours. Elle a sollicité, le 19 mai 2021, la délivrance d'un titre de séjour. Par l'arrêté attaqué, le préfet a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée d'une année.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
En ce qui concerne la décision rejetant la demande présentée en qualité de parent accompagnant un enfant mineur malade :
2. Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet du Nord a examiné la demande de titre de séjour de Mme C au regard de son seul état de santé. Or, il ressort des pièces du dossier qu'a été apposée, sur la page de garde du dossier de demande de titre de séjour de Mme C, qui a coché la case relative à une demande pour " raisons de santé ", la mention " si refus OFII, voir pour acc[ompagnement] malade ". En outre, la requérante se prévaut d'un formulaire de demande de rendez-vous en préfecture pour y déposer une demande de titre de séjour sur lequel sont cochées les cas " étranger malade " et " parent d'enfant mineur malade ", à savoir sa fille E D, née le 30 décembre 2019. Enfin, s'il ressort du rapport médical établi par l'OFII le 19 août 2021, que seul l'état de santé de Mme C a été examiné par le rapporteur, et, par suite, par le collège médical, les pièces médicales qui accompagnaient la demande soumise à l'OFII, notamment un certificat médical d'un médecin généraliste établi le 24 février 2021 et un certificat médical établi par une pédopsychiatre le 11 mai 2021 faisaient clairement état de difficultés tant psychiques que somatiques chez l'enfant. Dans ces conditions, c'est à tort que le préfet, qui s'est estimé lui-même saisi, comme en atteste la mention manuscrite précitée, portée sur le dossier de demande, d'une demande aussi présentée en tant que parent accompagnant un enfant malade, n'a pas instruit cette demande. Par suite, en n'examinant pas sur la demande présentée par Mme C en qualité de parent accompagnant un enfant malade, le préfet a méconnu son obligation d'examen particulier de chaque demande dont il est saisi. Il y a dès lors lieu d'annuler la décision du préfet du Nord du 11 mars 2022 refusant à Mme C la délivrance d'un certificat de résidence en tant qu'elle rejette la demande présentée en qualité de parent accompagnant un enfant mineur malade.
En ce qui concerne la décision rejetant la demande présentée pour raison de santé :
3. En troisième lieu, aux termes des stipulations du 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7 au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays ". En outre, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé ". Aux termes de l'article R. 425-12, du même code : " Le rapport médical () est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ". L'article R. 425-13 de ce code dispose que : " Le collège à compétence national mentionné à l'article R.425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du présent article. () Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège () ". Enfin, l'article 6 de l'arrêté visé ci-dessus du 27 décembre 2016 pris pour l'application des dispositions précitées dispose que : " () un collège de médecins désigné pour chaque dossier () émet un avis (). / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".
4. Il ressort des pièces du dossier que l'avis du collège des médecins de l'OFII relatif à la situation de Mme C, en date du 6 septembre 2021, produit par le préfet du Nord, a été signé par trois médecins, dont les noms et prénoms sont parfaitement lisibles et qui ont été régulièrement désignés par une décision du directeur général de l'OFII du 10 août 2021 portant désignation au collège de médecins à compétence nationale de l'OFII, versée au débat et régulièrement publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur. En outre, si la requérante soutient que ces signatures, qui sont des fac-similés numérisés, ne comportent pas les garanties d'authenticité des signatures électroniques prévues par les dispositions de l'article 1367 du code civil, celles des articles 26, 28 et 29 règlement (UE) n° 910/2014 du Parlement européen et du Conseil du 23 juillet 2014 sur l'identification électronique et les services de confiance pour les transactions électroniques au sein du marché intérieur et celles de l'article 1er du décret du 28 septembre 2017 relatif à la signature électronique transposant le règlement précité du 23 juillet 2014, elle ne saurait utilement se prévaloir de ces dispositions dès lors que les signatures en cause ne sont pas des signatures électroniques au sens de ces dispositions. Enfin, il ressort des pièces produites aux débats par le préfet que le médecin instructeur ayant établi le rapport médical sur la base duquel le collège des médecins de l'OFII à compétence nationale a rendu son avis n'a pas siégé au sein de ce collège. Par suite, les différents moyens tirés de l'irrégularité de la procédure manquent en fait et doivent être écartés.
5. En quatrième lieu, pour refuser à Mme C la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé, le préfet du Nord s'est notamment fondé sur l'avis précité émis le 6 septembre 2021 par le collège des médecins de l'OFII lequel a estimé que l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Algérie, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. En l'espèce d'une part, il ressort des pièces du dossier, en particulier du certificat médical et des ordonnances sur la base desquelles le collège de médecins de l'OFII a rendu son avis, qu'à la date de la décision attaquée, Mme C, qui souffre d'une dépression qualifiée de " moyenne ", prenait un traitement médicamenteux composé de sertraline, de miansérine et de seresta, dont la substance active est l'oxazépam, et bénéficiait d'un suivi mensuel en centre médico-psychologique (CMP). Il n'est pas contesté que si la sertraline et la miansérine sont disponibles en Algérie, tel n'est pas le cas du seresta. Il ressort toutefois des pièces du dossier et des informations publiquement accessibles citées par le préfet du Nord, que d'autres médicaments de la famille des benzodiazépines, en particulier des médicaments dont les substances actives sont le bromazépam et le lorazépam, aux effets équivalents à l'oxazépam, en particuliers myorelaxants, anxiolytiques, sédatifs, hypnotique, anticonvulsivants et amnésiants sont disponibles en Algérie. La seule mention, par le psychiatre assurant le suivi de Mme C au CMP de Lambersart, de ce que l'état de santé de cette dernière a " évolué favorablement avec le suivi médical et infirmier régulier et le traitement médicamenteux [prescrit] " ne permet pas d'établir que l'intéressée ne pourrait, sans compromettre l'évolution de son état de santé, modifier partiellement son traitement pour un autre médicament que le seresta ayant les mêmes effets. Ainsi, la circonstance que le seresta ne soit pas disponible en Algérie ne suffit pas à établir que Mme C ne pourrait bénéficier dans son pays d'origine d'un traitement adapté à son état de santé. Au demeurant, il ressort des ordonnances versées au dossier médical de la requérante, sur la base duquel l'OFII s'est prononcé, que le traitement par seresta, contrairement à la miansérine et à la sertraline, n'est à prendre par la requérante que si elle en ressent le besoin et non de façon systématique. En outre, les éléments versés aux débats sont insuffisants pour établir que le retour de Mme C dans son pays serait de nature à aggraver ses troubles. A cet égard, il ressort des pièces du dossier que les troubles anxio-dépressifs de Mme C ne sont pas nés en Algérie mais sont en lien avec son abandon par son compagnon, un compatriote rencontré en France, après l'annonce de sa grossesse au cours de l'année 2019 et avec la situation de grande précarité dans laquelle elle s'est ensuite retrouvée. Ils résident également dans sa crainte de révéler à sa famille, demeurant en Algérie, la naissance de sa fille conçue en dehors des liens du mariage. Si la requérante soutient que, du fait de la naissance de sa fille hors mariage, elle serait confrontée à de grandes difficultés en cas de retour dans son pays et risquerait de faire face à un rejet de la part des membres de sa famille, il est constant qu'elle n'a pas annoncé à ses proches la naissance de sa fille de sorte que ce rejet, dans le contexte décrit ci-dessus, et l'aggravation de ses troubles psychologiques qui en résulterait, ne sont qu'hypothétiques. Si elle se prévaut d'une note établie par les services de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) sur la situation des mères célibataires en Algérie en date de 2016, lesquelles peuvent effectivement être confrontées à un phénomène de rejet en raison de la réprobation des relations hors mariage dans la société algérienne, cette note, de portée générale, ne peut permettre à elle seule de déterminer la réaction des membres de la famille de la requérante en cas de retour de cette dernière en Algérie avec sa fille. L'attestation du psychiatre de Mme C selon laquelle un retour de la requérante en Algérie " auprès de sa famille qui ignore l'existence de sa fille née en dehors des liens du mariage l'exposerait à une rechute dépressive " ne saurait, en outre, établir à elle seule l'existence d'un risque de majoration des troubles en cas de retour de la requérante dans son pays. D'autre part, si Mme C soutient qu'elle ne pourrait avoir un accès effectif au traitement nécessité par son état de santé en Algérie au motif qu'elle n'est pas assurée sociale dans son pays, ce qui n'est pas contesté et résulte nécessairement de son séjour en France, il ressort des pièces du dossier et des sources publiquement disponibles qu'existe en Algérie un mécanisme de prise en charge des soins médicaux par l'Etat pour les personnes démunies qui ne bénéficient pas du système d'assurance sociale parce qu'ils ne travaillent pas et ne bénéficient pas du statut de chômeur. Au demeurant, Mme C n'établit ni le coût de son traitement en Algérie ni qu'elle serait dans une situation financière telle, en Algérie, où il n'est pas démontré qu'elle ne pourrait se réinsérer professionnellement, qu'elle ne pourrait bénéficier effectivement du traitement approprié à son état de santé. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien doit être écarté.
6. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Il ressort des pièces du dossier que la requérante, qui réside en France depuis le 23 décembre 2017, ne dispose d'aucun lien privé ou familial sur le territoire français en dehors de la présence de sa fille, E, née le 30 décembre 2019. Si elle soutient que le père de cette dernière, ressortissant algérien en situation régulière sur le territoire français, après l'avoir expulsée du domicile à l'annonce de sa grossesse, entretiendrait aujourd'hui des liens forts avec sa fille, ni la production d'une unique photographie montrant ce dernier porter leur enfant ni celle de la preuve de deux virements de 200 et 250 euros pour les mois de mars et mai 2021 effectués par le père de sa fille à son profit ni la circonstance que celui-ci aurait accepté d'effectuer les démarches pour la délivrance d'un document de circulation pour étranger mineur ni le fait que la requérante ait saisi le juge aux affaires familiales pour la fixation des droits parentaux du père de sa fille ne permettent d'établir que celui-ci contribuerait effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant. En outre, si Mme C a effectué une formation de plusieurs mois pour acquérir des compétences de bases en matière de lecture, d'écriture et de calcul, ce seul élément ne saurait attester d'une insertion particulière dans la société française. Enfin, il n'est pas établi, ainsi qu'il a été exposé plus haut, que Mme C serait rejetée par ses proches en cas de retour en Algérie avec sa fille ni, par suite, qu'elle ne pourrait s'y réinsérer socialement et professionnellement. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
8. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
9. Il résulte de ce qui a été énoncé au point 9 du présent jugement qu'en l'absence de liens stables, anciens et intenses entre la jeune E et son père, qui ne contribue pas effectivement à son entretien et à son éducation, la décision par laquelle le préfet du Nord a refusé la délivrance d'un titre de séjour à sa mère, qu'elle a vocation à accompagner, ne porte pas atteinte à son intérêt supérieur tel qu'il est reconnu par les stipulations précitées de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Par suite, en refusant de délivrer à Mme C un titre de séjour, le préfet n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
10. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 11 mars 2022 par laquelle le préfet du Nord lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour pour raison de santé.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. (). ". Aux termes de l'article L. 611-1 : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".
12. Il résulte de ce qui précède, à savoir l'annulation de la décision du 11 mars 2022 portant refus de délivrance d'un certificat de résidence, en tant qu'elle rejette la demande présentée en qualité de parent accompagnant un enfant malade, que le préfet, restant saisi d'une demande de séjour, ne pouvait obliger Mme C à quitter le territoire français. Il y a donc lieu d'annuler, par voie de conséquence de cette annulation, la décision du même jour portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ainsi que, par voie de conséquence, la décision fixant le pays de destination et l'interdiction de retour sur le territoire français.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Nord de réexaminer la demande présentée par Mme C en qualité de parent accompagnant un enfant malade dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Périnaud renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 11 mars 2022 par lequel le préfet du Nord a refusé de délivrer à Mme C un titre de séjour en qualité de parent accompagnant d'un enfant malade, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de procéder au réexamen de la demande de Mme C présentée en qualité de parent accompagnant un enfant malade dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Périnaud, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, la somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Claire Périnaud et au préfet du Nord.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Riou, président,
- M. Fougères, premier conseiller,
- Mme Bruneau, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 décembre 2022.
Le président-rapporteur,
signé
J.M. B L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
signé
V. FOUGERES
La greffière,
signé
I. BAUDRY
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026