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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2205075

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2205075

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2205075
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMUBIAYI NKASHAMA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 4 juillet et 12 août 2022, Mme A C, représentée par Me Mubiayi Nkashama, demande au tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 juin 2022 par lequel le préfet du Nord lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à un nouvel examen de sa situation en lui délivrant le récépissé correspondant à sa situation sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées ont été prises par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la légalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a entaché sa décision d'un vice de procédure en ne saisissant pas la commission du titre de séjour.

Sur la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les décisions sont illégales en ce qu'elles reposent sur une décision portant refus de délivrance du titre de séjour elle-même illégale.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 13 juillet 2022 et le 30 décembre 2022, le préfet du Nord conclut en l'état de ses dernières écritures à ce que soit prononcé un non-lieu à statuer.

Il soutient que la décision attaquée a été abrogée par une décision du 28 décembre 2022.

Par une ordonnance du 16 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Borget a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, ressortissante algérienne, née le 25 juin 2003, est entrée en France en septembre 2019 sous couvert d'un visa de type " C ". Le 16 février 2021, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en se prévalant de la présence en France de plusieurs membres de sa famille et de la poursuite de ses études supérieures. Par un arrêté du 3 juin 2022, le préfet du Nord a rejeté sa demande et a assorti sa décision de refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, décidant qu'à l'expiration de ce délai, elle pourrait être reconduite d'office à destination du pays dont elle a la nationalité ou de tout autre pays dans lequel elle serait légalement admissible. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Au cas d'espèce, en raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre Mme C, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur l'étendue du litige :

4. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Dans le cas où l'administration procède à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance ne prive d'objet le recours formé à son encontre qu'à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.

5. Par un arrêté du 28 décembre 2022, postérieur à l'introduction de la requête, le préfet du Nord a procédé à l'abrogation de la décision du 3 juin 2022 refusant de délivrer le titre de séjour sollicité par Mme C, lui faisant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi. La requérante n'a pas indiqué, par l'intermédiaire de son conseil, vouloir contester cet arrêté procédant à l'abrogation de l'arrêté litigieux. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement auraient fait l'objet d'une exécution. Dans ces circonstances, les conclusions tendant à l'annulation pour excès de pouvoir des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

6. En premier lieu, par un arrêté du 30 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 225 du même jour, le préfet du Nord a donné délégation à Mme B D, cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers, à l'effet de signer, notamment, les décisions refusant la délivrance de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de Mme B D pour prendre la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

7. En deuxième lieu, la décision en litige énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde de manière suffisamment détaillée. Les mentions qu'elle comporte sont ainsi de nature à mettre en mesure la requérante d'en discuter utilement les motifs et le juge d'exercer son contrôle. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme C, ressortissante algérienne, née le 25 juin 2003, est entrée en France récemment en septembre 2019 sous couvert d'un visa de type " C ". Si elle se prévaut de la présence en France de sa mère et de son frère et sa sœur tous deux mineurs, il n'est pas contesté que sa mère se trouve en situation irrégulière, de sorte que rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Algérie. Par ailleurs, elle ne produit aucun élément relatif à son insertion dans la société française ou à ses conditions d'existence, à l'exception d'une attestation de réussite en première année de ses études universitaires intervenue postérieurement à la décision en litige. Dans ces conditions, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, la décision attaquée ne peut être regardée comme portant une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale, garanti par les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de leur méconnaissance doit être écarté.

10. En quatrième lieu, la circonstance, au demeurant non établie, que sa mère aurait été victime de violences conjugales en Algérie n'est pas à elle seule de nature à caractériser une erreur manifeste d'appréciation ni un défaut d'examen de la situation personnelle de la requérante.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / () / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ". Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour, lorsqu'il envisage de refuser un titre mentionné à l'article L. 432-13 précité, que du cas des étrangers qui remplissent effectivement l'ensemble des conditions de procédure et de fond auxquelles est subordonnée la délivrance d'un tel titre, et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces articles.

12. Si la requérante soutient que le préfet aurait dû saisir la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle remplissait effectivement les conditions requises à l'obtention d'un tel titre. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce vice de procédure ne peut qu'être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme que Mme C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Mme C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation des décisions du préfet du Nord du 3 juin 2022 portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au préfet du Nord et à Me Mubiayi Nkashama.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Leguin, présidente,

M. Borget, premier conseiller,

Mme Zoubir, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.

Le rapporteur,

signé

J. BORGET

La présidente,

signé

A-M. LEGUIN

La greffière,

signé

S. SING

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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