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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2205305

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2205305

jeudi 28 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2205305
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCLEMENT D'ARMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 juillet 2022, M. A C, représenté par Me Clément, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 20 décembre 2021 par lequel le préfet du Nord lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa demande et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Clément, avocat de M. C, de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure :

- faute d'avoir été soumise à l'avis de la commission du titre de séjour ;

- faute d'avoir été soumise à l'avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) postérieurement à l'enregistrement de sa demande de titre de séjour ;

- en ce que l'avis du collège de médecins du service médical de l'OFII n'a pas été rendu collégialement ;

- en ce qu'il n'est pas justifié que le médecin ayant établi le rapport médical sur le fondement duquel l'avis du collège de médecins du service médical de l'OFII a été rendu n'a pas siégé lors de la délibération ;

- en ce que l'avis du collège de médecins du service médical de l'OFII n'a pas été rendu dans le respect des délais prévus par l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet se serait estimé à tort lié par l'avis du collège de médecins du service médical de l'OFII ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, faute d'avoir respecté le droit à une bonne administration et le principe général du droit de l'Union européenne des droits de la défense, notamment consacrés par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision octroyant un délai de départ volontaire :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour et de la décision faisant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que l'autorité administrative ne lui a pas accordé un délai de départ volontaire supérieur à trente jours ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour et de la décision faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 août 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable car tardive ;

- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

L'OFII a présenté des observations, enregistrées le 13 septembre 2024.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Riou, vice-président,

- les observations de M. E, tuteur de M. A C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, de nationalité serbe, né le 23 juillet 1995, déclare être entré en France le 17 novembre 2017. Le 13 août 2020, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " pour raisons de santé valable jusqu'au 12 février 2021 lui a été délivrée. Par une demande du 20 août 2021, M. C a sollicité le renouvellement de sa carte de séjour temporaire. Par un arrêté du 20 décembre 2021, le préfet du Nord a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté du 22 novembre 2021, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture du Nord, le préfet du Nord a donné délégation à M. D B, sous-préfet de Douai, à l'effet de signer, notamment, l'arrêté attaqué. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée mentionne les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision ne peut, dès lors, qu'être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (). / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. Il peut également convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Le demandeur présente au service médical de l'office les documents justifiant de son identité. A défaut de réponse dans le délai de quinze jours, ou si le demandeur ne se présente pas à la convocation qui lui a été fixée, ou s'il n'a pas présenté les documents justifiant de son identité le médecin de l'office établit son rapport au vu des éléments dont il dispose et y indique que le demandeur n'a pas répondu à sa convocation ou n'a pas justifié de son identité. Il transmet son rapport médical au collège de médecins. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 de ce code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. () ". Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 27 décembre 2016 pris pour l'application de ces dispositions : " Le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport. () ". Enfin, aux termes de l'article 6 du même arrêté : " () un collège de médecins () émet un avis () précisant : a) si l'état de santé du demandeur nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / () / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

5. Les dispositions citées au point 4, issues de la loi du 7 mars 2016 relative au droit des étrangers en France et de ses textes d'application, ont modifié l'état du droit antérieur pour instituer une procédure particulière aux termes de laquelle le préfet statue sur la demande de titre de séjour présentée par l'étranger malade au vu de l'avis rendu par trois médecins du service médical de l'OFII, qui se prononcent en répondant par l'affirmative ou par la négative aux questions figurant à l'article 6 précité de l'arrêté du 27 décembre 2016, au vu d'un rapport médical relatif à l'état de santé du demandeur établi par un autre médecin de l'Office, lequel peut le convoquer pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Cet avis commun, rendu par trois médecins et non plus un seul, au vu du rapport établi par un quatrième médecin, le cas échéant après examen du demandeur, constitue une garantie pour celui-ci. Les médecins signataires de l'avis ne sont pas tenus, pour répondre aux questions posées, de procéder à des échanges entre eux, l'avis résultant de la réponse apportée par chacun à des questions auxquelles la réponse ne peut être qu'affirmative ou négative. Par suite, la circonstance que, dans certains cas, ces réponses n'aient pas fait l'objet de tels échanges, oraux ou écrits, est sans incidence sur la légalité de la décision prise par le préfet au vu de cet avis.

6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que, ainsi qu'il y était tenu par les dispositions citées au point 4, le préfet du Nord a recueilli l'avis du collège de médecins du service médical de l'OFII rendu le 20 juillet 2021 avant de refuser la délivrance du titre de séjour sollicité. Le requérant ne se prévaut pas de circonstance postérieure de nature à remettre en cause le sens de cet avis ni n'allègue avoir été empêché d'informer le préfet d'une aggravation de son état de santé au cours de l'instruction de sa demande. Par suite, la circonstance que cet avis, fondé sur le certificat et les éléments médicaux fournis le 10 mars 2021 par M. C dans le cadre d'une précédente demande de délivrance de titre, dont il n'est au demeurant pas allégué que celle-ci ait donné lieu à une décision de refus, ait été rendu antérieurement à l'introduction de sa demande de renouvellement présentée devant la préfecture du Nord le 20 août 2021 est, par elle-même, sans incidence sur la légalité de la décision contestée. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Nord ne pouvait se fonder sur cet avis du

20 juillet 2021 pour prendre la décision contestée.

7. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que l'avis du collège de médecins de l'OFII rendu le 20 juillet 2021, produit par le préfet du Nord en défense, mentionne l'identité de ses auteurs, régulièrement désignés par une décision du directeur général de cet office du 7 juin 2021. En outre, cet avis, rendu par trois médecins de l'OFII parfaitement identifiés, comporte leur signature. Par ailleurs, il ressort de cet avis, ainsi que de son bordereau de transmission à la préfecture, que le médecin ayant établi le rapport médical sur l'état de santé de M. C est identifié nommément et n'a pas siégé au sein du collège de médecins, conformément aux dispositions précitées des articles R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 5 de l'arrêté du 27 décembre 2016.

8. Enfin, si l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que le collège de médecins de l'OFII rend son avis dans un délai de trois mois à compter de la transmission par le demandeur des éléments médicaux nécessaires à l'examen de sa demande, ce délai n'est pas prescrit à peine d'irrégularité de la procédure. Par suite, la circonstance que le collège de médecins de l'OFII aurait rendu son avis postérieurement à l'échéance du délai prévu par ces dispositions est sans incidence sur la régularité de la décision contestée. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de l'irrégularité de la procédure préalable à la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour doivent être écartés.

9. En quatrième lieu, il résulte des dispositions citées au point 4 qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour à un étranger qui en fait la demande au titre des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de vérifier, au vu de l'avis émis par le médecin mentionné à l'article R. 425-11 du même code, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

10. M. C soutient qu'il souffre de graves problèmes de santé nécessitant un suivi médical régulier et approfondi, cette circonstance justifiant que lui soit délivrée une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " pour raisons de santé. Toutefois, pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité, le préfet du Nord s'est fondé sur l'avis du collège des médecins du service médical de l'OFII du 20 juillet 2021 indiquant que, si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'intéressé peut bénéficier d'une prise en charge médicale appropriée dans son pays d'origine eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de ce pays. Il est constant que M. C, qui produit de nombreux certificats médicaux au soutien de ses allégations, est atteint d'un retard mental et que la maladie lithiasique rénale, le cancer testiculaire traité en 2016 et la maladie de Verneuil dont il fait l'objet nécessitent un suivi urologique, un suivi dermatologique et des interventions chirurgicales. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment des observations de l'OFII, que les caractéristiques du système de soins serbe permettent à l'intéressé de bénéficier des suivis médicaux que nécessite son état de santé et que la doxycyline, traitement antibiotique prescrit dans le cadre de sa maladie de Verneuil, est disponible dans ce pays. La circonstance que l'intéressé produise une attestation de son médecin indiquant qu'il ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié en Serbie n'est pas suffisante pour contredire l'existence de ce traitement, les connaissances de ce médecin relatives au système de santé serbe n'étant pas établies. Enfin, M. C ne se prévaut d'aucune circonstance particulière faisant obstacle à ce qu'il bénéficie personnellement de ce traitement dans son pays d'origine. Ainsi, si l'état de de santé de M. C nécessite une prise en charge dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Nord, qui n'a au demeurant pas inversé la charge de la preuve, a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. En cinquième lieu, et au regard de ce qui a été dit au point précédent, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord se serait estimé lié par l'avis du collège des médecins du service médical de l'OFII du 20 juillet 2021 pour prendre sa décision.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ". Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour, lorsqu'il envisage de refuser un titre mentionné à l'article L. 432-13, que du cas des étrangers qui remplissent effectivement l'ensemble des conditions de procédure et de fond auxquelles est subordonnée la délivrance d'un tel titre, et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent des articles auxquels les dispositions de l'article L. 432-13 précitées renvoient.

13. Il résulte de ce qui précède que M. C ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer le titre de séjour prévu par les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'absence de saisine de la commission du titre de séjour en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 423-13 du même code ne peut qu'être écarté.

Sur la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour doit être écarté.

15. En deuxième lieu, si, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ", il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant.

16. Toutefois, il résulte également de la jurisprudence de la Cour de Justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

17. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise concomitamment au refus de délivrance d'un titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du refus de titre de séjour. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu avant que n'intervienne la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour.

18. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour.

19. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C n'aurait pas été en mesure de présenter des observations pendant l'instruction de sa demande de titre de séjour. En outre, la seule circonstance que le préfet qui refuse la délivrance ou le renouvellement du titre de séjour sollicité par l'étranger en assortissant cette décision d'une obligation de quitter le territoire français n'a pas, préalablement à l'édiction de la mesure d'éloignement, de sa propre initiative, expressément informé l'étranger qu'en cas de rejet de sa demande de titre de séjour, il serait susceptible d'être contraint de quitter le territoire français en l'invitant à formuler ses observations sur cette éventualité, n'est pas de nature à permettre de regarder l'étranger comme ayant été privé de son droit à être entendu. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu préalablement à l'édiction de la décision en litige et de la méconnaissance du principe du contradictoire ne peut qu'être écarté.

20. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable au présent litige : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

21. Il résulte de ce qui a été exposé au point 10 du présent jugement que si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge dont le défaut est de nature à avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut bénéficier effectivement dans son pays d'origine d'un traitement approprié. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

22. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

23. Si M. C, qui déclare être entré en France le 17 novembre 2017, fait valoir que ses parents, ses frères et sa sœur résident sur le territoire français, la régularité du séjour des membres de sa famille n'est pas établie. Il ressort notamment des pièces du dossier que les demandes d'asile présentées par les parents du requérant ont été rejetées par des décisions du 30 avril 2018 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), confirmées par des décisions du 3 octobre 2018 de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Si ceux-ci ont ensuite sollicité le réexamen de leur demande d'asile, ces demandes ont une nouvelle fois fait l'objet d'un refus. Par ailleurs, la circonstance que ses trois frères mineurs soient scolarisés en France est sans influence sur la légalité de la décision contestée. Souffrant d'un handicap mental qui le prive d'autonomie dans les actes de la vie courante, l'intéressé est toujours pris en charge par ses parents. Si M. C a bénéficié de soins à raison des pathologies déjà évoquées, ni l'attestation de suivi d'une formation de français en langue étrangère à raison de deux heures par semaine avec ses parents, ni l'attribution d'une allocation aux adultes handicapés par la MDPH ne caractérisent une sociabilisation en dehors du cercle familial telle qu'il devrait être regardé comme ayant fixé sa vie privée en France. Par ailleurs, si M. C fait valoir que son handicap nécessite l'assistance quotidienne d'une tierce personne, il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer en Serbie, pays dont tous les membres ont la nationalité, et que l'intéressé se retrouverait isolé dans ce pays. De plus, si le requérant se prévaut de la présence en France de son oncle, titulaire d'une carte de résident valable jusqu'en 2027, il n'établit pas ni même n'allègue qu'il aurait des liens d'une particulière intensité avec ce dernier. Enfin, si M. C fait valoir qu'il a effectué une formation afin de maîtriser la langue française, cette circonstance n'est pas de nature à établir, à elle seule, qu'il serait dans l'impossibilité de se rétablir socialement et professionnellement dans son pays d'origine, pays dans lequel il a passé la majeure partie de sa vie. Par suite, et compte tenu de ce qui a été dit au point 10, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France au regard des buts poursuivis.

Sur la décision octroyant un délai de départ volontaire :

24. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour et de la décision faisant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

25. En deuxième lieu, la décision attaquée mentionne les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision ne peut, dès lors, qu'être écarté.

26. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas () ".

27. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C, qui a bénéficié d'un délai de départ volontaire de trente jours, a sollicité l'octroi d'un délai de départ supérieur à titre dérogatoire. En outre, eu égard à ce qui a été exposé au point 10 et à la circonstance que l'avis du collège des médecins du service médical de l'OFII indique que l'état de santé de l'intéressé lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que la situation particulière de M. C justifie qu'il lui soit accordé, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Nord a méconnu les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

28. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. C avant de prendre la décision attaquée. Par suite, ce moyen doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

29. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour et de la décision faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours doit être écarté.

30. En second lieu, aux termes identiques de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

31. Il résulte de ce qui a été exposé au point 10 que si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge dont le défaut est de nature à avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut bénéficier effectivement dans son pays d'origine d'un traitement approprié. En outre, il ressort des pièces du dossier que la demande présentée par M. C tendant à ce que lui soit accordé le statut de réfugié a été rejetée par une décision de l'OFPRA du 30 avril 2018, confirmée par une décision de la CNDA du 3 octobre 2018. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées doivent être écartés.

32. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 20 décembre 2021 par lequel le préfet du Nord lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Ses conclusions à fin d'annulation doivent dès lors être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'il a présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Nord.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur, à M. E et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Riou, président,

- Mme Jaur, première conseillère,

- Mme Célino, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2024.

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

A. JaurLe président-rapporteur,

Signé

J.-M. Riou

La greffière,

Signé

S. Ranwez

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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