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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2204964

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2204964

vendredi 29 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2204964
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantYARROUDH-FEURION

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 1er juillet 2022, 7 août 2022 et 14 janvier 2023, M. A, représenté par Me Yarroudh-Feurion, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 février 2022 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer une carte de séjour, a assorti ce refus de l'obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros à lui verser au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- méconnaît les dispositions de la loi n° 2013-711 du 5 août 2013 et les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il n'a pas bénéficié de la présence d'un interprète lors de la notification de l'arrêté litigieux et des actes antérieurs ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 novembre 2022, le préfet du Nord, représenté par Me Cano, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 22 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 25 avril 2023.

Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Lille du 29 août 2022, M. A n'a pas été admis au bénéfice de cette aide.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la loi n° 2013-711 du 5 août 2013 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Célino,

- et les observations de Me Kerrich, représentant le préfet du Nord.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien né le 29 avril 1991, est entré irrégulièrement en France le 7 mai 2016, selon ses déclarations. Le 30 avril 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de " parent d'enfant français ". Par un arrêté du 24 février 2022, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. M. A demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. M. A n'ayant pas été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par la décision du 29 août 2022 visée ci-dessus, ses conclusions à fin d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes du paragraphe 3 de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et du citoyen : " 3. Tout accusé a droit notamment à : /a. être informé, dans le plus court délai, dans une langue qu'il comprend et d'une manière détaillée, de la nature et de la cause de l'accusation portée contre lui ". En outre, aux termes du paragraphe 3 de l'article préliminaire du code de procédure pénale " Si la personne suspectée ou poursuivie ne comprend pas la langue française, elle a droit, dans une langue qu'elle comprend et jusqu'au terme de la procédure, à l'assistance d'un interprète () ".

5. M. A soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'illégalité dans la mesure où elle ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'il maîtrise en méconnaissance des stipulations précitées et de la loi du 5 août 2013. Toutefois, d'une part, la loi du 5 août 2013, qui a transposé la directive 2010/64/UE du Parlement européen et du Conseil du 20 octobre 2010 dans le III de l'article préliminaire du code de procédure pénale précité, a vocation à s'appliquer uniquement aux procédures pénales, ce qui n'est pas le cas en l'espèce. D'autre part, le requérant ne peut pas davantage se prévaloir des stipulations de l'article 6-3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans la mesure où un arrêté portant obligation de quitter le territoire français ne constitue pas une accusation en matière pénale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de la loi n° 2013-711 du 5 août 2013 et des stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

6. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. M. A soutient avoir fixé le centre de ses intérêts personnels et familiaux en France. Il est constant qu'il a une fille de nationalité française, née le 19 avril 2021 de son mariage contracté avec une ressortissante française le 25 janvier 2020, que les époux sont séparés depuis le 30 juin 2021 et que l'enfant était confiée à la date de la décision attaquée à l'aide sociale à l'enfance dans le cadre d'un accueil provisoire. Si M. A ne conteste pas la date à laquelle il serait arrivé sur le territoire français selon le préfet, soit le 7 mai 2016, il ne justifie pas, par les pièces qu'il verse au dossier, d'un séjour habituel sur le territoire français entre cette date et le mois de mai 2019. Par ailleurs, s'il résulte des attestations de membres du personnel de l'aide sociale à l'enfance, postérieures à la date de l'arrêté attaqué, que M. A, entretient des liens avec sa fille en participant aux visites hebdomadaires, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces liens soient significatifs. En outre, aucun élément du dossier ne permet de caractériser une insertion professionnelle et sociale d'une intensité particulière. Le préfet soutient, sans être contesté, que M. A n'est pas dépourvu de liens familiaux ou personnels en Tunisie, pays où il a vécu jusqu'à l'âge de 25 ans et où demeurent ses parents, un frère et deux sœurs. Dès lors, la décision attaquée ne saurait être regardée comme portant à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but en vue duquel elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 24 février 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, Me Yarroudh-Feurion et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 8 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Paganel, président,

Mme Célino, première conseillère,

Mme Barre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2024.

La rapporteure,

Signé

C. CELINO

Le président,

Signé

M. PAGANEL La greffière,

Signé

D. WISNIEWSKI

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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