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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2205207

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2205207

jeudi 28 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2205207
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSCP CAPELLE-HABOURDIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 juillet 2022, la société Free Mobile, représentée par Me Martin, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 10 mai 2022 par lequel le maire de la commune de Calonne-sur-la-Lys s'est opposé à la déclaration préalable de travaux n° DP 062 195 22 00008 portant sur l'édification d'une station relais de téléphonie mobile sur un terrain situé rue Saint Floris ;

2°) à titre subsidiaire, dans le cas où l'existence d'une décision tacite de non-opposition ne serait pas admise, d'enjoindre, à titre principal, au maire la commune de Calonne-sur-la-Lys de lui délivrer une décision de non-opposition pour l'édification de la station relais de téléphonie mobile, dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder à une nouvelle instruction de sa déclaration préalable de travaux, dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Calonne-sur-la-Lys une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que la décision préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate, d'une part, à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par les réseaux de téléphonie mobile, et d'autre part, à ses intérêts propres résultant des engagements qu'elle a pris vis-à-vis de l'Etat alors qu'à ce jour les objectifs qui lui sont imposés par celui-ci ne sont pas encore atteints ; la partie du territoire de la commune de Calonne-sur-la-Lys sur laquelle la station relais doit être implantée n'est pas intégralement couverte par ses réseaux ;

- la décision en litige est insuffisamment motivée dès lors qu'elle ne cite pas les dispositions législatives et réglementaires sur lesquelles elle se fonde ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 222 de la loi n°2018-1021 du 23 novembre 2018 dès lors qu'elle constitue une décision de retrait de la décision tacite de non-opposition née de l'absence de réponse du maire dans un délai de deux mois à compter de la date à laquelle elle a complété son dossier, soit le 10 mars 2022 ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que les éléments mis en avant dans la décision attaquée ne sont pas au nombre de ceux qui peuvent fonder une décision d'opposition à une déclaration préalable en application des dispositions combinées des articles L. 421-6 et L. 421-7 du code de l'urbanisme ;

- le maire a fait une inexacte application des dispositions de l'article A 424-8 du code de l'urbanisme dès lors que l'arrêté en litige se fonde sur un préjudice esthétique des propriétaires riverains et une éventuelle dévalorisation de leurs habitations ;

- le maire a fait une inexacte application des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme dès lors que l'arrêté en litige ne se livre à aucune appréciation de la qualité du site d'implantation, que celui-ci ne présente aucun intérêt particulier et que la configuration du pylône à ériger n'implique qu'un impact paysager limité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juillet 2022, la commune de Calonne-sur-la-Lys, représentée par Me Lacherie, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors qu'il ressort des cartes de l'Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP) que le réseau 4G de la société Free Mobile couvre 99 % de la population de la commune et 91 % du territoire de la commune ; il n'est fait état d'aucune difficulté concernant l'arrondissement de Béthune ; elle n'est pas au nombre des communes visées par le calendrier de déploiement du réseau 5G de la société requérante ;

- les moyens soulevés ne sont pas de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué ;

- une substitution de motif doit, au besoin, être effectuée dès lors que la méconnaissance des dispositions de l'article A3 du règlement du plan local d'urbanisme par le projet litigieux justifie la décision attaquée, le dossier de déclaration préalable se contentant de mentionner l'existence d'un chemin piéton d'un mètre de largeur sur 65 mètres de long, sans préciser les conditions d'accès des véhicules à incendie alors que le projet comporte une installation électrique.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 21 juin 2022 sous le numéro 2204669 par laquelle la société Free Mobile demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- la loi n°2018-1021 du 23 novembre 2018 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Chevaldonnet, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 26 juillet 2022 à 11h30, M. A a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Candelier substituant Me Martin, représentant la société Free Mobile, qui reprend les faits, conclusions et moyens de sa requête et ajoute que les cartes mises en ligne par l'ARCEP sont moins précises que celles fournies par les opérateurs et qui soutient que la substitution de motif sollicitée n'est pas fondée ;

- les observations de Me Lacherie, représentant la commune de Calonne-sur-la-Lys, qui reprend les faits, conclusions et arguments du mémoire en défense.

Considérant ce qui suit :

1. La société Free Mobile a déposé, le 10 mars 2022, une déclaration préalable de travaux en vue de l'implantation, sur une parcelle située rue Saint Floris sur le territoire de la commune de Calonne-sur-la-Lys, d'une station relais de téléphonie mobile. Par un arrêté du 10 mai 2022, le maire de la commune de Calonne-sur-la-Lys s'est opposé à cette déclaration préalable. Par sa requête, la société Free Mobile demande au juge de référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. En l'espèce, la société requérante établit par la production de cartes de couverture réseau, que le territoire de la commune de Calonne-sur-la-Lys n'est pas entièrement couvert par son réseau de téléphonie mobile 3G et 4G et ne l'est pas en ce qui concerne son réseau dit 5G. Il apparaît que la station relais en litige permettra ainsi de couvrir des zones actuellement non prises en charge de manière satisfaisante par les antennes relais déjà implantées. Si la commune fait valoir que des cartes de couverture réseau mises en ligne sur un site Internet dédié de l'ARCEP indique que le territoire communal est d'ores et déjà couvert par les réseaux de la société Free Mobile, ces cartes, établies à titre d'information, ne présentent pas le même niveau de précision que celui des cartes locales produites par l'opérateur en ce qui concerne ses propres fréquences. Ainsi, eu égard à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par les réseaux de téléphonie mobile, aux intérêts propres de la société Free Mobile qui a pris des engagements vis-à-vis de l'Etat quant à la couverture du territoire par ses réseaux et alors que la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit s'apprécier de manière globale, cette condition doit, dans les circonstances de l'espèce, être regardée comme remplie.

En ce qui concerne l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

5. En l'état de l'instruction,, l'arrêté du 10 mai 2022 n'ayant été notifié que le 16 mai suivant, le moyen tiré de ce que la société Free Mobile était, à la date du 10 mai 2022, titulaire d'une décision de non-opposition à déclaration préalable qui ne pouvait pas être retirée sans méconnaître les dispositions de l'article 222 de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Il en est de même en ce qui concerne le moyen tiré de l'insuffisante motivation en droit de l'arrêté attaqué. Pour l'application des dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée

6. Par ailleurs, les dispositions de l'article 222 de la loi susvisée du 23 novembre 2018 faisant obstacle au retrait par le maire de Calonne-sur-la-Lys, fût-elle illégale, de la décision tacite de non-opposition à déclaration préalable dont la société Free Mobile bénéficie depuis le 10 mai 2022, la commune ne peut utilement demander au juge des référés de substituer aux motifs figurant dans l'arrêté attaqué, le motif tiré de la méconnaissance par le projet des dispositions de l'article A3 du règlement du plan local d'urbanisme.

7. Les deux conditions posées par l'article L. 521-1 du code de la justice administrative étant remplies, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de l'arrêté en date du 10 mai 2022 du maire de la commune de Calonne-sur-la-Lys, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cet arrêté.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Free mobile, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Calonne-sur-la-Lys demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Calonne-sur-la-Lys une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la société Free mobile et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté en date du 10 mai 2022 du maire de la commune de Calonne-sur-la-Lys est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : La commune de Calonne-sur-la-Lys versera à la société Free Mobile une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de commune de Calonne-sur-la-Lys présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Free Mobile et à la commune de Calonne-sur-la-Lys.

Fait à Lille, le 28 juillet 2022.

Le juge des référés,

signé

B. A

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière

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