mardi 13 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2205351 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | FRANCE TERRE D'ASILE - CRA COQUELLES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête sommaire et un mémoire complémentaire, enregistrés les 13 et 22 juillet 2022, M. B A, représenté par Me Ndiaye, demande au Tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 juillet 2022 par lequel la préfète de la Somme lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Somme, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour d'un an à titre dérogatoire ou pour des motifs exceptionnels ou humanitaires, et à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa demande et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 152,45 euros par jour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- il appartient à l'administration de justifier de la compétence du signataire de l'acte ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de l'infraction commise par le requérant.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- il appartient à l'administration de justifier de la compétence du signataire de l'acte ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise en violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- il appartient à l'administration de justifier de la compétence du signataire de l'acte ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur de droit en ce que l'autorité préfectorale ne s'est pas explicitement prononcée sur les critères des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle et notamment sur sa vie privée et familiale.
Par des pièces et un mémoire, enregistrés les 21 juillet et 3 août 2022, la préfète de la Somme conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. C en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 août 2022, à l'issue de laquelle l'instruction a été close :
- le rapport de M. Groutsch, magistrat désigné ;
- les observations de Me Ndiaye, représentant M. A, qui reprend les conclusions et moyens de la requête ;
- la préfète de la Somme n'étant ni présente ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant ivoirien, né le 24 décembre 1991, déclare être entré en France en 2016. Il demande l'annulation de l'arrêté du 12 juillet 2022 par lequel la préfète de la Somme lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, lui a indiqué qu'à l'expiration de ce délai il pourrait être reconduit d'office à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout autre pays vers lequel il serait légalement admissible et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.
Sur les moyens communs aux décisions attaquées :
2. En premier lieu, par un arrêté du 17 décembre 2021, publié le même jour au recueil n° 2021-118 des actes administratifs de la préfecture, la préfète de la Somme a donné délégation à Mme Myriam Garcia, secrétaire général de la préfecture de la Somme, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer, notamment, les décisions contestées. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté en litige doit, dès lors, être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté énonce l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde, de manière suffisamment circonstanciée pour mettre utilement M. A en mesure d'en discuter les motifs. Il est ainsi suffisamment motivé au regard des exigences du code des relations entre le public et l'administration et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. En l'espèce, s'il est constant que M. A est employé depuis le 20 juin 2021 comme marin stewart et est hébergé à titre gratuit par son employeur depuis le 1er janvier 2022, il n'établit pas, par les seules pièces qu'il produit, être entré en France en 2016 comme il l'affirme, pas plus qu'il n'établit la continuité de son séjour depuis cette date. Par ailleurs, s'il allègue entretenir des liens personnels et familiaux intenses et stables en France, il n'apporte aucun élément l'attestant. Il déclare au contraire, lors de l'audition du 12 juillet 2022 ayant donné lieu à un procès-verbal du même jour signé de sa main, ne pas avoir de famille en France. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ce moyen doit, par suite, être écarté.
6. En second lieu, si M. A dispose d'un logement et d'un contrat de travail en France, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait dans l'impossibilité de trouver un logement et de travailler dans son pays d'origine. Dans ces circonstances, la préfète de la Somme n'a pas entaché la décision contestée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.
Sur la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire :
7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de la Somme n'aurait pas procédé, avant de prendre la décision litigieuse, à un examen particulier et approfondi des éléments qui caractérisent la situation personnelle de M. A sur la base des informations connues de l'administration, et notamment des infractions qui lui sont reprochées, le requérant étant défavorablement connu des services de police pour des faits de menaces de mort réitérées, commis le 1er février 2022, et pour des faits d'outrage, rébellion et violences sur personne dépositaire de l'ordre public, commis le 11 juillet 2022. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier doit être écarté.
Sur les autres moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :
8. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". M. A, qui se borne à mentionner avoir quitté la Côte d'Ivoire suite à une agression homophobe, n'assortit son moyen d'aucune précision de nature à faire obstacle à sa reconduite dans cet Etat. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
9. En second lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 5 à 8, la préfète ne peut être regardée comme ayant commis une erreur manifeste d'appréciation dans les conséquences de la décision fixant le pays de destination sur la situation personnelle du requérant.
Sur les autres moyens dirigés contre l'interdiction de retour sur le territoire français :
10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
11. Il ressort des termes mêmes des dispositions citées au point précédent que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Ainsi la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Toutefois, si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
12. En l'espèce, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle se réfère aux conditions d'entrée et de séjour de M. A sur le territoire français, à l'absence d'ancienneté, d'intensité et de stabilité des liens personnels et familiaux de l'intéressé sur le territoire français, précise qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et que sa présence sur le sol national représente une menace pour l'ordre public en considération des faits rappelés au point 7. Par suite, la préfète, qui s'est prononcée sur l'ensemble des critères des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit.
13. En second lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 5 à 8, ainsi qu'au point 12, la préfète ne peut être regardée comme ayant commis une erreur manifeste d'appréciation dans les conséquences de la décision portant interdiction de retour pour une durée d'un an sur la situation personnelle du requérant.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 12 juillet 2022 de la préfète de la Somme. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions présentées à fin d'injonction, et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de la Somme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2022.
Le magistrat désigné,
Signé,
P. CLa greffière,
Signé,
F. JANET
La République mande et ordonne à la préfète de la Somme et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026