mercredi 29 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2205054 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | DELGORGUE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 juillet 2022 et 19 juillet 202, ainsi qu'un mémoire non-communiqué, enregistré le 19 juillet 2022, la société par actions simplifiée (SAS) La Petite Cantoche, représentée par Me Schryve, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 juin 2022 par lequel le maire de Lille a fixé l'heure de fermeture de l'établissement " La Petite Cantoche ", sis 24, rue du Court Debout à Lille, à 22 heures, tous les jours de la semaine, pour une durée de six mois ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision contestée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas bénéficié d'un délai de convocation suffisant pour préparer ses observations orales ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a été mise à même de demander la communication de son dossier ;
- elle n'a pas été régulièrement notifiée ;
- elle est entachée d'erreur de droit dès lors qu'elle se fonde sur les articles R. 571-26 et R. 571-27 du code de l'environnement, lesquels ne sont pas applicables faute d'édiction de l'arrêté ministériel auxquels ils renvoient ;
- elle est entachée d'erreur dans la matérialité des faits ;
- elle est disproportionnée.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 3 février et 30 août 2023, la commune de Lille, représentée par Me Delgorgue, conclut au rejet de la requête de la société La Petite Cantoche et à ce que cette dernière lui verse la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 2017-1244 du 7 août 2017 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Horn,
- et les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique,
- et les observations de Me Delgorgue, représentant la commune de Lille.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiée (SAS) La Petite Cantoche, immatriculée au registre du commerce et des sociétés depuis le 23 juin 2021, exploite un bar restaurant sis au 24, rue du Court Debout à Lille. Par un arrêté du 10 juin 2022, dont la société La Petite Cantoche demande l'annulation, le maire de cette commune a fixé l'heure de fermeture de cet établissement à 22 heures, tous les jours de la semaine, pour une durée de six mois.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; /()/ ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
3. D'une part, l'arrêté contesté vise les dispositions dont il fait application, le code de l'environnement, et notamment ses articles R. 571-26 et suivants, le code général des collectivités territoriales, et notamment ses articles L. 2212-1 et L. 2212-2, le code de la santé publique, ainsi que l'arrêté préfectoral du 18 juin 2021 relatif aux heures de fermeture des débits de boissons dans le département du Nord. D'autre part, il ressort des termes de l'arrêté qu'il se fonde sur les vingt-cinq réquisitions de riverains pour atteintes à la tranquillité publique recensées entre décembre 2021 et mai 2022, ainsi que sur des rapports de police et verbalisations effectuées pour différentes infractions durant cette période permettant d'établir que le fonctionnement de l'établissement " La Petite Cantoche " occasionne des troubles manifestes à l'ordre public et la tranquillité des riverains. L'arrêté attaqué mentionne ainsi de façon suffisamment circonstanciée, les motifs de droit et les circonstances de fait qui en constituent le fondement pour permettre à la société La Petite Cantoche de les discuter. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 122-1 code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. /()/ ".
5. Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 10 mai 2022, le maire de Lille a informé la société La Petite Cantoche qu'elle envisageait de restreindre ses horaires de fonctionnement en fixant son heure de fermeture à 22 heures, tous les jours de la semaine, pendant une durée de six mois, et que lui était ouvert un délai de quinze jours suivant la réception du courrier pour présenter ses observations écrites et ou orales en s'adressant aux services municipaux. Par courriel en date du 16 mai 2022, M. Ben Nasr, président de la société Benam, qui exploite cet établissement, a contesté que ce dernier soit à l'origine des nuisances alléguées et sollicité un rendez-vous pour être entendu oralement sur les faits qui lui étaient reprochés. M. Ben Nasr a été convoqué en mairie de Lille le 25 mai 2022, par un courriel adressé la veille, afin de lui permettre de formuler des observations orales, rendez-vous dont il n'est pas contesté qu'il a eu lieu. Si la société requérante soutient qu'elle n'a pas eu le temps de préparer ses observations orales du fait de la brièveté du délai entre la convocation et la tenue du rendez-vous, elle a disposé de quinze jours à cette fin à compter du 10 mai 2022 et n'allègue pas avoir sollicité un report de l'entretien du 26 mai 2022 ou même un délai supplémentaire. Dans ces conditions, et alors, au demeurant, qu'aucun principe ni aucune disposition législative ou réglementaire ne prévoit de délai de convocation pour observations orales sur une décision mentionnée à l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, le moyen tiré de ce que la procédure suivi serait de ce fait entaché d'irrégularité ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.
6. En troisième lieu, si la société La Petite Cantoche soutient qu'elle n'a pas été mise à même de demander la communication de son dossier, la décision contestée ne constitue pas une mesure à caractère de sanction mais une mesure individuelle de police administrative, et n'entre donc pas dans le champ d'application de l'article L. 122-2 code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen est inopérant et doit être écarté.
7. En quatrième lieu, dès lors que les conditions de notification d'une décision administrative, si elles sont susceptibles d'avoir une incidence sur son opposabilité, sont sans incidence sur sa légalité, la société requérante ne peut utilement soutenir que l'arrêté attaqué ne lui a pas été régulièrement notifié. Ce moyen doit donc être écarté.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est chargé, sous le contrôle administratif du représentant de l'Etat dans le département, de la police municipale (). ". Aux termes de l'article L. 2212-2 de ce code : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : / () 2° Le soin de réprimer les atteintes à la tranquillité publique telles que les rixes et disputes accompagnées d'ameutement dans les rues, le tumulte excité dans les lieux d'assemblée publique, les attroupements, les bruits, les troubles de voisinage, les rassemblements nocturnes qui troublent le repos des habitants et tous actes de nature à compromettre la tranquillité publique () ". Aux termes de l'article L. 2214-4 de ce code : " Le soin de réprimer les atteintes à la tranquillité publique, tel qu'il est défini au 2° de l'article L. 2212-2 et mis par cet article en règle générale à la charge du maire, incombe à l'Etat seul dans les communes où la police est étatisée, sauf en ce qui concerne les troubles de voisinage ".
9. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des rapports d'information des services de la police municipale du 27 mars, 5 avril, 8 avril, 10 avril, et 28 avril 2022 ainsi que du procès-verbal de contravention du 26 mars 2022, qu'à chacune de ces dates, les services de la police municipale ont constaté des nuisances sonores occasionnées par la clientèle de l'établissement " La Petite Cantoche " quasi-exclusivement après minuit. Si la société La Petite Cantoche soutient que son établissement était fermé à ces heures et qu'il ne dispose pas de terrasse côté rue, sa terrasse se situant en second rang, elle n'apporte aucun élément probant au soutien de ses allégations alors que, d'une part, les services de la police municipale ont constaté que l'établissement n'était pas fermé lors de leurs interventions et que, d'autre part, l'administration a produit en défense une photographie permettant de constater que l'établissement dispose bien d'une terrasse côté rue. Par ailleurs, si, par une attestation du 13 avril 2022, deux voisines résidant à proximité indiquent ne pas subir de nuisances sonores résultant du fonctionnement de l'établissement, ce document est dépourvu de toute précision. De même, la circonstance que la plupart de ces faits n'ont fait l'objet ni de verbalisations, ni de poursuites pénales n'est pas de nature à remettre en cause la matérialité des nuisances constatées par les agents de police assermentés. Il en va de même des allégations de la société requérante selon lesquelles peu de clients étaient en réalité présents les soirs en question, qui ne sont pas étayées. Enfin, si le procès-verbal, daté du 20 avril 2021, indique avoir constaté une infraction commise le 8 avril 2022 au 22 rue du Court Debout, le rapport d'information établi le jour de la constatation de cette infraction mentionne bien l'adresse de l'établissement " La Petite Cantoche ", soit, le 24 rue du Court Debout, et mentionne des nuisances sonores venant de sa terrasse. Dans ces conditions, le moyen tiré des erreurs dans la matérialité des faits est infondé et doit être écarté.
10. En sixième lieu, si la société requérante soutient que la décision attaquée est entachée de disproportion car " seules subsisteraient quelques constatations afférentes à des bruits de clientèle, en dehors de toute musique amplifiée ou fait de délinquance ", le maire de Lille a pu, eu égard au caractère répété des faits reprochés et à leur incidence sur la tranquillité des riverains, sans entacher son arrêté de disproportion, fixer l'heure de fermeture du débit de boissons " La Petite Cantoche " à 22 heures, tous les jours de la semaine, pour une durée de six mois.
11. En septième et dernier lieu, si la société requérante soutient que la décision attaquée est entachée d'erreur de droit dès lors qu'elle se fonde sur les articles R. 571-26 et R. 571-27 du code de l'environnement, il résulte de ce qui a été dit précédemment qu'en tout état de cause, l'application des dispositions des articles précités du code général des collectivités territoriales suffisait à fonder légalement la décision contestée.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la société La Petite Cantoche n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 10 juin 2022 par lequel le maire de Lille a fixé l'heure de fermeture de l'établissement " La Petite Cantoche ", à 22 heures, tous les jours de la semaine, pour une durée de six mois. Les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent donc être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Lille, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la société La Petite Cantoche au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, sur le fondement des mêmes dispositions, de mettre à la charge de la société La Petite Cantoche une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par la commune de Lille et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SAS la Petite Cantoche est rejetée.
Article 2 : La SAS la Petite Cantoche versera à la commune de Lille une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la commune de Lille est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SAS la Petite Cantoche et à la commune de Lille.
Délibéré après l'audience du 13 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
- M. Baillard, président,
- Mme Leclère, première conseillère,
- M. Horn, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2025.
Le rapporteur,
Signé
J. HornLe président,
Signé
B. Baillard
La greffière,
Signé
S. Dereumaux
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
No 2205054
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026