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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2205412

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2205412

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2205412
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantNAVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 juillet 2022, M. B A, représenté par Me Navy, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 24 mai 2022 par laquelle le préfet du Nord, a communiqué les motifs du rejet implicite de sa demande de titre de séjour et rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer le titre de séjour sollicité, ou à défaut de réexaminer sa situation, sous astreinte de 155 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Navy, de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision en litige est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'elle n'a pas été précédée de la saisine pour avis de la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle au taux de vingt-cinq pour cent par une décision du 5 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Jaur, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 21 avril 1968, déclare être entré en France le 20 mai 2007. Il a été muni d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " valable du 6 mai 2009 au 5 mai 2010, renouvelée jusqu'au 5 mai 2011, puis d'une carte de résident, valable du 6 mai 2011 au 5 mai 2021, qui lui a été retirée par une décision du 15 décembre 2011. Le recours contre ce retrait a été rejeté par un jugement

n° 1200336 du 26 avril 2012 du tribunal administratif de Lille, confirmé par un arrêt

n° 12DA01392 du 13 juin 2013 de la cour administrative d'appel de Douai. M. A a ensuite de nouveau été muni d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " valable du 14 décembre 2017 au 13 décembre 2018. Il a sollicité, le

13 décembre 2021, son admission exceptionnelle au séjour. M. A doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 24 mai 2022 par laquelle le préfet du Nord, lui communiquant les motifs du rejet implicite de sa demande de titre de séjour, a rejeté sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention () " vie privée et familiale " (). Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

3. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention

" vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré régulièrement en France le 20 mai 2007, à l'âge de trente-huit ans et est présent sur le territoire national depuis quinze ans à la date des décisions attaquées, dont presque quatre années sous couvert d'un titre de séjour ; trois années sous couvert d'un titre portant la mention " vie privée et familiale " et presque une année sous couvert d'une carte de résident, valable du 6 mai 2011 au 5 mai 2021, qui lui a été retirée par une décision du 15 décembre 2011 pour rupture de la vie commune d'avec son épouse de nationalité française. Il a travaillé en tant qu'aide boucher en 2009 et en tant que technicien de surface depuis 2009. Il travaille actuellement dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée au sein de la société SAS 2 LILLE depuis le 1er mars 2019 en tant qu'agent de service. Il est investi dans le milieu associatif au sein de l'association " AIDA EMMAUS ", il produit une attestation d'un engagement actif pendant la période d'état d'urgence sanitaire, une attestation indiquant qu'il a suivi 75 heures de cours de français au Centre université économie d'éducation permanente de l'université de Lille et a effectué un bilan de compétences professionnelles. Il se prévaut de la présence en France de son frère, titulaire d'une carte de résident et de sa sœur de nationalité française avec lesquels il entretient des liens réguliers. Il produit aussi de nombreux témoignages de collègues et de personnels d'encadrement particulièrement élogieux et circonstanciés faisant apparaître qu'il est particulièrement intégré dans la société française et qu'il fait preuve de sérieux et de professionnalisme dans l'exercice de ses fonctions. Ainsi, dans les circonstances particulières de l'espèce, compte tenu notamment de la durée de présence en France du requérant et de sa très bonne intégration, la décision du 24 mai 2022 par laquelle le préfet du Nord, a communiqué les motifs du rejet implicite de sa demande de titre de séjour et a refusé de lui délivrer un titre de séjour est, au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Elle doit en conséquence être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif précisé ci-dessus, sur lequel se fonde l'annulation de la décision attaquée, le présent jugement implique nécessairement que soit délivrée une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " à M. A. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Nord de délivrer ce titre dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a, en revanche, pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

6. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle au taux de vingt-cinq pour cent par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Lille du 5 septembre 2022. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Navy, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Navy de la somme de 250 euros.

DÉCIDE :

Article 1er : La décision du 24 mai 2022 du préfet du Nord est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Navy une somme de 250 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Navy renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Navy et au préfet du Nord.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Riou, président,

- Mme Jaur, première conseillère,

- Mme Célino, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

La rapporteure,

Signé

A. JaurLe président,

Signé

J.-M. Riou

La greffière,

Signé

S. Ranwez

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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