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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2204973

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2204973

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2204973
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Lille a rejeté la requête de Mme B, ressortissante géorgienne, qui contestait le refus de titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français et la fixation du pays de destination pris par le sous-préfet de Dunkerque. La requérante invoquait la circulaire Valls et une atteinte à sa vie privée et familiale (article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme). Le tribunal a jugé que la circulaire Valls n'a pas de valeur réglementaire et ne peut être invoquée utilement. Il a estimé que la décision ne portait pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, compte tenu de son maintien irrégulier en France, de l'absence de preuve d'une intégration particulière et de la possibilité de reconstituer sa cellule familiale en Géorgie. La requête a donc été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er juillet 2022 et 24 février 2023, Mme A B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du sous-préfet de Dunkerque du 24 mai 2022 en tant qu'il a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Elle soutient que :

- elle remplit les critères de la circulaire Valls pour obtenir la délivrance d'un titre de séjour ;

- la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 janvier 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.

Par une ordonnance en date du 27 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 14 mars 2023 à 14 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Stefanczyk,

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante géorgienne née le 4 avril 1998, est entrée irrégulièrement en France, selon ses déclarations, le 14 octobre 2014. Elle a sollicité, le 15 février 2022, la délivrance d'une carte de résident au titre du regroupement familial ou d'un titre de séjour au titre de ses " liens personnels et familiaux en France ". Par un arrêté du 24 mai 2022, le sous-préfet de Dunkerque a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays destination de la mesure d'éloignement. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler cet arrêté en tant qu'il lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

2. En premier lieu, la requérante ne peut utilement se prévaloir des énonciations de la circulaire n° INTK1229185C du 28 novembre 2012 dite " circulaire Valls " laquelle ne comporte que de simples orientations générales et n'a pas de caractère réglementaire.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

4. Mme B soutient qu'elle est entrée irrégulièrement sur le territoire français le 14 octobre 2014 afin de rejoindre son conjoint, titulaire d'une carte de résident valable du 25 mai 2012 au 24 mai 2022 et qu'elle a donné naissance à leurs deux enfants, nés respectivement le 28 août 2015 et le 14 octobre 2017, lesquels sont régulièrement scolarisés. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la requérante s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire français et n'a sollicité un titre de séjour que le 15 février 2022. Si l'intéressée fait valoir qu'elle s'est présentée à plusieurs reprises au guichet de la préfecture du Nord et s'est vue opposée un refus d'enregistrement à sa demande de titre de séjour, elle ne l'établit pas. Par ailleurs, les pièces qu'elle produit et dont certaines présentent des mentions contradictoires, établissent seulement une communauté de vie effective à partir de janvier 2020. En outre, aucun élément versé à l'instance n'est ainsi de nature à démontrer que la cellule familiale de la requérante ne pourrait se poursuivre dans son pays d'origine, ni que ses enfants ne pourraient y poursuivre leur scolarité. Mme B ne justifie pas davantage d'une intégration, professionnelle ou sociale d'une particulière intensité en France. Enfin, elle n'établit pas être dépourvue d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine où résident ses parents, ses frères et ses sœurs. Dans ces conditions, la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour n'a pas porté au droit de Mme B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. En dernier lieu, Mme B ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour dès lors que cette mesure n'a ni pour effet ni pour objet de la renvoyer en Géorgie.

6. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué en tant qu'il a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Par suite, sa requête doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Stefanczyk, présidente,

Mme Barre, conseillère,

Mme Sagnier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.

La présidente-rapporteure,

Signé

S. STEFANCZYK

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

C. BARRE La greffière,

Signé

O. LEFEBVRE

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2204973

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