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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2205078

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2205078

mercredi 24 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2205078
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formationjuge unique (6)
Avocat requérantGAUCHET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Gauchet, demande au tribunal d'annuler la décision du président du conseil départemental du Nord du 17 mai 2022, prise sur recours administratif préalable obligatoire, confirmant l'indu de revenu de solidarité active d'un montant de 11 082,45 euros (INK/001) pour la période de juin 2019 à mai 2021, notifié le 1er décembre 2021.

Il soutient que :

- il est incontestable qu'il vit en France depuis le 1er mars 2015 ; qu'il y réside toujours après le mois de décembre 2018 ;

- il établit travailler en France ;

- il a seulement pris une résidence secondaire en Belgique depuis 2019 ;

- certains revenus ne pouvaient être déclarés avant l'année 2021 ; il n'avait aucune intention de frauder ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er août 2022, la caisse d'allocations familiales du Nord conclut à sa mise hors de cause.

Elle fait valoir que les contestations relatives au revenu de solidarité active relève de la compétence du département du Nord.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 octobre 2023, le président du conseil départemental du Nord conclut au rejet de la requête.

Les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné M. Riou, vice-président, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Riou a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, allocataire du revenu de solidarité active, a fait l'objet d'un contrôle par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales du Nord. Par un rapport d'enquête le 19 novembre 2021, il est constaté par l'agent que l'intéressé résidait à l'étranger pendant plusieurs mois. Par la suite, la caisse d'allocations familiales a procédé à la révision de ses droits et lui a notifié, par une décision du 1er décembre 2021, son intention de recouvrer un indu d'un montant de 11 082,45 euros correspondant au revenu de solidarité active, indûment perçu entre juillet 2019 et avril 2021. Le 17 janvier 2022, M. B a formé un recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de cette décision, réceptionné le 19 janvier. En parallèle, l'agent de la caisse d'allocations familiales a proposé de retenir la qualification frauduleuse et a saisi le comité d'études des cas présumés frauduleux. Le dossier de l'intéressé a été examiné par le comité le 17 février 2022. Sur avis du comité, le président du conseil départemental du Nord a décidé, le 30 mars 2022, de retenir la qualification frauduleuse de l'indu de revenu de solidarité active. Cette décision a également fait l'objet d'un recours administratif le 28 avril 2022. Par la suite, le 17 mai 2022, le président du conseil départemental a, d'une part, confirmé l'indu de revenu de solidarité active et a, d'autre part, confirmé la qualification frauduleuse de l'indu. Par la présente requête, M. B doit être regardé comme demandant l'annulation de la décision du 17 mai 2022, prise sur recours administratif préalable obligatoire, confirmant l'indu de revenu de solidarité active d'un montant de 11 082,45 euros (INK/001) pour la période de juin 2019 à mai 2021.

Sur la demande de mise hors de cause de la caisse d'allocations familiales du Nord :

2. La décision de récupération d'indu de revenu de solidarité active a été prise par la caisse d'allocations familiales du Nord qui assure la gestion de cette prestation, par délégation, pour le compte du département, lequel en assure le financement. Il s'ensuit que le président du conseil départemental a seule qualité, en l'absence de stipulation contraire de la convention de gestion prévue par l'article L. 262-25 du code de l'action sociale et des familles, pour défendre devant le tribunal administratif sur les demandes tendant à l'annulation des décisions des organismes payeurs en matière de revenu de solidarité active. Il y a lieu, dès lors, de mettre hors de cause la caisse d'allocations familiales du Nord s'agissant de cet indu.

Sur l'office du juge

3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'indu de revenu de solidarité active :

4. Aux termes de l'article L. 262-2 du code l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective (), a droit au revenu de solidarité active () ". Aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. (). / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire ".

5. Il résulte des dispositions de l'article R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles que : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

6. Il résulte des dispositions précitées que, pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active, une personne doit remplir la condition de ressources qu'ils mentionnent et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le revenu de solidarité active ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.

7. Aux termes de l'article L. 262-40 du code de l'action sociale et des familles : " () Les organismes chargés de son versement réalisent les contrôles relatifs au revenu de solidarité active selon les règles, procédures et moyens d'investigation applicables aux prestations de sécurité sociale. () " Selon le premier alinéa de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction applicable au litige : " Les directeurs des organismes chargés de la gestion d'un régime obligatoire de sécurité () du service des allocations et prestations mentionnées au présent code confient à des agents chargés du contrôle, assermentés et agréés dans des conditions définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité sociale (), le soin de procéder à toutes vérifications ou enquêtes administratives concernant l'attribution des prestations, le contrôle du respect des conditions de résidence (). Ces agents ont qualité pour dresser des procès-verbaux faisant foi jusqu'à preuve du contraire ".

8. Dans son rapport d'enquête, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, le contrôleur de la caisse d'allocations familiales conclut que M. B est inscrit au registre de la population belge depuis le mois de décembre 2018 et réside dans la commune de Mons depuis le mois de mars 2019. Il est connu à cette adresse précise par les organismes tels que sa mutuelle, l'union nationale des mutualités socialistes du Luxembourg, depuis le mois de janvier 2019, ou un organisme public pour l'intégration des personnes avec handicap depuis janvier 2019. Le contrôleur, après avoir exercé son droit de communication auprès de l'établissement financier de l'intéressé, constate que ses relevés confirment sa présence régulière en Belgique depuis décembre 2018. Par ailleurs, l'agent assermenté de la caisse d'allocations familiales relève que si l'allocataire a signé un bail avec Promocil HLM pour un logement situé à Landrecies, il ne justifie pas de son occupation. En outre, ses relevés de compte bancaire ne montrent plus de prélèvement pour ses factures d'électricité depuis juillet 2020. M. B informe le contrôleur qu'il n'a plus d'abonnement depuis plusieurs mois pour l'électricité.

9. M. B se borne à soutenir qu'il réside en France depuis 2015 et que cette résidence a perduré après le mois de décembre 2018. Or, il résulte des nombreuses pièces versées par l'intéressé qu'il démontre résider en France uniquement en dehors de la période retenue par le contrôleur assermenté de la caisse d'allocations familiales, à savoir entre le mois de juillet 2019 et le mois d'avril 2021. Si certaines pièces comme les avis d'imposition 2020 et 2021 ou encore sa facture de gaz pour l'année 2021 démontre l'existence d'une adresse en France, l'intéressé ne remet pas en cause les mentions du rapport sur l'absence d'une résidence stable et effective en France pour la période précitée. En outre, il résulte des propres écritures de l'intéressé qu'il admet avoir pris une autre résidence en Belgique depuis 2019. Par suite, le président du conseil départemental est fondé à soutenir que l'allocataire ne remplissait pas la condition de résidence en France stable et effective à laquelle le versement du revenu de solidarité active est subordonné.

10. Il résulte de ce qui précède que la requête présentée par M. B, y compris ses conclusions relatives aux frais liés au litige, doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La caisse d'allocations familiales du Nord est mise hors de cause s'agissant de la contestation de l'indu de revenu de solidarité active.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Gauchet, au département du Nord et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie pour information sera adressée à la caisse d'allocations familiales du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

signé

J.M. Riou

La greffière,

signé

I.Baudry

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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