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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2205383

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2205383

mercredi 20 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2205383
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSCHRYVE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 15 et 19 juillet 2022, M. A C demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 15 juillet 2022 par lequel le préfet du Nord a décidé de le transférer aux autorités allemandes ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui remettre tout effet personnel qui serait en possession de l'administration ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. C soutient que :

- la décision en litige a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors, d'une part, qu'elle méconnaît les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 en ce qu'il n'a pas reçu les informations prévues par ces dispositions, d'autre part, qu'elle méconnaît les dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 en ce qu'il n'a pas bénéficié d'un entretien individuel et confidentiel, enfin, qu'il n'a pas été informé de son droit de présenter des observations, en méconnaissance des articles L. 121-1 à L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît les dispositions du paragraphe 2 de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 en ce qu'il n'a pas été informé de la possibilité de ce que le délai de transfert pouvait être prorogé ;

- elle méconnaît les dispositions du paragraphe 2 de l'article 26 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et des articles L. 572-1 et L. 572-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'elle ne mentionne pas le caractère suspensif du recours pouvant être introduit à l'encontre de la décision de transfert ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 29 du règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'il n'a pas reçu d'information lors de son passage à la borne Eurodac ;

- elle méconnaît les dispositions des articles 1 et 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ainsi que les dispositions de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet du Nord a saisi plusieurs Etats membres d'une demande de reprise en charge ;

- le préfet s'est estimé en situation de compétence liée pour le transférer vers l'Allemagne en n'examinant pas la possibilité de faire application de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- la décision attaquée porte une atteinte manifestement grave et illégale au droit d'asile du fait de la responsabilité de la France dans l'examen de sa demande d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

La procédure a été transmise au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire mais qui a communiqué le 18 juillet 2022 des pièces.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution ;

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné Mme D en application de l'article L. 572-5 du code de justice administrative.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bruneau, magistrate désignée ;

- les observations de Me Schryve, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens. Elle soutient que la décision en litige méconnaît les dispositions des articles 7 et 13.1 du règlement (UE) n° 604/2013 dès lors que l'Espagne ayant donné son accord le 4 juin 2021 pour reprendre en charge M. C, cet Etat doit être regardé comme étant l'Etat responsable en lieu et place de l'Allemagne. Elle ajoute que la décision en litige est entachée d'un défaut d'examen sérieux de la situation personnelle du requérant en ce qu'elle ne mentionne pas l'accord de l'Espagne du 4 juin 2021.

- les observations du préfet du Nord, représenté par Me Cherfi-Yonis, qui conclut au rejet de la requête. Elle fait valoir que la décision attaquée est fondée sur l'accord implicite de l'Allemagne, qu'en l'absence de demande d'asile présentée par le requérant les brochures n'avaient pas à lui être remises et qu'enfin en l'absence d'éléments apportés par M. C justifiant ses attaches sur le territoire national, le préfet n'a pas méconnu les dispositions de l'article 17 du règlement n° 604/2013.

- M. C, assisté de M. B interprète en langue arabe, qui répond aux questions posées par le tribunal.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né le 23 septembre 1995 à Bida (Algérie) a été interpellé le 29 juin 2022 à Lille par les services de police en situation irrégulière de séjour sur le territoire français. Après avoir procédé à la comparaison des empreintes décadactylaires de M. C avec les données du fichier Eurodac, le préfet du Nord a constaté que ce dernier avait été enregistré en qualité de demandeur d'asile en Allemagne le 23 octobre 2020 et en Suisse le 10 mai 2021. Il a saisi les autorités allemandes et suisses d'une demande de reprise en charge le 30 juin 2022. Les autorités suisses ont rejeté la demande en raison de l'accord de reprise en charge adressé par les autorités espagnoles le 4 juin 2021. L'Allemagne a fait connaître son accord implicite le 15 juillet 2022. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 15 juillet 2022 par lequel le préfet du Nord a décidé de le transférer aux autorités allemandes.

2. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté du 19 juillet 2021, publié le même jour au recueil spécial n° 164 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à Mme F E, adjointe à la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, signataire de l'arrêté en litige, à l'effet de signer, notamment, la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen. / Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative () ".

4. La décision attaquée énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde de manière suffisamment détaillée. Elle vise notamment les règlements n° 603/2013 et n° 604/2013 du 26 juin 2013, les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet mentionne que M. C a été identifié dans la base Eurodac pour franchissement irrégulier des frontières en Allemagne le 23 octobre 2020 et en Suisse le 10 mai 2021. Le préfet indique que l'Allemagne, premier Etat membre traversé par le requérant et dans lequel il a laissé ses empreintes, devait être responsable du traitement de sa demande d'asile en application des dispositions de l'article 18 1. b du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013. Le préfet précise que les autorités allemandes ont accepté le transfert par un accord du 15 juillet 2022. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation en fait de l'arrêté attaqué doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () 2. Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'État membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'État membre requérant. Ce délai peut être porté à un an au maximum s'il n'a pas pu être procédé au transfert en raison d'un emprisonnement de la personne concernée ou à dix-huit mois au maximum si la personne concernée prend la fuite. () ".

6. M. C soutient que le préfet du Nord a méconnu les dispositions précitées de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'il ne l'a pas informé, au moment de la notification de la décision de transfert, de ce que le délai d'exécution de cette décision pouvait être porté à douze voire à dix-huit mois. Toutefois, ni les dispositions précitées de l'article 29 du règlement du 26 juin 2013 ni aucun autre texte ou principe n'oblige l'administration à informer l'étranger faisant l'objet d'une décision de transfert, au moment de la notification d'une telle décision, de l'éventuelle prolongation du délai d'exécution du transfert en cause et la décision attaquée a été édictée le même jour que celui de l'acceptation par les autorités allemandes de sa prise en charge le 15 juillet 2022. Au demeurant, les éventuelles irrégularités entachant la notification d'une décision administrative sont sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen doit être écarté.

7. En quatrième lieu, il résulte des dispositions des articles 4, 5, 20 et 24 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 que si un étranger en situation irrégulière sollicite, auprès des autorités d'un Etat membre, son admission au séjour au titre de l'asile, les autorités compétentes doivent mettre en œuvre les garanties prévues par les articles 4 et 5 du règlement (UE) n° 604/2013 en vue de la détermination de l'Etat membre responsable. En revanche, si, à la suite d'une interpellation, un Etat membre constate sur son territoire la présence irrégulière d'une personne qui n'a introduit aucune demande d'asile sur son territoire mais qui a introduit une telle demande sur le territoire d'un autre Etat membre, il peut requérir l'Etat membre qu'il estime responsable aux fins de reprise en charge. Dans ce cas, l'Etat membre requérant, sur le territoire duquel aucune demande de protection internationale n'a été introduite, peut prendre un arrêté de transfert sans mettre en œuvre les garanties prévues par les articles 4 et 5 du règlement (UE) n° 604/2013, qui ne pèsent que sur l'Etat membre dans lequel une demande de protection internationale a été introduite.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. C, qui a été interpellé à l'occasion d'un contrôle d'identité rue des Postes à Lille, n'a pas déposé de demande d'asile en France et n'en a jamais exprimé le souhait. La situation du requérant, enregistré en qualité de demandeur d'asile en Allemagne, relève ainsi des dispositions de l'article 24 du règlement précité, applicables aux requêtes " aux fins de reprise en charge lorsque aucune nouvelle demande n'a été introduite dans l'Etat membre requérant ". Dès lors, le préfet du Nord n'avait pas à faire précéder l'édiction de la décision attaquée des garanties prévues à l'article 4 et 5 du règlement (UE) n° 604/2013, qui ne pèsent que sur l'Etat membre dans lequel une demande de protection internationale a été introduite. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de ces dispositions doivent être écartés.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 100-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Le présent code régit les relations entre le public et l'administration en l'absence de dispositions spéciales applicables ". Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, () sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix () ".

10. Il résulte des dispositions du livre V du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier des articles L. 571-1, L. 572-1, L. 572-7, et R. 572-1 concernant les décisions de transfert d'un étranger aux autorités d'un Etat membre de l'Union européenne responsable de l'examen de sa demande d'asile, que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger son éloignement du territoire français. Dès lors, la méconnaissance des articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration ne saurait être utilement invoquée à l'encontre de la décision attaquée dont la procédure est régie par des dispositions spéciales. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que M. C a été auditionné par les services de police le 29 juin 2022, audition au cours de laquelle il a été mis à même de présenter ses observations sur la mesure d'éloignement pouvant être prise à son encontre. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.

11. En sixième lieu, aux termes de l'article 26 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Lorsque l'État membre requis accepte la prise en charge ou la reprise en charge d'un demandeur ou d'une autre personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point c) ou d), l'État membre requérant notifie à la personne concernée la décision de le transférer vers l'État membre responsable et, le cas échéant, la décision de ne pas examiner sa demande de protection internationale. () 2. La décision visée au paragraphe 1 contient des informations sur les voies de recours disponibles, y compris sur le droit de demander un effet suspensif, le cas échéant, et sur les délais applicables à l'exercice de ces voies de recours et à la mise œuvre du transfert et comporte, si nécessaire, des informations relatives au lieu et à la date auxquels la personne concernée doit se présenter si cette personne se rend par ses propres moyens dans l'État membre responsable. () 3. Lorsque la personne concernée n'est pas assistée ou représentée par un conseil juridique ou un autre conseiller, les États membres l'informent des principaux éléments de la décision, ce qui comprend toujours des informations sur les voies de recours disponibles et sur les délais applicables à l'exercice de ces voies de recours, dans une langue que la personne concernée comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'elle la comprend ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve du second alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen. / Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. / Cette décision est notifiée à l'intéressé. Elle mentionne les voies et délais de recours () ". Enfin, aux termes de l'article L. 572-2 du même code : " La décision de transfert ne peut faire l'objet d'une exécution d'office ni avant l'expiration d'un délai de quinze jours. (). Lorsque le tribunal administratif a été saisi d'un recours contre la décision de transfert, celle-ci ne peut faire l'objet d'une exécution d'office avant qu'il ait été statué sur ce recours ".

12. M. C ne saurait utilement soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions combinées du paragraphe 2 de l'article 26 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et celles des articles L. 572-1 et L. 572-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif qu'elle ne contient aucune indication sur le caractère suspensif de l'introduction d'un recours dès lors que les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article 26 du règlement (UE) du 26 juin 2013 et des articles L. 572-1 et L. 572-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

13. En septième lieu, sixième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 29 du règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Toute personne relevant de l'article 9, paragraphe 1, de l'article 14, paragraphe 1, ou de l'article 17, paragraphe 1, est informée par l'Etat membre d'origine par écrit et, si nécessaire, oralement, dans une langue qu'elle comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'elle la comprend : / a) de l'identité du responsable du traitement au sens de l'article 2, point d), de la directive 95/46/CE, et de son représentant, le cas échéant ; / b) de la raison pour laquelle ses données vont être traitées par Eurodac, y compris une description des objectifs du règlement (UE) n° 604/2013, conformément à l'article 4 dudit règlement, et des explications, sous une forme intelligible, dans un langage clair et simple, quant au fait que les Etats membres et Europol peuvent avoir accès à Eurodac à des fins répressives ; / c) des destinataires des données ; d) dans le cas des personnes relevant de l'article 9, paragraphe 1, ou de l'article 14, paragraphe 1, de l'obligation d'accepter que ses empreintes digitales soient relevées ; e) de son droit d'accéder aux données la concernant et de demander que des données inexactes la concernant soient rectifiées ou que des données la concernant qui ont fait l'objet d'un traitement illicite soient effacées, ainsi que du droit d'être informée des procédures à suivre pour exercer ces droits, y compris les coordonnées du responsable du traitement et des autorités nationales de contrôle visées à l'article 30, paragraphe 1 ".

14. A la différence de l'obligation d'information instituée par le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, qui prévoit un document d'information sur les droits et obligations des demandeurs d'asile, dont la remise doit intervenir au début de la procédure d'examen des demandes d'asile pour permettre aux intéressés de présenter utilement leur demande aux autorités compétentes, l'obligation d'information prévue par les dispositions de l'article 29, paragraphe 1, du règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013, a uniquement pour objet et pour effet de permettre d'assurer la protection effective des données personnelles des demandeurs d'asile concernés, laquelle est garantie par l'ensemble des Etats membres relevant du régime européen d'asile commun. Le droit d'information des demandeurs d'asile contribue, au même titre que le droit de communication, le droit de rectification et le droit d'effacement de ces données, à cette protection. Il s'ensuit que la méconnaissance de cette obligation d'information ne peut être utilement invoquée à l'encontre des décisions par lesquelles le préfet transfère un demandeur d'asile aux autorités compétentes de l'Etat qui s'est reconnu responsable de l'examen de sa demande.

15. En huitième lieu, aux termes de l'article 1 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Le présent règlement établit les critères et les mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride (ci-après dénommé " État membre responsable "). ". Aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Les États membres examinent toute demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride sur le territoire de l'un quelconque d'entre eux, y compris à la frontière ou dans une zone de transit. La demande est examinée par un seul État membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable. () ". En outre, aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " (), l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen ".

16. Les dispositions précitées des articles 1 et 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ne font pas obstacle à ce qu'un Etat sur le territoire duquel se trouve un étranger qui n'a pas sollicité l'asile et qui est connu comme demandeur d'asile dans plusieurs autres Etats saisisse l'ensemble de ces Etats d'une demande de reprise en charge sur le fondement de l'article 24 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Elles font seulement obstacle à ce que plusieurs Etats membres soient regardés comme responsables de l'examen de la demande d'asile de l'étranger. En l'espèce, si la France a saisi l'Allemagne et la Suisse d'une demande de reprise en charge sur le fondement de l'article 24 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 au vu des résultats de la comparaison des empreintes décadactylaires de M. C avec les données du fichier Eurodac, seul l'Etat allemand a accepté la reprise en charge de ce dernier et a été désigné par la France comme l'Etat responsable de la demande d'asile du requérant. Par suite, le préfet du Nord n'a méconnu ni les dispositions de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni celles des articles 1 et 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 en saisissant l'Allemagne et la Suisse d'une demande de reprise en charge.

17. En neuvième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C a franchi irrégulièrement les frontières espagnoles, qu'il a été présenté une demande d'asile en Espagne et que les autorités espagnoles ont accepté le 4 juin 2021 de le reprendre en charge sur le fondement du paragraphe 1 de l'article 13 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Il est également constant que M. C a été enregistré pour la première fois dans la base Eurodac, le 23 octobre 2020, par les autorités allemandes en tant que demandeur d'asile. L'article 7 de ce règlement n'a vocation à s'appliquer que lors de l'enregistrement de la première demande d'asile d'un étranger. L'Allemagne, en application des articles 3 et 7 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 est devenu l'Etat membre responsable du traitement de la demande d'asile de l'intéressé. Si le requérant soutient que l'Etat responsable du traitement de sa demande d'asile est l'Espagne, il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de l'accord de reprise en charge émis par les autorités espagnoles, M. C n'a pas été transféré en Espagne. La responsabilité de l'Etat membre prenant fin douze mois après la date de franchissement irrégulier de la frontière, en application du paragraphe 1 de l'article 13 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, l'Espagne n'était plus l'Etat membre responsable du traitement de la demande d'asile de M. C à la date de la décision attaquée. Dès lors, à la date du 29 juin 2022, les autorités françaises n'avaient pas à faire application des dispositions de cet article. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles 7 et du paragraphe 1 de l'article 13 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

18. En dixième lieu, M. C n'ayant pas sollicité de protection internationale en France à la date de la décision attaquée, il ne saurait utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Le requérant n'est pas davantage fondé à soutenir que le préfet se serait, à tort, estimé en situation de compétence liée pour le transférer vers l'Allemagne sans examiner l'applicabilité à sa situation des dispositions de l'article 17 du règlement précité. Par suite, ce moyen doit être écarté.

19. En onzième lieu, il est constant que M. C n'a pas sollicité le bénéfice d'une protection internationale auprès des autorités françaises avant l'édiction de la décision attaquée. Par suite, la France ne peut être regardée, en application du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, comme étant responsable de sa demande d'asile. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige violerait son droit d'asile, tel qu'il est reconnu par la convention de Genève du 28 juillet 1951 et par la Constitution, doit être écarté.

20. En dernier lieu, M. C a été interpelé par les services de police le 29 juin 2022, démuni des justificatifs d'entrée régulière sur le territoire français et a déposé une demande d'asile en Allemagne, ce qui a été révélé par la consultation du fichier Eurodac. Le préfet du Nord a saisi les autorités allemandes d'une demande de reprise en charge qui a fait l'objet d'un accord le 15 juillet 2022. Ainsi, M. C, qui n'a jamais sollicité en France son admission au séjour au titre de l'asile, relevait des dispositions de l'article 24 du règlement précité. Si M. C soutient qu'il est menacé dans son pays d'origine, il n'apporte aucun élément justifiant son allégation. M. C se prévaut par ailleurs de la circonstance que sa compagne, ressortissante française, est enceinte. Il n'apporte cependant aucun élément permettant d'établir son allégation, ce d'autant qu'il a déclaré aux services de police lors de son audition du 29 juin 2022 être célibataire. Par suite, le préfet n'a commis ni erreur d'appréciation ni méconnu la situation personnelle de M. C en prenant l'arrêté contesté.

21. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 15 juillet 2022 par lequel le préfet du Nord a décidé de le transférer aux autorités allemandes. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux dépens et aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2022.

La magistrate désignée,

Signé

M. D

La greffière,

Signé

C. VIEILLARD

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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